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Chapitre 5 L’appel au maître

Eléonore s’était laissé convaincre : elle avait fui. Cette fille, molle et faible, écoutait trop volontiers, depuis des mois, cette passion de paresse et de vanité que le père contrariait à la Fromentière, et qui s’épanouirait librement, là-bas, à la ville. Ne plus boulanger le pain, ne plus traire les vaches, être une demi-dame, porter des chapeaux à rubans…, pour des raisons pareilles, elle s’en allait au hasard, n’ayant d’appui que son frère, qui serait absent tout le jour. Elle cédait aussi par contagion d’exemple, par ignorance de tout. Elle s’abandonnait à l’aventure, à l’habitation dans un faubourg, aux familiarités des clients de café, sans deviner le péril, avec l’inconscience de la profonde campagne, qui ne connaît que ses propres misères.

La séparation était accomplie. Au moment où le métayer partait, dans l’espoir de ressaisir encore ses enfants, Éléonore avait rapidement quitté l’abri de la grange, où elle s’était cachée, et, malgré les supplications de Marie-Rose et de Mathurin lui-même, elle avait assemblé, courant de chambre en chambre, les quelques vêtements et le peu de linge et d’objets qui lui appartenaient. À toutes les prières de Rousille, qui la suivait et la suppliait de rester ; à des questions beaucoup moins émues de Mathurin, elle répondait :

— C’est François qui l’a voulu, mes amis ! Je ne sais pas si je serai heureuse, mais il est trop tard maintenant : j’ai promis.

Et elle avait une si grande crainte de voir revenir le père, qu’elle était comme folle de hâte. En peu de temps, elle avait achevé son paquet, abandonné la Fromentière, gagné le chemin creux où elle attendrait, blottie derrière les haies, le passage du tramway à vapeur, qui vient de Fromentine et conduit à Challans. Là, elle devait retrouver François.

Il y avait de cela plusieurs heures.

Dans l’intervalle, le père était rentré, au galop de la Rousse.

— Éléonore ? avait-il crié.

— Partie ! avait répondu Mathurin.

Alors, à demi fou de chagrin, jetant les guides sur le dos de la bête en sueur, le métayer, sans rien expliquer, s’était dirigé à grands pas vers Sallertaine. Avait-il une dernière espérance, une idée ? Ou bien sa maison déserte lui faisait-elle peur ?

Il n’avait pas encore reparu. La nuit tombait. Une brume moite, enveloppante et douce comme la mort, couvrait les terres, et fouillait jusqu’aux fentes du sol. Dans la salle de la Fromentière, devant le feu que personne n’attisait, devant la marmite qui bouillait à peine avec un bruit de plainte, les deux seuls enfants que possédât la ferme veillaient, mais combien différents ! Rousille, nerveuse, brûlée de fièvre, ne pouvait tenir en place, et tantôt se levait de sa chaise, joignait les mains et murmurait : « Mon Dieu ! mon Dieu ! » tantôt allait jusqu’à la porte ouverte sur la nuit. Là, frissonnante, elle se penchait, dans l’air trouble et mêlé d’ombre.

— Écoute ? disait-elle.

L’infirme écoutait, et disait :

— C’est le biquier de Malabrit, qui ramène son troupeau.

— Écoute encore ?

Des abois légers, lointains, portés dans le grand silence, venaient mourir contre les murs.

— Je ne reconnais pas la voix de Bas-Rouge, reprenait Mathurin.

Et, de quart d’heure en quart d’heure, un pas, un cri, un roulement de voiture les mettait en alerte. Qu’attendaient-ils ? Le père qui ne rentrait pas. Mais, Rousille, plus jeune, plus croyante à la vie, attendait aussi les autres : l’apparition de François ou d’Éléonore, pas des deux, de l’un seulement, – était-ce trop ? – qui se repentait, et qui revenait. Que ce serait bon ! Quelle ivresse d’en revoir un ! Il semblait que l’autre aurait eu le droit de partir, si l’un des deux reprenait sa place à la maison. La petite se sentait soulevée au-dessus d’elle-même, par le devoir obscur, seule femme, seule agissante, dans l’abandon de la Fromentière.

Mathurin, assis près du feu, les pieds enveloppés dans une couverture, demeurait courbé, et la flamme rougissait sa barbe, que le menton écrasait contre sa poitrine. Depuis des heures, il ne bougeait pas, il parlait le moins possible. Des larmes coulaient, par moments, le long de ses joues. D’autres fois, Rousille, en le regardant, s’étonnait de voir, dans cette physionomie absorbée par le rêve, passer une espèce de sourire qu’elle ne comprenait pas.

L’horloge sonna neuf heures.

— Mathurin, dit la jeune fille, j’ai peur qu’il ne soit arrivé malheur à notre père !

— Il raisonne de son chagrin avec le curé, peut-être, ou avec le maire.

— Je me dis ça, mais tout de même j’ai peur.

— C’est que tu n’as pas comme moi l’habitude d’attendre. Que voudrais-tu faire ?

— Aller au-devant de lui, sur la route de Sallertaine.

— Va, si tu veux.

Rousille courut aussitôt dans sa chambre, et, à cause du brouillard, prit sa cape de laine noire. Quand elle revint, pareille à une petite religieuse, elle trouva Mathurin debout. Il avait rejeté la couverture. Les béquilles étaient couchées à terre, et, par un effort de volonté, il se tenait presque droit, appuyé d’une main sur la table, et de l’autre sur le dossier de la chaise. Il regarda sa sœur avec un air d’orgueil et de souffrance domptée. La sueur perlait sur son front.

— Rousille, dit-il, qu’est-ce que tu ferais, toi, si le père ne revenait pas ?

— Oh ! ne dis pas ces choses-là ! fit-elle, en se cachant les yeux avec la main. Et ne reste pas comme ça sur tes jambes : tu me fais mal !

— Eh bien ! moi, dit Mathurin gravement, je prendrais le commandement ici. Je me sens de la force. Je sens que je guérirai…

— Assieds-toi ! Assieds-toi, je t’en prie : tu vas tomber !

Mais il demeura debout, tandis qu’elle gagnait la porte. À peine avait-elle franchi le seuil, qu’elle entendit cette masse humaine qui s’affaissait avec un gémissement. Elle se détourna. Elle vit que l’infirme s’était rassis sur la chaise, et qu’il se serrait à deux mains la poitrine, où le cœur, sans doute, battait trop vite. Alors, sans bruit, peureuse comme une chevrette qui se lève des fougères, elle s’élança dans la cour, puis dans le chemin.

La lune naissante avait pâli la brume, et l’avait diminuée. On voyait loin déjà. Dans une heure, la nuit serait claire. Marie-Rose, évitant les haies, suivait le milieu de la virette qui conduisait au verger clos, puis au bord des prés. Elle courait presque. Elle avait peur. Elle ne ralentit la marche qu’à la lisière du Marais, là où le chemin, subitement élargi comme un petit fleuve côtier, mêlait son herbe à l’herbe indéfinie. Alors, rassurée de se sentir isolée dans la lumière, elle écouta. Où était le père ? Elle espérait entendre un pas de voyageur sur la route, ou bien l’aboi du chien Bas-Rouge. Mais non : dans le paysage de brouillard et de rêve, qui se formait et se déformait incessamment devant elle, parmi les clartés molles en mouvement, un seul bruit passait : le roulement lointain de la mer contre les dunes de Vendée.

Elle allait tourner à droite, suivre l’étier, gagner le pont de Sallertaine et les premières maisons amies, quand un sifflement bien connu, comme celui d’un vanneau, la rejoignit. Était-ce possible ? Tout le sang de la petite lui reflua au cœur. Elle s’arrêta court, de surprise et de ravissement. Elle n’eut pas la force de regarder derrière elle. Mais, immobile, elle écouta venir celui qu’elle avait reconnu. Il venait, par le chemin qu’elle quittait, des derniers buissons de la Fromentière. Debout dans l’herbe, tremblante, elle sentit deux mains se poser sur ses épaules ; puis un souffle passa dans l’aile droite de sa cape ; puis un homme se planta lestement en face d’elle, et dit :

— C’est moi, Rousille ! Vous n’avez pas peur ?

Il était là, dans sa veste brune, un bâton à la main, fier de son coup d’audace. Malgré son chagrin, Rousille ne put retenir un cri de joie. Un sourire lui monta du cœur, comme une bulle d’air qui traverse l’eau trouble, et que rien n’arrête plus, et qui s’épanouit :

— Ah ! que je suis contente ! dit-elle.

Mais elle se reprit aussitôt.

— Non, j’ai tort de vous parler comme je fais. Vous ne savez pas le malheur de chez nous : François est parti ; Éléonore est partie ; je suis toute seule à la maison, et je cherche le père, qui n’est pas rentré… Je n’ai plus de temps pour vous, Jean Nesmy. Ce serait mal !…

Il voyait, à mesure, le sourire s’effacer sur le visage de Rousille, qui était en lumière. Et comme elle ramenait les bords de sa cape, et les croisait sur sa poitrine, pour se remettre en route, il dit rapidement :

— Je sais tout, Rousille. Voilà trois jours que je demeure à Challans, pour essayer de me placer pas trop loin d’ici. Je n’ai pas trouvé. Mais, ce soir, j’ai appris dans la ville le départ de François. Tout le monde en parle, d’une manière ou d’une autre. Moi, je suis accouru, sans me montrer. Je vous ai guettée dans le jardin, dans l’aire. Depuis le coucher du soleil, je vous ai entendue pleurer. Mais je n’ai vu sortir que le métayer.

— Où est-il ? À Sallertaine, n’est-ce pas ?

— Non, il y est allé, puis il est revenu. J’étais caché ici près. Il a passé où nous sommes, et il levait les bras, et il causait avec lui-même, comme ceux qui ont l’esprit malade.

Elle demanda, effrayée :

— Il y a longtemps ?

— Un quart d’heure.

— Par où a-t-il pris ?

Jean Nesmy étendit la main vers les terres fermes, et montra les masses floconneuses de feuillages qui remontaient la pente, un peu plus loin.

— Par les allées du château, je crois bien. Il a passé l’échalier, à moins de cent mètres d’ici.

— Merci et adieu, Jean : il faut que j’aille !

Mais il lui prit la main, et, à son tour, il devint tout grave.

— Oui, dit-il, je comprends bien : mais moi, vous ne m’aurez plus tout à l’heure. Demain, je retourne dans le Bocage de chez moi. Je suis revenu, pour savoir une chose de vous, Rousille ? Qu’est-ce que je répondrai à la mère Nesmy, demain, quand elle me demandera : « C’est-il bien vrai qu’elle t’a promis ses amitiés ? Quelle parole t’a-t-elle donnée, en te quittant ? Mon pauvre Jean, les filles qui ont du cœur, quand elles voient s’éloigner leur bon ami, elles lui laissent une parole, qui est comme un anneau d’accordailles, et qui tient compagnie. Que t’a dit celle de la Fromentière ? » Si vous ne me dites rien, elle ne me croira pas !

La solitude claire les enveloppant, leurs ombres ne faisaient qu’une tache dans l’herbe pâle. Rousille, triste, sous les yeux ardents de son ami, répondit :

— Ne revenez pas avant que Driot se soit bien établi chez nous. Dans plusieurs mois, vers la moitié de l’hiver, si les gens d’ici, qui vont à vos marchés, rapportent qu’il travaille comme un vrai métayer, et qu’il est vu dans les foires et dans les veillées, surtout si l’on vous dit qu’il cause avec une fille de Sallertaine, revenez parler à mon père. Mon père ne veut pas d’un Boquin pour gendre. Mais si, moi, je ne veux pas d’autre mari que vous ? Si André parle pour moi ? Est-ce qu’on sait ? Le père a dit de bonnes choses de vous après votre départ.

— Vraiment, Rousille ? Lesquelles ?

— Non, pas maintenant : il faut que j’aille, adieu !

Il ôta son chapeau, avec un joli geste de respect. Et il n’essaya pas de la retenir davantage. Déjà Rousille courait sur le pré, tournant le dos à Sallertaine. Elle longeait les derniers buissons des terres qui bordent le Marais. Sa cape flottait un peu, noire dans la brume. Plus d’une minute après qu’elle eut disparu par l’échalier, Jean Nesmy demeura immobile, en ce même endroit de la rive où, pour lui, les mots qu’elle avait dits étaient encore vivants. Puis, lentement, comme ceux qui apprennent par cœur et ne regardent point autour d’eux, il s’éloigna vers Sallertaine, pour remonter de là vers Challans. Une joie chantait en lui. Il se répétait : « À la moitié de l’hiver, si les gens d’ici qui vont à vos marchés vous rapportent qu’il travaille comme un vrai métayer, revenez… »

La seule chose qu’il vit jusqu’à Challans, c’est qu’à la pointe des saules, les feuilles étaient jaunies déjà, et clairsemées.

Rousille avait pénétré, par la brèche, dans un champ de chaume, et de là dans une étroite bande de taillis. En mettant le pied sur le sable d’une allée, elle s’arrêta, prise de peur dans cette solitude, ressaisie également par le respect instinctif du domaine seigneurial, où les Lumineau, même aujourd’hui, n’entraient que bien rarement, de crainte de déplaire au marquis. C’était la lisière du parc. De toutes parts, devant Rousille, des pelouses montaient, éclairées par la lune, paisibles, et où dormait, en îles rondes et décroissantes, l’ombre bleue des futaies. L’avenue tournait au milieu d’elles. Tantôt dans la lumière et tantôt dans les bois, Rousille se mit à la suivre, l’œil aux aguets, le cœur battant. Elle cherchait des traces de pas sur le sable, elle essayait de voir dans l’épaisseur des fourrés. Était-ce le père, là-bas, cette forme sombre, le long des gaulis ! Non, ce n’était qu’un pieu de clôture vêtu de ronces. Partout des épines, des racines, des branches mortes, des touffes d’herbe dans les allées. Comme l’abandon avait grandi avec les années ! Plus de maîtres, plus de vie, plus rien. Rousille sentait, en avançant, s’aviver en elle la peine de la fuite d’Éléonore et de François. Eux aussi, sans doute, ils ne reviendraient pas au pays. Elle avait moins de peur et plus de chagrin… Tout à coup, au détour d’un massif de cèdres, le château surgit, avec son haut corps de logis, ses tourelles d’angle, ses toits aigus, dont les girouettes, immobilisées par la rouille, marquaient le vent d’autrefois. Des chouettes en chasse enveloppaient les pignons de leur vol muet. Les fenêtres étaient closes. Sur les volets du rez-de-chaussée, on avait même cloué des voliges en croix.

Si anxieuse qu’elle fût, la jeune fille ne put se défendre de considérer un moment cette façade morne, rayée par les pluies d’hiver, grise déjà comme une ruine. Et, tandis qu’elle se tenait là, devant le perron, sur le large espace découvert où tournaient jadis les voitures, elle entendit un murmure lointain de paroles. Elle n’hésita pas : « C’est**le père ! » pensa-t-elle.

Il était assis à une centaine de mètres du château, à la moitié de la courbe d’un massif de bouleaux, sur un banc que Rousille connaissait bien, et qu’on appelait, dans le pays, le banc de la marquise. Plié en deux, la tête appuyée sur ses deux poings, il regardait le château et les futaies inégales, qui dévalaient la pente vers le Marais. Rousille s’approchait de lui, en longeant le massif, et il ne la voyait pas. Elle s’approchait, et elle entendait les sanglots de celui qui pleurait ses deux enfants. Elle commençait à distinguer deux mots, qu’il répétait comme un refrain : « Monsieur le marquis ! Monsieur le marquis ! »

Pendant qu’elle se hâtait, sur l’herbe qui la portait sans bruit, la petite Rousille eut l’affreuse pensée que son père était devenu fou.

Non, il ne l’était pas. La douleur, la fatigue d’errer, la faim qu’il ne sentait pas, avaient seulement exalté son esprit. N’ayant rencontré d’aide et d’appui nulle part, désespéré, il était revenu là, par instinct et par habitude, près de la porte du château où, tant de fois, il avait frappé avec assurance. Le temps avait disparu pour lui. Le métayer se plaignait, tout haut, au maître qui n’était plus là pour entendre : « Monsieur le marquis ! Monsieur le marquis ! »

La jeune fille rejeta en arrière le capuchon qui lui couvrait la tête, et, debout, à deux pas de son père, elle dit, très doucement, pour ne pas l’effrayer :

— Père, c’est Rousille… Je vous cherche depuis une heure. Père, il est tard, venez ?

Il tressaillit, et la regarda avec des yeux qui ne pensaient pas, et qui rêvaient encore.

— Figure-toi, répondit-il, que le marquis n’est pas là, Rousille ! Ma maison s’en va, et il ne vient pas me défendre ! Il aurait dû revenir, puisque je suis dans la peine, n’est-ce pas ?

— Sans doute, père, mais il ne sait pas, il est loin, à Paris.

— Les autres, Rousille, ceux de Sallertaine, ne peuvent rien pour moi, parce que ce sont des pauvres comme nous, des gens qui n’ont de commandement que sur leur métairie. J’ai été chez le maire ; chez Guérineau, de la Pinçonnière ; chez le Glorieux, de la Terre-Aymont. Ils m’ont renvoyé, avec des paroles. Mais le marquis, Rousille, quand il sera revenu ? Quand il apprendra tout ? Ce sera peut-être demain ?

— Peut-être.

— Alors, il ne voudra pas que je sois tout seul dans mon chagrin. Il m’aidera, il me rendra François ; n’est-ce pas, petite, qu’il me rendra François ?

Il parlait haut. Les mots s’en allèrent frapper la façade du château, qui les relança, plus doux, aux avenues, aux pelouses, aux futaies, où ils se perdirent. La nuit, toute pure, les écouta mourir, comme elle écoutait les frôlements des bêtes dans les buissons.

Rousille, voyant le père si troublé, s’assit près de lui, et lui parla un peu de temps, tâchant de trouver une espérance, elle qui n’en avait pas. Et, sans doute, une vertu apaisante, une force consolatrice émanait d’elle. Bientôt il se leva, de lui-même, et prit le bras de l’enfant, quand elle eut dit :

— À la maison, il y a Mathurin, mon père, qui vous attend.

Il considéra longtemps, attentivement, sa jolie petite Rousille, toute pâlie par la fatigue et l’émotion.

— C’est vrai, répondit-il ; il y a Mathurin : il faut aller.

Tous deux ils repassèrent devant la façade du château ; ils s’engagèrent dans l’allée qui menait aux communs, et, de là, dans les champs de la ferme. À mesure qu’ils approchaient de la Fromentière, Rousille sentait que le métayer reprenait la pleine possession de lui-même. Quand ils furent dans la cour, elle dit, dans un élan de pitié pour l’infirme :

— Mon père, Mathurin est bien malheureux aussi. Ne lui parlez pas trop de votre peine.

Le métayer, dont le courage et la claire raison étaient ressuscités, essuya ses yeux, et, précédant Rousille, poussant la porte de la salle où l’infirme étendu songeait, à côté de la chandelle presque consumée :

— Mathurin, dit-il, mon enfant, ne te fais pas trop de peine… Ils sont partis, mais notre Driot va revenir !

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