‹ La Vie en Famille: Comment Vivre à Deux?Chapitre 6 sur 17 · I

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Un bal est, à vrai dire, une superbe chose. Tournoyer en ayant sur la tête une rose, Un bleuet, des épis, des fruits ou du foin vert Artistement montés avec du fil de fer, C'est un bonheur auquel s'abandonnent les femmes Sans pouvoir résister. L'horizon que les flammes Du soleil d'Orient empourprent au matin, Ne brille guère auprès des habits de satin Irisés de reflets par la lueur des lustres, Les larges escaliers, les piliers, les balustres, Les salles où l'on se presse, et les parquets cirés Où le novice tombe, et les vieux murs dorés, Et l'orchestre entassé dans une loge étroite, Les hommes saluant du geste, à gauche, à droite, Les femmes portant rouge et dents et cheveux faux, Se cherchant l'une à l'autre, en riant, des défauts,-- Oh! c'est un beau coup d'oeil! plus beau que, dans les plaines, Les sapins se courbant aux nocturnes haleines; Que les buissons d'avril pleins de fleurs et d'oiseaux, Et la chanson du vent à travers les roseaux. Le poète est un fou que l'on comprend à peine; Il croit donc à la femme une âme plus qu'humaine, Puisqu'il l'adore ainsi qu'on adorerait Dieu, Et qu'il souffre de voir tant d'hommes au milieu De ces femmes faisant, pour cela seul venues, Des exhibitions de leurs épaules nues! Ces regards, ces souris que l'on jette en passant; Ces valses où le sein palpite, frémissant Sous la main d'un butor qui raille ou qui s'enivre; Cette école où la nuit, pour apprendre à bien vivre, Va la fille au front pur que sa mère conduit,-- Il croit que tout cela ne vaut pas un réduit Obscur, sous le feuillage, alors que le ciel sombre S'illumine des feux lointains d'astres sans nombre, Et que l'air, se chargeant de la rosée en pleurs, Fait monter au cerveau le doux parfum des fleurs.

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