‹ L’Affaire ÉdouardChapitre 26 sur 39 · Scène XI

Scène XI

Les Mêmes, ÉDOUARD

Édouard, paraît au fond ; il ne voit pas les trois individus, dissimulés qu’ils sont par la table. — Caponot ne veut pas entendre raison ! (Il se dirige vers le salon où il croit Gabrielle toujours enfermée. — Apercevant les autres à quatre pattes, il fait un bond en arrière en poussant un cri.) — Ah !

Les autres, se retournant au cri. — Hein !

Édouard. — Charançon !

Charançon, à genoux. — Lambert ! Vous ici !

Édouard, interloqué. — Ah çà ! comment…

Charançon, se levant pendant que les deux autres restent à genoux. — Eh bien, et ma femme, qu’est ce que vous en avez fait ?

Édouard, à part. — Sa femme ! il ne l’a pas vue. (Haut.) Oh ! elle est à Valfontaine, votre femme ! Je ne l’ai pas amenée. Croyez-le bien, je ne l’ai pas amenée.

Charançon. — Ah ! À la bonne heure ! vous m’avez fait une peur !

Édouard. — Mais vous ? qu’est-ce que vous faites là, vous ?…

Charançon. — Eh ! bien vous voyez, nous sommes à la pêche à l’huître.

Samuel. — Nous pêchions à quatre pattes.

Charançon, se remettant à genoux. — Oui, tenez, aidez-nous donc.

Édouard. — Hein ! moi…

Charançon. — Mais oui, vous ! pourquoi donc pas ! Allons, à quatre pattes comme nous ! allez ! allez !

Il le tire et le fait mettre à genoux.

Édouard. — Oh ! quelle position !… mon Dieu, quelle position !

Il ramasse les huîtres comme les autres.

Charançon. — Ah ! ah ! vous ne vous attendiez pas à me voir, hein ?

Édouard. — Oh ? ça ! non par exemple ! Enfin, vous m’aviez dit que vous ne viendriez pas ici, que vous iriez à l’Hôtel du Congo !

Charançon. — Oui, mais j’ai réfléchi ! Ici on est plus tranquille.

Édouard, à part. — Plus tranquille, et sa femme… Oh ! pourvu qu’il ne lui prenne pas l’idée de sortir.

Charançon. — Ah ! mon cher… (Voyant le manège d’Édouard.) Eh ! bien dites donc, qu’est-ce que vous faites ? Ce n’est pas sur le tapis qu’il faut les mettre, c’est sur le plateau.

Édouard. — Oh ! pardon !

Charançon, riant. — Oh ! mais, dites donc, faudra surveiller ça, vous savez ! (Changeant de ton.) Qu’est-ce que je voulais donc dire… Ah ! oui, mon cher ! Je suis un grand scélérat !

Édouard, riant jaune. — Ah ! vous ! (À part.) Si seulement je pouvais l’enfermer !

Il se dirige à quatre pattes vers la porte du salon.

Charançon. — Eh bien ! où allez-vous ! Il n’y a pas d’huîtres par là.

Édouard. — Non, non, en effet !

Samuel. — Les huîtres sont ici.

Édouard. — Oui ! Oui. (À part.) Oh ! la la la la !

Charançon, se relevant ainsi que les autres. — Là ! Ça y est… (À Édouard.) Oui, mon cher, je suis un grand scélérat ! je triomphe sur toute la ligne ! Miranda est ici.

Édouard. — Ici ! Ah bien ! il ne manquait plus que ça !

Charançon. — Aussi vous comprenez mon émotion tout à l’heure.

Édouard, très agité, ne sachant ce qu’il dit. — Oui, oui, c’est très drôle !

Charançon. — Très drôle, oui, maintenant que c’est passé ! Voyez-vous ma femme tombant au milieu de cette partie fine…

Édouard, l’esprit ailleurs. — Ah ! oui, ce serait très drôle, très drôle.

Charançon. — Mais non ! ce ne serait pas drôle ! (À part.) Qu’est-ce qu’il a donc à trouver tout drôle ? (À Édouard.) Tenez ! Vous voyez… ici, nous déjeunons ! et puis alors, pour le café, et… le pousse-café ! nous serons très bien par là dans le salon.

Il se dirige vers la porte de droite, premier plan.

Édouard, se précipitant vers lui. — Non ! non ! pas par là !

Charançon. — Pourquoi pas par là !

Édouard. — Parce que… ça sent le moisi.

Charançon. — Eh bien ! si ça sent le moisi, nous ouvrirons.

Il fait de nouveau mine d’entrer dans le salon.

Édouard, vivement le retenant. — Non ! (Lui montrant la porte de gauche premier plan par où est entrée Gabrielle précédemment.) Non, tenez… par ici… vous serez bien mieux, venez !

Il l’entraîne.

Charançon, se laissant conduire en riant. — Oh ! ça m’est égal… mais ça, c’est la chambre ! Ah ! Ah ! je vous vois venir ! vous êtes encore plus canaille que moi ! (Il a la main sur le bouton de la porte et est sur le point d’entrer, quand on sonne, ce qui l’arrête.) Eh ! bien on est tranquille chez vous ! vous savez ! c’est un passage !

Samuel, revenant d’ouvrir. — Monsieur, c’est encore l’oiseau de tout à l’heure.

Charançon, à bout de patience. — Oh ! la la la la !

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