‹ L’Affaire ÉdouardChapitre 32 sur 39 · Scène III

Scène III

PREMIER MUNICIPAL, puis CHARANÇON, CAPONOT et GRATIN

Le Municipal. — Gentille, la petite dame… Il ne doit pas s’ennuyer, le particulier.

Charançon, à Caponot. — Enfin, ce n’est pas tout ça, racontez-moi un peu votre procès. Qu’est-ce que ça, l’affaire Édouard ?

Caponot. — C’est une histoire de flagrant délit.

Gratin. — C’est croustillant ?

Caponot. — Non, c’est mon frère qui a reçu une gifle.

Charançon. — Bon !… De qui ça, la gifle ?

Caponot. — Eh bien, de M Édouard qui soupait avec son amant en cabinet particulier.

Charançon et Gratin, riant. — Ah ! ah ! ah !

Caponot. — Vous savez, ce n’est pas parce que je suis la partie adverse, mais si elle n’avait pas la main si vive, elle serait gentille, M Édouard.

Charançon. — Vraiment ! elle est gentille !

Caponot. — C’est une petite femme mariée.

Charançon. — Ah ! il y a un mari ?

Caponot. — Mais oui !

Gratin. — Et naturellement, il ne se doute de rien ?

Charançon, avec conviction. — Quel idiot !

Caponot. — Mais au fait, vous connaissez l’amant, puisque vous demeurez chez lui ?

Charançon. — Moi !

Caponot. — Ou alors, c’est lui qui demeure chez vous ?

Charançon. — Chez moi ?

Caponot. — Eh bien, oui ! Rue Saint-Roch, Édouard Lambert.

Charançon. — Édouard Lambert ? Allons donc ! C’est Édouard Lambert…

Caponot. — Mais oui.

Charançon. — Ah bien ! Elle est raide, celle-là ! Comment ! Il a une maîtresse, cet animal ? Où diable trouve-t-il le temps ? Il ne sort pas de chez nous !

Caponot, remontant. — Dites donc ! je ne suis pas très au courant ! J’ai là ma citation de témoin, je n’ai pas à la faire viser ?…

Charançon. — Adressez-vous au greffe.

Caponot. — Où est-il, le greffe ?

Charançon. — Je vais vous montrer ça.

Gratin, qui est resté en place, immobile et piteux, d’une voix navrée. — Charançon !… Charançon !

Charançon, redescendant un peu. — Quoi !

Gratin. — Enfin, me diras-tu… pourquoi tu m’as fait mettre une robe ?… Je n’ai pas le droit d’en porter, si on me pince, on m’arrêtera.

Charançon. — Oui ? Eh bien ! Je te défendrai. Tiens, c’est une occasion.

Gratin. — Tu es bien bon ! Il était bien plus simple de ne pas me travestir ainsi.

Charançon. — Je te demande pardon ! Ma femme va venir ! elle te croit mon avoué ! et comme tel, tu dois être en robe ! Tu te dois à ta profession !

Gratin. — Puisque ce n’est pas ma profession !

Charançon. — ça ne fait rien ! ma femme nous trouve en tenue et les apparences sont sauvées.

Il remonte.

Gratin, remontant derrière lui. — Tiens ! Tu es un Machiavel !

Charançon. — Non ! un Charançon ! (Voyant Gratin qui veut le suivre.) Toi, reste là… Voyez-vous ça, ce mâtin d’Édouard !

Il sort.

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