Scène IX
SAMUEL, MIRANDA
Miranda, arrivant de gauche par le fond. — Vous m’avez annoncée à monsieur le maire ?
Elle gagne la droite à la hauteur de la table.
Samuel, descendant au 1. — Oui, madame… Monsieur prie madame d’attendre un moment. (À part.) Cristi, c’est vrai, que c’est une chouette femme !
Miranda, elle passe à gauche. — C’est bien, je vais attendre.
Elle s’assied sur le canapé.
Samuel, descendant à hauteur de la table. — Une chouette femme dans toute l’exception du mot.
Miranda. — Je tiens à présenter tous mes remerciements à monsieur le maire pour le bon accueil qui m’a été fait ici.
Samuel. — Oh ! madame. Vous êtres trop aimable de vous être dérangée pour venir nous voir.
Miranda. — Vous trouvez ?
Samuel, avec désinvolture — jouant avec la chaise à gauche de la table. — Mais quelle vaillance ! déjà debout ! après cette nuit sarnada… sarnada…
Miranda. — Sardanapalesque…
Samuel, même jeu. — Oui… palesque…, sarnapalesque ! Ah ! quel succès, madame, hier… entre nous… je peux bien vous le dire… ça fait toujours plaisir, ces choses-là : eh bien ! vous avez fait un admirateur… oui, un admirateur au milieu de tant d’autres…
Miranda. — Vraiment et qui ?
Samuel, modeste. — Oh ! vous ne l’avez peut-être pas remarqué…
Miranda. — Je ne sais pas… Qui est-ce ?
Samuel, avec conviction. — Moi !
Miranda, riant. — Voyez-vous çà ?
Samuel. — Je demande pardon de dire ça à madame.
Miranda. — Mais pourquoi donc ?
Samuel. — C’est que dans ma position, simple domestique…
Miranda. — Comment donc ! vous êtes très gracieux.
Samuel, avec désinvolture. — Voilà… domestique… mais gracieux… Je suis un gracieux domestique… Madame me rend justice… (S’approchant du canapé sur lequel Miranda est assise.) C’est que je ne plais pas toujours à première vue.
Miranda. — Allons donc !
Samuel. — Beaucoup de gens me croient juif…