ACTE III. · Scène première
JEANNETTE, COLIN.
Jeannette.
Ah, que j’allons étonner tout le monde !
Colin.
Sais-tu ben ta chanson ?
Jeannette.
Pardi, c’est pour not’Dame qui nous marie : je l’ai sue par cœur tout de suite.
Colin.
Qu’elle est gentille not’Dame ! c’est dommage qu’alle soit si pensive.
Jeannette.
Ah, mais, vois-tu, Colin, c’est depuis que Monsieur est défunt : cela n’est-il pas naturel ?
Colin.
Àsa place, Jeannette, tu serois donc pensive aussi ?
Jeannette.
Finis donc. V’là-t-il pas une belle idée le jour d’une noce !
Colin.
Eh ben ! je crois que tu pleures, Dieu me pardonne.
Jeannette.
Pourquoi m’as-tu dit ça aussi ?
Colin.
Ah, ma pauvre petite !
Jeannette.
Allons, paix, tais-toi… V’là toutes les jeunes filles & les garçons du Village. (Les Villageois arrivent, vêtus de blanc ; ils se rangent en cercle autour de Jeannette & Colin.)
Jeannette, leur adressant la parole.
Madame va venir ; songez bien à vos chansons & aux danses que nous avons répétées.
Colin.
Il est sept heures demie, alle ne doit pas tarder à présent.
Jeannette.
J’entends du bruit, sûrement c’est elle. (Aux Villageois.) Rangez-vous dans le fond du bocage. (Les Villageois s’éloignent.) Ah ! la voilà.