Scène III.
LE VICOMTE, LÉONTINE, DOROTHÉE, OPHÉMON.
Dorothée, à Ophémon.
Elle est levée, vous dis-je, j’en suis sûre ; j’entendois sa voix de la terrasse. Tenez, voyez plutôt.
Léontine.
Ah ! venez, Monsieur Ophémon, tout est découvert. Vous me trompiez : mais que ne vous dois-je ? (À Dorothée.) Venez ma chère amie, partager mon bonheur. Cet Inconnu qui vous intéressoit…
Dorothée.
Eh bien ?
Léontine.
Eh bien ! il est devant vos yeux. C’est lui… c’est…
Dorothée.
Qui, le Vicomte ?
Le Vicomte.
Oui, vous le voyez, Madame, au comble de ses vœux.
Dorothée.
Et de bonne foi, vous pensez me faire croire ?…
Léontine.
Comment ?
Dorothée.
Allons, allons : je suis crédule, mais pas jusques-là.
Ophémon.
Il faut espérer qu’avant la fin du jour vous serez persuadée.
Dorothée.
Comme ils s’entendent tous ! Voilà le plus joli complot & le mieux concerté
Léontine, à Ophémon.
Allez chercher le Notaire, qu’il vienne.
Dorothée.
Oui, oui, n’y perdez pas un moment.
Ophémon.
Il est là-bas avec la noce ; je vais vous l’amener, & publier cette heureuse nouvelle dans tout le château. (Il sort.)
Le Vicomte, à Léontine.
Ce n’est point une illusion ? Quoi ! vous allez être à moi ?
Léontine.
Oui, je me donne à vous : oui, ce jour même.
Dorothée.
Àmerveille, en vérité, de part & d’autre. Pour le Vicomte, je n’en suis pas surprise ; je connois ses talents : mais réellement Léontine m’étonne : ses yeux, sa voix, son air attendri, rien n’y manque.
Léontine.
Eh ! ne vous suffit-il pas, pour me croire, de me regarder ? Peut-on se méprendre à des transports si vrais, si doux !
Dorothée.
Je ne sais plus qu’en penser.