‹ L’Amant anonymeChapitre 25 sur 27 · Scène III.

Scène III.

LE VICOMTE, LÉONTINE, DOROTHÉE, OPHÉMON.

Dorothée, à Ophémon.

Elle est levée, vous dis-je, j’en suis sûre ; j’entendois sa voix de la terrasse. Tenez, voyez plutôt.

Léontine.

Ah ! venez, Monsieur Ophémon, tout est découvert. Vous me trompiez : mais que ne vous dois-je ? (À Dorothée.) Venez ma chère amie, partager mon bonheur. Cet Inconnu qui vous intéressoit…

Dorothée.

Eh bien ?

Léontine.

Eh bien ! il est devant vos yeux. C’est lui… c’est…

Dorothée.

Qui, le Vicomte ?

Le Vicomte.

Oui, vous le voyez, Madame, au comble de ses vœux.

Dorothée.

Et de bonne foi, vous pensez me faire croire ?…

Léontine.

Comment ?

Dorothée.

Allons, allons : je suis crédule, mais pas jusques-là.

Ophémon.

Il faut espérer qu’avant la fin du jour vous serez persuadée.

Dorothée.

Comme ils s’entendent tous ! Voilà le plus joli complot & le mieux concerté

Léontine, à Ophémon.

Allez chercher le Notaire, qu’il vienne.

Dorothée.

Oui, oui, n’y perdez pas un moment.

Ophémon.

Il est là-bas avec la noce ; je vais vous l’amener, & publier cette heureuse nouvelle dans tout le château. (Il sort.)

Le Vicomte, à Léontine.

Ce n’est point une illusion ? Quoi ! vous allez être à moi ?

Léontine.

Oui, je me donne à vous : oui, ce jour même.

Dorothée.

Àmerveille, en vérité, de part & d’autre. Pour le Vicomte, je n’en suis pas surprise ; je connois ses talents : mais réellement Léontine m’étonne : ses yeux, sa voix, son air attendri, rien n’y manque.

Léontine.

Eh ! ne vous suffit-il pas, pour me croire, de me regarder ? Peut-on se méprendre à des transports si vrais, si doux !

Dorothée.

Je ne sais plus qu’en penser.

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