Scène 5
ROBERT, LA VOIX DE SIMONE
La Voix
Robert !… Robert !!… Robert !!!…
Robert, frémissant
Qui est là ?
La Voix
Moi, Simone.
Robert, éperdu
Simone ?… Ce n’est pas vrai !
La Voix
Si, c’est moi. Tu ne reconnais plus ma voix ?
Robert, suivant des yeux sa vision
Mais c’est impossible !
La Voix
Je t’ai obéi.
Robert
Partez ! Partez !
La Voix
C’est toi qui m’as ordonné… J’avais peur d’être en retard. J’ai eu tant de peine à sortir de là-bas !
Robert, terrifié
Sortir de là-bas !… (Essayant de raisonner et s’armant de scepticisme :) Ah ! Ah ! c’est un cauchemar ! Il n’y a pas de loi qui prolonge au delà de la mort les ordres donnés dans l’hypnose !
La Voix, riant d’une manière atroce
Ah ! Ah ! Ah !… La mort !…
Robert, perdant pied
Va-t’en !
La Voix
Tu me chasses ?
Robert, reculant
N’approchez pas !
La Voix
Je t’ai obéi. Je serai à toi, toute à toi !
Robert, à lui-même
Oui, c’est un cauchemar abominable. (Mais il recule encore :) Grâce ! Va-t’en ! Grâce !
La Voix
Es-tu coupable de quelque chose ?
Robert
Oui !… Par pitié, laisse-moi… laisse-moi !
La Voix
Je t’appartiens, comme tu le voulais.
Robert
N’approchez pas !
La Voix
L’amour doit survivre à tout, même à la mort !
Robert, s’efforçant de raffermir sa volonté
Je vous ordonne de retourner là-bas…
La Voix
On ne commande pas aux morts. On leur obéit.
Robert
Oh ! je me délivrerai de ce cauchemar ! Car c’est, c’est un cauchemar, une folie de mon cerveau !…
La Voix
Tu ne peux plus rien contre moi : je suis morte.
Robert, sombrant dans l'hallucination
Mais je puis vous échapper, moi ! moi qui suis vivant !
La Voix
Toi, m’échapper ? Tu ne pourras pas. Je vais vers toi… Je vais vers toi…
(Robert, fou d’épouvante, recule encore devant l’irréelle visiteuse. Il heurte la petite table, tombe au pied du divan et entraîne dans sa chute la lampe, qui s’éteint. Ténèbres, où les lueurs du feu ne jettent qu’un rougeoiement.)
Robert
Ah ! non ! Pas cela !
La Voix, inexorable
Je vais vers toi !
(À ce moment, dans l’obscurité, les spectateurs distinguent, à leur tour, la vision qui est apparue à Robert : la morte hideuse qui, penchée vers lui, le touche déjà de ses mains décharnées.)
Robert
Non ! Pas cela ! Pas cela ! Laissez-moi ! Aaaah ! Non ! Pas cela !
(Il se tire un coup de revolver au cœur. Pendant qu’il expire, la vision s’efface avec la pensée qui l’a enfantée. On entend, par la fenêtre, les rires et les chants du Carnaval.)
RIDEAU