Scène 4
ROBERT seul
La nuit est venue. La lampe et le foyer ne répandent sur la scène qu’une faible lumière rougeâtre. Beaucoup d’ombre dans les coins, derrière les choses.
Robert, après un temps de sombre méditation
Ma douleur vaut la tienne, va !… Mais moi, je n’ai pas le droit de la crier !… Quelle chose abominable, mon Dieu ! Aimer un être plus que tout au monde, le voir disparaître, et ne pouvoir crier la souffrance qu’on endure !
(Scène muette. Au paroxysme de la douleur, Robert semble lutter contre une tentation. Il hésite quelques instants, et se détermine. Il va s’asseoir sur le divan, fouille dans le tiroir de la petite table, prépare une seringue de Pravaz, relève sa manche gauche, et se fait une piqûre à l’avant-bras. Puis il rabat lentement sa manche, s’allonge à demi sur les coussins, et bientôt parle dans un rêve :)
On l’a trouvée… écrasée entre deux banquettes… Et… pour reprendre son sac, il a fallu… briser… les petits os… de ses doigts !… Ah ! je les entends craquer !…
Je ne veux pas… Je ne veux plus les entendre craquer ! (Il enfonce sa tête dans les coussins. Puis, saisi peu à peu par une idée désespérante :) Dire que si tu étais vivante…, je t’attendrais !… C’est le jour, c’est l’heure que je t’avais fixés…
(Sous une poussée de bourrasque, la fenêtre, mal refermée, s’ouvre tout à coup, les carreaux se brisent. Robert, horrifié, se dresse, hagard, comme si quelqu’un venait d’entrer avec le vent, — quelqu’un dont il semble fixer l’horreur, dans le vide, — quelqu’un qu’il écoute, dans le silence.)