Scène III
L’ABBÉ, MONSIEUR DE RONCEVILLE, MONSIEUR BONHOMME.
MONSIEUR BONHOMME, tout frétillant.
Ah ! ah ! monsieur le curé, je suis enchanté de vous trouver en bonne santé. J’avais appris que vous aviez été arrêté, ces jours derniers, et je craignais… Moi, vous savez j’avais quitté le quartier, j’avais été demander l’hospitalité à un de mes amis qui habite le centre. C’est moins exposé, vous savez, le centre ; dans les faubourgs, surtout celui-ci… (Apercevant M. de Ronceville.) Tiens, monsieur de Ronceville… Enchanté, vraiment… Vous aussi, n’est-ce pas, vous aviez abandonné le quartier ?
MONSIEUR DE RONCEVILLE.
Pourquoi donc ? Pas du tout… Je suis un peu fataliste, monsieur Bonhomme.
MONSIEUR BONHOMME.
Quelle imprudence !… Et vous portez un nom à particule…
MONSIEUR DE RONCEVILLE.
C’est peut-être pour ça.
MONSIEUR BONHOMME.
Ah ! charmant !… (À l’abbé.) Oui, figurez-vous, monsieur le curé, qu’aujourd’hui, ayant appris que l’armée de l’ordre s’était emparée du quartier, je me suis résolu à revenir dans mes pénates. Je sais que ma maison n’a été ni incendiée ni pillée. Quelle chance ! Vous avouerez que c’était peut-être un peu hardi ; une heure à peine après la défaite des communards, mais, bah ! j’ai toujours été un peu risque-tout. Au bas de la rue, j’ai hésité un moment ; mais j’ai reconnu le bruit des chassepots, je ne m’y trompe pas ; j’ai l’oreille fine. À une lieue, je distinguerais le bruit d’un chassepot de celui d’un fusil à tabatière. C’étaient des feux de peloton d’exécution. Vous savez ? Rrran ! (On entend un feu de peloton.) Comme ça, tenez ! Encore une canaille de communard qui ne pétrolera plus rien… Ah ! ah !… Oui, alors, en passant devant le presbytère, je me suis dit : « Je vais monter voir M. le curé. J’aurai tout au moins de ses nouvelles… »
MONSIEUR DE RONCEVILLE.
Et puis, comme vous demeurez un peu plus haut dans la rue, une petite halte qui coupe l’émotion…
L’ABBÉ.
Monsieur Bonhomme, je vous remercie mille fois…
MONSIEUR BONHOMME.
Oh ! de rien, de rien. Vous savez, moi, je ne suis pas pratiquant. Je ne donne pas, comme on dit… passez-moi l’expression… dans la calotte. Hé ! hé ! J’ai lu mon Voltaire. Mais enfin, un homme est un homme. Ce n’est pas une raison, parce que vous portez une soutane, pour que je ne vous estime pas. Au contraire. J’ai beaucoup d’amitié pour vous. Vous ne m’avez pas vu souvent à l’église, hé ! hé ! Mais, c’est une justice à me rendre, je vous envoie régulièrement tous les ans mon obole pour vos pauvres. (Sur un geste de l’abbé.) Oh ! ne me remerciez pas. Je vous sais incapable d’en faire un mauvais usage. Vous n’êtes pas, vous, un prêtre comme il y en a tant, comme il y en a trop… Enfin, je sais ce que je veux dire…
MONSIEUR DE RONCEVILLE, à part.
Moi, je sais ce que je ferais si j’étais chez moi. Tu l’as voulu, clergé !
L’ABBÉ.
Prenez donc un siège, monsieur Bonhomme.
MONSIEUR BONHOMME, se laissant tomber sur une chaise.
Ce n’est pas de refus. Ouf ! Je suis éreinté. Figurez-vous qu’il y a tant de choses à voir, à droite et à gauche : les exécutions, les convois de prisonniers. On les emmène à Versailles attachés deux par deux, entre deux haies de cavaliers. On les force à jeter leurs képis, à marcher nu-tête, sous le soleil. Vous savez, ceux qui tombent en route, ceux qui ne peuvent pas marcher, on leur brûle la cervelle. Raide comme balle.
L’ABBÉ.
Quelle horreur ! quelle sauvagerie !
MONSIEUR BONHOMME, riant.
On ne peut pourtant pas les considérer comme des prisonniers de guerre. Ce ne sont que des brigands…
MONSIEUR DE RONCEVILLE.
Qui n’ont pas réussi.
MONSIEUR BONHOMME.
Ah ! quel drôle de spectacle offre Paris. Je comprends que ça puisse paraître horrible, surtout à un prêtre, qui a toujours, naturellement, l’âme un peu sensible. Mais, c’est égal, je ne suis pas fâché d’avoir vu ça, une fois dans ma vie. Voilà deux jours que je vais partout, derrière l’armée régulière. C’est d’un pittoresque ! À chaque pas, on découvre quelque chose d’intéressant. Croiriez-vous que, hier seulement, j’ai compté dix-neuf cadavres d’enfants ?
MONSIEUR DE RONCEVILLE.
Les vise-t-on toujours à la tête ?
MONSIEUR BONHOMME, étonné.
Àla tête ? Je ne sais pas… Ah ! non. Un peu partout… Quant aux femelles de messieurs les communards, je ne trouve pas du tout qu’elles ressemblent aux honnêtes femmes, quand elles sont mortes. Leur débraillé est scandaleux. Je sais bien que de leur vivant… mais, c’est égal, il me semble qu’elles pourraient, comme les anciens, se draper pour mourir… Enfin, je me suis bien amusé. Moi qui n’ai pas pu prendre part à la guerre contre l’Allemagne parce que j’ai la vue un peu basse, j’ai eu tout de même l’occasion de me donner l’idée d’un champ de bataille… Ah ! les gredins ! Ce qu’on en a tué ! On ne s’embête pas dans les rues, je vous assure ! et sans les flaques de sang qui obligent à des détours…
MONSIEUR DE RONCEVILLE.
Le plaisir n’est jamais complet.
MONSIEUR BONHOMME.
Malheureusement. Enfin, l’essentiel, c’est qu’ils passent l’arme à gauche. Des bandits qui perquisitionnaient chez vous, qui vous appelaient citoyen et vous tutoyaient ; qui vous brutalisaient pour un oui ou pour un non !… Pas deux sous de politesse ! Pas un sou d’éducation. Tenez, je lisais leurs journaux, quelquefois ; des ordures !
L’ABBÉ.
Je croyais pourtant qu’ils avaient des écrivains…
MONSIEUR DE RONCEVILLE.
Ils en avaient… malheureusement, plus que vous.
MONSIEUR BONHOMME.
Tenez, voulez-vous que je vous dise ? Tous les écrits révolutionnaires qu’on a faits et qu’on fera, ce sera toujours de l’immonde sans excuse !… Ah ils s’en servent joliment, de l’instruction qu’on leur a donnée !…
L’ABBÉ.
Cependant, il y avait dans la Commune des gens qui s’étaient déclarés hostiles aux mesures de rigueur, qui s’étaient opposés aux actes de barbarie. On m’en a cité un, Varlin, je crois… un ouvrier relieur… très convaincu, paraît-il, très modéré…
MONSIEUR BONHOMME.
Oh ! pour un qui vaut encore la corde pour le pendre, ou qui veut poser à l’original !… Un ramassis de brigands, malgré tout. Des bêtes féroces. Ah ! si nos pères, ces géants, pouvaient voir dans quelle boue ces scélérats traînent leurs immortels principes !…
L’ABBÉ.
Ils ont lu Voltaire, eux aussi.
MONSIEUR BONHOMME.
Ils ont lu Voltaire ! Mais si Voltaire pouvait voir des choses pareilles, il les flétrirait avec indignation ! Voltaire était, avant tout, un homme d’ordre, monsieur le curé. Il voulait l’instruction du peuple pour le soustraire à la tyrannie de certaines gens… l’infâme, comme il disait… des gens qui… qui mettent la lumière sous un boisseau… Mais faire un pareil usage de l’instruction ! Voltaire savait distinguer entre la liberté et la licence, monsieur le curé !
L’ABBÉ.
Je crois qu’il a fait bien du mal.
MONSIEUR DE RONCEVILLE.
Il ne fallait pas lui en laisser faire.
MONSIEUR BONHOMME.
Mon Dieu ! qu’il y ait besoin d’une religion pour le peuple, je ne dis pas ; mais pour nous autres, gens éclairés… (Feu de peloton.) Encore un ! Bon ! Ils tombent comme des mouches. Plus on en tuera, mieux ça vaudra. Il faut que le couteau reste rivé aux mains du bourreau !… Ah ! M. Thiers est un grand homme ! Ce sera une des plus belles figures de notre histoire. Et savez-vous, messieurs, ce qui le fera grand à jamais ? C’est qu’il a été l’Homme de l’Ordre. C’est qu’il a été impartial. Ce qu’il fait aujourd’hui contre les révolutionnaires, il l’a fait autrefois contre les royalistes. Il n’a pas plus hésité devant Paris révolté qu’il n’avait hésité devant la duchesse de Berry. L’ordre avant tout. Ah ! c’est un grand homme !
MONSIEUR DE RONCEVILLE.
Je commence à croire que Deutz avait une âme.
MONSIEUR BONHOMME.
Vous dites, monsieur ?
MONSIEUR DE RONCEVILLE.
Rien. Ou plutôt, je voudrais vous demander si vous trouvez réellement cela si gai… si amusant… ces monstrueuses hécatombes ?
MONSIEUR BONHOMME, embarrassé.
Ma foi, amusant… gai… non. Ce n’est pas le mot. Intéressant, tout au plus… au point de vue… de l’histoire… Et puis, là, entre nous, mettez-vous un peu à ma place… moi commerçant… Nous avions déjà eu le siège, n’est-ce pas ? Des pertes sèches. Enfin, on signe la paix. Nous nous disons : « Ce n’est pas malheureux. Les affaires vont reprendre. » Je t’en fiche ! Pas seulement deux mois après, voilà cette ignoble Commune. Alors, quoi ? Plus moyen de gagner un sou ?… Moi, je suis un homme d’ordre, un bourgeois. Qu’est-ce que je demande ? À faire des affaires ; voilà tout. Je ne tiens pas plus à un gouvernement qu’à un autre. Et si j’étais sûr que votre comte de Chambord, monsieur de Ronceville, fît marcher le commerce, je demanderais demain qu’on le nomme roi.
MONSIEUR DE RONCEVILLE, sévèrement.
Un roi de France, monsieur… (Il s’arrête.) Excusez-moi ; je ne me figure pas monseigneur le comte de Chambord nommé roi et portant un parapluie.
MONSIEUR BONHOMME.
Et puis, que voulez-vous ? Tout le monde est un peu détraqué, maintenant… On a je ne sais quoi… On est atteint de… de… mon journal disait le mot, l’autre jour… de… Ah ! c’est ça : de folie obsidionale !
L’ABBÉ.
N’importe, monsieur Bonhomme ; Vous devriez moins oublier que les gens dont vous parlez, dont la mort vous semble si agréable, sont des Français, et qu’ils sont vaincus — par conséquent dignes de pitié, ou tout au moins de respect.
MONSIEUR BONHOMME, piqué.
Ah vraiment, monsieur le curé ; ah ! vraiment ! Mais savez-vous que tous les ecclésiastiques ne raisonnent point comme vous ?… Ah mais, non… Heureusement !… Tenez ; voulez-vous que je vous raconte ce que j’ai vu, pas plus tard que ce matin ?… Figurez-vous que je passais rue Lafayette. Il y avait des soldats, des officiers, plein la rue ; des promeneurs aussi, des gens comme moi, par exemple, des dames, qui étaient venues prendre l’air en regardant défiler les colonnes de prisonniers. De temps en temps, dans les rues adjacentes, on fusillait un communard ou une pétroleuse, pour donner de l’animation. Un bien joli temps, d’ailleurs. Je m’étais arrêté un moment devant un café. Il y avait plusieurs consommateurs à la terrasse. Entre autres un homme de haute taille, aux yeux clairs. Il avait l’air triste, mais triste comme tout. Il ne me disait rien de bon. Avoir l’air si triste, par le temps qui court, ce n’est pas naturel. Ça me semblait louche. On a de ces pressentiments… Vous allez voir si je me trompais. Tout à coup, passe un prêtre — un curé comme vous, monsieur l’abbé — oh ! un gros curé, ventre majestueux, face rubiconde ; je le vois d’ici. Ah ! ah ! il n’était pas gras de lécher les murs, celui-là. Parvenu en face de notre homme, il s’arrête ; il le regarde fixement. Puis, je le vois se diriger vers un groupe d’officiers auxquels il parle à voix basse. Les officiers prennent quelques soldats et s’avancent sur l’homme. Je croyais qu’il allait se sauver. Pas du tout. Ces gredins-là ont un toupet !… Les soldats l’entourent, lui mettent la main au collet, et un officier lui demande : « Est-il vrai que vous vous nommez Varlin ? — Oui, répond-il : je suis Varlin, membre de la Commune. » Hein ! Elle est forte ! C’était Varlin !
L’ABBÉ.
Varlin ? Celui dont je parlais tout à l’heure ? Un modéré, n’est-ce pas ? Opposé aux actes de violence, hostile aux mesures de rigueur…
MONSIEUR BONHOMME.
Oui, un modéré. Celui qui a failli se faire fusiller par les communards en essayant de sauver les otages, rue Haxo. C’était un modéré, je ne dis pas ; mais une rude canaille tout de même. D’ailleurs, attendez la fin.
L’ABBÉ.
Et c’est un prêtre qui l’a dénoncé ! Un prêtre !… Mais vous devez vous tromper, monsieur Bonhomme…
MONSIEUR BONHOMME.
Puisque ça s’est passé sous mes yeux, monsieur le curé ! Mais laissez-moi finir… Alors, les soldats ont pris mon Varlin et on l’a emmené… savez-vous où ? À Montmartre, rue des Rosiers, pour le fusiller à la place même où ont été assassinés les généraux Lecomte et Clément Thomas. Je l’ai suivi tout le long du chemin : vous pensez si la foule grossissait, en route. Des gens passaient entre les soldats pour le frapper, le misérable. On lui jetait des pierres, les messieurs lui donnaient des coups de canne et des coups de poing, les dames des coups d’ombrelle. Je l’ai frappé, moi aussi, avec cette canne. Un grand coup, comme ça ; pan ! Le sang a coulé. Ça m’a fait un plaisir !… J’aurais voulu avoir une massue !… Bref, messieurs, quand il est arrivé sur les Buttes-Montmartre, ses vêtements étaient en haillons, ses membres étaient en lambeaux et ruisselaient de sang ; ce n’était plus une tête qu’il avait sur les épaules ; c’était une loque sanglante. Et c’est un amas de chairs pantelantes qu’on a fusillé.
L’ABBÉ.
Quelle horreur !… Et c’est un prêtre qui l’a dénoncé ! Un prêtre !… Non, je ne peux pas le croire ! Non !…
MONSIEUR BONHOMME.
Sapristi, monsieur le curé, je ne suis pourtant pas aveugle ! Je vous dis que je l’ai vu, de mes yeux vu ! Je vous montrerai le curé — votre confrère — quand vous voudrez… Oui, c’est comme ça qu’il a fini, Varlin. Je ne suis pas plus méchant qu’il faut, mais si tous les Communards y passaient de la même façon, j’applaudirais… Sur le cadavre, on a trouvé les 300 francs qu’on avait eu grand’peine à lui faire accepter, paraît-il, dans le dernier paiement fait aux membres de la Commune. Il avait eu la pudeur de ne pas y toucher. De l’argent mal acquis… C’est étonnant qu’on rencontre encore un peu de conscience chez de pareils scélérats ; n’est-ce pas, monsieur de Ronceville ?
MONSIEUR DE RONCEVILLE.
Oui ; ça doit bien vous étonner.
L’ABBÉ, comme en rêve.
Oh ! cette douloureuse agonie ! Cette montée de Calvaire ! Oh ! si cet homme croyait, s’il avait la foi, ç’a dû être pour lui une souffrance sans nom, cet effroyable écroulement de tous ses rêves à mesure que coulait son sang. Mais c’est un martyr, que cet homme ! (Se ressaisissant.) Non ! non ! ce n’est pas un prêtre qui l’a dénoncé ! Cela ne se peut pas ! Un ministre du Dieu de bonté, de celui qui a dit : « Paix sur la terre, bonne volonté parmi les hommes. » Non ! Non !
MONSIEUR BONHOMME, joyeux et criant.
Il l’a dénoncé ! Il l’a dénoncé, monsieur le curé ! Je l’ai vu !…
L’ABBÉ, atterré.
Alors… alors… si… si cela est… il a dû demander au moins qu’on le juge, qu’on le fasse passer devant un tribunal… s’opposer à l’exécution sommaire… Car, enfin, il n’est pas possible qu’on tue des hommes ainsi… sans forme de procès… comme des bêtes fauves…
MONSIEUR BONHOMME, ricanant.
Ah ! ah ! ah !… Ce n’est pas possible !… Ah ! ah ! ah !… On les colle le long d’un mur… Joue ! Feu ! Ce n’est pas plus long que ça. Ils n’ont pas le temps de dire : « Ouf ! »… Si vous voyiez ça, monsieur le curé…
L’ABBÉ.
C’est affreux ! Ah ! je crois que j’en deviens fou, de tout cela. Je voudrais pouvoir me cacher dans un trou, je ne sais où, pour ne plus rien voir, ne plus rien entendre jusqu’à ce que ce soit fini. (Se tordant les mains.) Ah ! j’étouffe ! C’est comme un remords qui m’étrangle. Oui, c’est une faute… un crime… oui, un crime de dénoncer cet homme. Et ce crime, il me semble que c’est nous tous qui l’avons commis. Nous, nous, les prêtres, nous qui devrions être les grands pitoyables… Ah ! ce sang versé stigmatise nos fronts. Si je pouvais effacer cette tache ! Qui rachètera… qui payera la rançon ?…
MONSIEUR BONHOMME.
Ah ! vous voilà dans un état monsieur le curé ! Si j’avais pu prévoir, je n’aurais rien dit, pour sûr… bien que ce soit de l’histoire, ce que j’ai dit, de la vraie histoire. Ce sera dans les journaux vous verrez… Au fond, vous savez, je partage votre opinion sur le fait : c’est une tache sur la soutane — une tache de plus. — Mais que diable voulez-vous ? Comment pourriez-vous expier le crime… le… le… l’acte de votre confrère ? Il faudrait qu’un de ces scélérats vînt vous demander asile, chercher refuge chez vous et vous conviendrez… (On sonne et un grand bruit à la porte.) Ah ! bien, ah ! bien, qu’est-ce que c’est que ça ?
MONSIEUR DE RONCEVILLE.
Le scélérat dont vous parliez sans aucun doute.
MONSIEUR BONHOMME, se levant.
Vous croyez ? Vous… (Reniflant.) Oui, c’en est un, j’en suis sûr. Je les sens ces gredins-là. Quelque chose m’avertit de leur présence. Quelque chose comme la chair de poule. Je ne me sens pas bien. (On entend le clairon.) Je vais profiter de ce que l’armée régulière monte la rue pour rentrer chez moi. Au revoir, monsieur de Ronceville. (M. de Ronceville s’incline légèrement.) Au revoir, monsieur le curé. Votre servante m’accompagnera, si vous voulez bien, jusqu’à l’escalier de service.
L’ABBÉ.
Certainement. (À Marie qui vient d’entrer.) Marie, reconduisez M. Bonhomme et, en revenant, vous irez ouvrir la porte et vous introduirez.
MARIE.
Même si… ?
L’ABBÉ, après un regard au crucifix.
Oui.
M. Bonhomme et Marie sortent.