07
L’aveu tardif de Vincent innocentait Maria. D’ailleurs la pauvre fille, ainsi que nous l’avons dit, était devenue à moitié folle. On ne chercha même pas à savoir la part qu’elle avait pu jouer dans le drame. Elle fut relaxée.
Et maintenant, dans les rues de la petite ville, on voyait errer une pauvresse à demi-démente, vêtue d’ignobles haillons, après laquelle couraient, pour la houspiller, les gamins du pays.
— Maria ! Ohé, Maria ! Qu’as-tu donc fait de ton amoureux ? C’est Jacques qu’il s’appelle, dis ?
Mais, indifférente à leurs sarcasmes, elle poursuivait sa route d’un air absorbé, en prononçant des menaces ou des supplications incompréhensibles, parmi lesquelles revenait toujours le nom de Jacques.
Son instinct la ramenait toujours au même endroit. Elle semblait chercher avec fureur quelque chose qu’elle ne trouvait pas, et alors elle s’irritait et se mettait à crier des injures.
C’est qu’elle ignorait, la malheureuse, qu’elle ne la retrouverait plus cette maison où son cœur avait aimé et souffert. Elle ne savait point que les flammes, une nuit tragique, l’avaient détruite, et qu’en son emplacement c’était cette belle école qui s’élevait. Dans ce cerveau vacillant l’espoir s’obstinait…
Cette misérable, vivant de pauvres croûtes jetées par pitié, cette triste épave, objet de la risée publique, c’était Maria, victime de l’éternel drame d’amour.
FIN