10
Ils étaient mariés depuis quelques semaines, et heureux comme des oiseaux grisés d’amour et de soleil.
Des dessins, des peintures voyaient le jour, nés de l’allégresse. À travers les vitres du stutio campagnard, il semblait qu’il ne pouvait passer que du ciel tout bleu…
Un jour, Maryse était partie s’acheter une toilette, pour fêter, selon le désir de Jacques, une commande importante d’illustrations. Il sifflait, tel un pinson, tout en maniant ses pinceaux. Un coup de sonnette l’arracha à son travail.
Il ouvrit la porte à un personnage au visage douteux, aux vêtements d’un chic faussement apprêté.
L’homme fouilla dans son portefeuille et en tira une carte d’identité au nom de… Sylvestre Ireton.
— J’ai trouvé cela sur lui… Vous êtes bien le mari de son ex-belle-sœur ?
— Oui, mais pourquoi cette visite ?
L’autre expliqua :
— Il était traqué par la police et chassé de partout. Les salles de jeu l’attiraient sans cesse dans lesquelles il ne pouvait pénétrer. Dans ces tripots on accepte les assassins mais pas ceux qui ont eu des dettes de jeu impayées comme c’était son cas. Avant « l’histoire » il avait perdu deux cent soixante-sept mille francs et sollicité un délai de trois jours. Sa dette ne fut pas réglée… Et puis il fumait l’opium et ne pouvait plus s’en procurer…
Jacques comprenait tout maintenant : le chiffre bizarre 267 000, ces trois jours. Quant à l’opium Jacques savait que le frère d’Ireton le fumait : dès la première entrevue avec lui il avait vu sur son visage tous les stigmates de la drogue.
Le personnage acheva :
— Il est venu mourir, ce matin, dans mon… hôtel. Vous êtes le seul qui puissiez donner à son corps une sépulture pas trop misérable…
Jacques avait pardonné. Il signa un chèque.
— Et maintenant, partez et faites tout cela discrètement. Il ne voulut pas que Maryse eût une nouvelle occasion d’évoquer les affres du passé.