III
Ah…
Voilà l’artiste qui se crève sur son œuvre.
Tu n’es pas riche. Je le vois à ton chapeau.
… Si j’évalue la rente des artistes à la coupe de
leur toilette !
Aux alouettes, on fait miroiter, dans la ridée,
un « Louis », au soleil —
Au rossignol, l’oiseleur met quelques vers à farine
dans un verre.
Et je sais un petit modèle gentil.
qui loue son linge aux jeunes poètes reçus
chez le mécène pédéraste.
… J’écoute l’hymne de la paresse —
Synthèse merveilleuse —
Étends-toi — les pavillons aux écoutes.
… Des merveilles !
Je porte un dossier entre les mamelles.
Je plaide le divorce de la vérité —
accouplée, immoralement, à l’utilité.
Blague ?
Tu es membre de la confrérie des pleureurs…
… des thuriféraires, alors —
autour d’un catafalque empaillé
Un sou la larme à l’oignon,
même prix la bouffée de fumée.
… Je te révolte ?
Toute révolte avorte
aussitôt qu’on déroule des oriflammes beurrées
et on acclame l’apothéose séraphique.
Poésie orphique ?
Ta mimique est misérable.
Les veaux ont la diarrhée —
ils tettent à tous les pis.
Mais écoutons l’hymne de la paresse
… Névrosiaque ?
À l’auberge, il y a des poètes neurasthéniques.
Ils forgent des poèmes à sonneries électriques —
à nuances innombrables,
redondances mystiques.
Et il y a beaucoup d’applaudissements.
… Intéressant ?
Un intérêt prestigieux
— prestidigitateur précieux —
Seins à pralines — frissons citrins
Mollets à bananes — saveurs de crin
Circoncisions opalines —
fumées de havanes en caravane.
Tu aimes la marmelade mêlée d’officielles cendrées
— arrosée de haschich…
… Saveur ?
Énormes.
Saveurs royales, impériales, extra-dry.
Tu es un aventurier subalterne.
La vie est gouvernementale, oui —
… Chroniqueur ?
Il y a toujours des places à louer.
Écris au pamphlétaire —
Ministère de la guerre.
… Gloire ?
Les métropolites sont baptisés glorieux
— en un éditorial le jour de leur naissance.
Mais toi, tu n’as pas assez le nez oenantique
Tu bats trop le bitume —
petit lévrier de course.
… Apprentissage ?
… Instincts cupides et utilitaires
Mots magiques, sourires intéressés —
civilités serviles — auréole de mystère —
Vivre sans apparence de vie —
Naïvement saper — brique à brique —
le prestige d’autrui —
sucer, goutte à goutte.
sur un rythme de raillerie ruisselante,
et les yeux fermés, se prostituer…
… Talent ?
Es-tu fakir, fiancé, en extase,
devant les mandarins généreux,
qui s’agrémentent.
… Génie ?
Tu pourrais devenir un coursier
de grand turf.
Oui. Tu es un génie inavoué.
… Qui ? Ton maintien en est une promesse savante.
… Ce lac est un estuaire.
Une plainte orpheline sort de la nappe d’eau.
Un talent saccadé, une indigence ravagée.
… Quoi ? te noyer ?
Idée gaillarde, fiancé du génie.
Mais génie est mâle.
Es-tu hermaphrodite ?
… Sur l’étang ?
Le cri d’une poule d’eau
qui couve dans le roseau.
Toi un crime ? Incapable.
Farce féminime,
Tu ne comprendras jamais la redondance.
Arpente la terre :
Le coolie est génie véritable.
… Un homme ?
L’œuvre gagne en importance
aussitôt qu’on connaisse l’homme.
Est-ce vrai que tu te crèves sur ton œuvre !
Et tu n’as pas de cave excellente ?
Je te dis —
Tu es marqué au calendrier
des brasseurs de crevaisons.
Meurs poitrinaire —
Deux décades après ta mort tu es célèbre.
… Trop tard ?
Oui. Je le crains.
À la bourse la mort est cotée, banalité :
Autrefois la célébrité des jeunes poètes,
morts poitrinaires, procura une rente
aux chroniqueurs.
… C’est fâcheux.
Mon encéphale est désaccordé.
Impossible de remettre mon entendement
au diapason des volitions cosmiques à la mode
Un philosophe m’a décerné les palmes de l’assassin.
Une fort gentille prostituée m’a pris pour chirurgien.
… Moi, un reître sceptique ?
Et tu voulais te noyer ?…
Bacchanale chaotique, oui.
Je polémique avec le néant.
Je brasse, moi aussi.
mais rien que la logique monstrueuse
d’un monde mitoyen.
Écoute… J’entends la paresse…
Paressons…
Féerie affolante — Confort effrayant,
Secrets sataniques, insensés,
Trouvailles métaphysiques,
Noces et veuvages cyniques,
Massacres bizarres accompagnés
d’opulents grasseyements d’égoïsmes sucrés
d’appétits bourrés
d’utilités en crêpes…
Houles d’ossements — d’œuvres navrées —
lèchent le sable brûlant de la gourmandise…
Massacres d’otages — élans rageux —
vertiges — débauches…
Odeurs de salpêtre et de poivre vagabondent.
Allégeance. Calme flave — Clartés opalines.
Par fusées — Suave soulagement…
Chevaux sauvages — La vie véritable,
La vérité ?…
Viens — et que je t’embrasse. Nicaise en extase…
Cher misérable… Il s’est sauvé…
Saint Deubel !…
Il n’a pas eu le courage de se noyer…