V
J’entends une voix chevrotante…
Cependant que les chèvres repues ruminent.
… Pianissimo — sourire intéressé —
Le vent vibre dans les calices des fleurs…
… Loquace ?
Il y a des genres, des ordres, des degrés,
Du loquace de vérité
les paroles sont de l’or.
J’ai jeté l’or par la fenêtre
et ceux qui le ramassèrent
riaient dans leur barbe
crétin. Imbécile !
… Parabole ?
Le figuré est un masque maquillé
de mensonge.
À l’âge de la faim. la parole constipe
la rime est redondance indigeste.
Et je sais un peintre de natures-mortes opulentes
que la famine assomma sous ses farces.
… ? Le mot juste seul importe —
Et ses sens comme tes facultés cérébrales
sont au service de la machine intestinale.
… Surhomme ?
La vessie empaillée est rongée des mites.
Je savoure dans la paresse
les saveurs raffinées de l’homme mitoyen.
… L’humanité renouvelée ?…
Chaudron rétamé
Sur les ruses amidonnées
renverse ta salière de sarcasmes
et allonge-toi et paresse…
… Tu es à la recherche…
… Ah… C’est cela ton métier…
Magnat de la responsabilité !
En vérité, je te croyais d’un pied sur la voie
mitoyenne et voilà que je découvre
le courtisan de l’hypocrisie…
Oui… les corbeaux baillent…
Viens, fainéanter —
La paresse fait l’autopsie
des victimes de l’idéal du ventre
et détermine les responsabilités.
… Tes principes ?…
Tu adores trop l’adjectif possessif
alors que le pronom personnel prévaut
Je, nous, ils crèvent de faim
ceux que tu broies sous tes principes
de possession.
Mais la paresse leur infuse le savoir.
Quoi ? Si jamais ils saisissent ?
Tes principes responsables :
Sibérie — Biribi
Guillotine — Potence —
Pourriture tes principes parasites.
La pensée te domine —
la faim guide l’affamé.
Ici la paresse éblouit l’idée
domine la pensée et la guide.
Le merle, toujours, a chanté une valse lente.
À d’autres les trilles et les arpèges.
Le champignon sur le crottin, pas plus que
l’épinoche dans ce vivier
sont sortis de leur orbite.
l’animal domestiqué, remis en liberté,
pleure non pas sa liberté
mais sa chaîne à l’étable.
… Crachat au visage de la civilisation ?
L’homme est un bœuf domestiqué
… pulmonaire, oui —
il crache ses bronches
— pourquoi pas à ton visage
— Cornac de la responsabilité !
Harmonie ? Divin utilitaire.
Écoute… J’entends la fanfare libertaire
de la mitoyenneté.
Équilibre ?
Étends-toi, affable cafard
qui crétinise la bête humaine.
La paresse t’infusera le bacille
de l’homogénéité.
Écoute…
Je sens le vrai équilibre.
Ta vérité n’est qu’une croyance utilitaire.
Expérimente —
L’expérience donne de l’abstraction la quintessence.
…La stagnation du monde autour de toi :
Le vide en toi et autour de toi.
Est-ce de l’eau, un édredon, de la chair…
Sur le dos étendu, nous planons.
Tout devient liquide, lumière.
vin, soleil, aromates…
vert, vert, orangé, violet, indigo…
les couleurs, arc-en-ciellées, tourbillonnent…
La période périhélique efface l’aphélie.
Le peuple aplanétique farandole.
Les ombres sombrent en leur inutilité.
L’apogée des antisciens monte,
monte, éblouissante.
Eh !… Responsabilité !…
… Voici qu’à sa place, je trouve
un silex préhistorique !