‹ L’Apologie de la paresseChapitre 8 sur 9 · VIII

VIII

Étrange attelage —
Le bouc tire à hue
— la chèvre appelle à l’inceste ;
L’âne tire à dia
— les abeilles traient le chardon.
Et la badine sous le bras
le marchand de marmelade
se serre la ceinture au ventre…
… L’affamé fait vœu d’abstinence ?
L’avoine ne fume plus
dans les crottins sur la route.
C’est pourquoi les moineaux
se bourrent de cerises.
… Ta chemise sent la sueur
de l’espoir qui désespère.
… Misanthrope ?
L’eau du ruisseau coule à la mer.
Rancune nuance de réticences.

… Si je souffre de tropisme ?
Je sens le pion qui pue l’opportunisme.
Heure grave ?
Dans l’attente de l’Heure blanche.
indolent, je fainéante.
La cavalcade passéiste caracole…
La paresse dynamite
les masques de mensonges,
les spectres de conventions fétides.
… Grâce ?
Les parasites fossiles sous les fourrés
de fougères ont dévoré les indulgences plénières.
… Farce grotesque ?
Variantes burlesques —
Les vases sans fond du fossé
dansent une sarabande d’égoïsme.
Les épaves, couleur d’urine au soleil
se pommadent d’opulences…
… Sourire sournois entre oui et non
— sens-tu d’où vient le vent ?
La fatigue de la faim enfièvre.

Le fond de la mare est une mine de merveilles.
Chaque caillou brille un brin
de la vérité plantureuse…
Et les parias — au cerveau inculte —
ont fumé la berge aux gorges argentées
où, déjà, grouille l’ivraie.
… Bête beuverie ?
Cohabitation sur cette berge…
Le lit est sans puces, sans punaises.
À tes narines de gourmet platonique
les meulons de foin répandent des odeurs
de chocolat, de biscuits au beurre.
de roquefort, de vin goudronné.
Et la chanterelle vaut la moule !
… Diplomate !…
Oho… diplomate !
Délégué de la Société protectrice des animaux !
Métier misérable — frivole fumiste !
La sottise m’enserre
— dompteur de cirque —
Tu enfonces l’obéissance à coup de fouet
Et les chiens chantent avec torpeur
sur le ton de ta risée galvanisée
ton nom

ton râtelier
et ton monocle !
… Au temps de la vérité païenne
feu Arlequin — fantaisiste d’exception
se saoulait à la luxure du mensonge.
Mais son secret depuis une ère
est lieu commun
— cliché hypocritement vulgaire —
Et Arlequin, ressuscité,
prophétise la vérité !
… Tu es un fameux bourgeois
Je l’entends à ton vocabulaire :
Tes paroles sont chaussées de sandales.
… Moi…
Saisis-tu la fine délicatesse
de la vieille belle aristocrate qu’est la terre !
J’en suis l’amant entretenu.
Et sa sève coule en mon sang
l’indolence de la vie lente.
Politique ?…
Tes traites sont signées à blanc.
Et gare le « boom » ultime à la bourse.

… Étends-toi sur cette berge
Le dos au soleil
le cœur contre la terre…
— Battement de la vie éphémère
contre la vie vivifiante, qui dure…
Tu deviens liquide, vapeur, chaleur —
Tu pénètres du néant la grandeur
qui dure…
… Vitesse ? Évangéliste d’américanismes.
Ton crâne brille comme une ruine
tu caches un moteur à 45 HP,
Mais le soleil, dans l’eau de l’étang,
brûle un point d’exclamation hilarant !
… Tu t’obstines ?
La paresse est la grande volonté
qui tourne le ciel et la terre !

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