Le Cloître aux colonnes de rose
Sous l’heureuse lumière où l’air tremble aujourd’hui
Comme une mer fluide où nagent les collines
Dont les cimes, au ciel qui les attire à lui
Se soumettent avec des flexions divines,
Au fond du val qui dit à toute alarme adieu,
Dans ta sérénité première tu reposes,
Et d’un riant essor tu t’élèves à Dieu,
Sur tes colonnes qui semblent faites de roses.
Vers toute la candeur profonde de l’été,
Le jour à tes arceaux s’ouvre de porte en porte,
Et ne fait avec toi qu’une seule clarté,
Si léger que la terre à peine te supporte !
Et l’on dirait que, sous son poids fragile et pur
Affaissée et rompue et relevée ensuite,
Infaillible à décrire en courbes sur l’azur
Une tresse de fleurs prolongeant sa poursuite,
Quelque longue guirlande au feston retourné
Sur sa mélodieuse allure te déroule,
Et rassemble selon son ordre fortuné
Le nombre sans défaut d’où ta grâce découle.
L’heure brûle, tranquille et vermeille, et midi,
Sur la tuile où ne vient l’ombre d’aucune feuille
Jouer avec le vent qui retombe, engourdi,
Dans la bonne chaleur de juillet se recueille.
Je vais, et je te sens m’insinuer au cœur
Ta cadence immortelle et ta noble indolence,
Et, comme un air chanté sur le mode majeur,
Je t’écoute frapper dans mon âme en silence
Un accord sans limite et quatre fois borné
À la mesure exacte et pourtant infinie
Qui te tient sans effort à toi-même enchaîné
Et te fixe à jamais dans ta libre harmonie.
Et par cent ailes d’or j’entendis résonner,
Annonciation tendre et mélancolique !
Tes cloches qui soudain sur moi firent planer
Le battement épars de leur vol angélique.
Contre le ciel limpide où vous veniez heurter,
Vous passiez, vous chantiez, cloches dominicales
Qui rendiez argentin à vous répercuter,
L’air où se propageaient vos ondes musicales.
Et le cloître tintant de leur vol éperdu
Paraissait par degrés s’enlever de la terre,
À cet alleluia sonore suspendu,
Comme un oiseau divin monte dans la lumière.
Et, demeurant quand même à son rythme attaché,
Il dénouait avec une heureuse folie,
Sa colonnade rose où se tenait penché
Un soir tout à la fois de France et d’Italie.
Àforce de fleurir accablés de douceurs,
Un rang de lis tendant à l’azur qui les baigne
Leurs calices tachés d’ineffables rousseurs,
Sous leur blancheur gardait le jardin clos où règne
Une vigne enroulée en flexibles berceaux,
Et, charme des pigeons familiers sur les tombes !
Des enfants au soleil, à travers les arceaux,
S’ébattaient comme un peuple innocent de colombes.
Ah ! lassé de la vie et des hommes, auprès
De ton église qui m’accueille, un clair dimanche,
Puisse, cloître amical, entre tes chers cyprès
Où plie une moisson de fleurs dorée et blanche,
Mon cœur, impatient de fuir un siècle dur,
Trouver enfin la mort harmonieuse et belle,
Par un après-midi de vêpres et d’azur,
Et s’embaumer vivant dans ta paix éternelle !