‹ L’Armée de voluptéChapitre 14 sur 24 · volume 2 · 01

volume 2 · 01

Rue de Prony, le lendemain, Émile trouva, avec Claire Harling, une autre jeune personne qu’elle lui présenta comme la chefferesse du groupe auquel il appartiendrait, madame Gabrielle de Cavisse.

— Dans l’Armée de Volupté, dit-elle, la présentation ne se fait pas simplement comme dans le monde, par l’énonciation des noms et des qualités. On ajoute des saluts et des usages. Tu connais le salut d’amour et tu l’as exécuté on ne peut mieux. Présenté à Gabrielle, vous avez à faire une gamme amoureuse. Cette gamme comprend une pose, un salut, une posture, une scène, un tableau.

— Dicte la pose.

Gabrielle se tenait debout au milieu du salon et ne disait rien : à sa réplique, elle ramassa ses jupes par devant et les souleva à auteur des genoux. Claire reprit :

— Elle est placée. Toi, tu t’agenouilles et te baisses pour regarder au dessous des jupes, tu salues, en portant la main entre ses jambes, très bien ; elle te répond, en se troussant jusqu’à la ceinture : apercevant son ventre, tu glisses la main dans ta culotte et vous êtes dans la posture. Tu lui embrasses le nombril en croix, c’est-à-dire en quatre baisers imitant le signe, dont un au milieu ; elle se tourne, tu refais le baiser en croix sur les fesses, le premier à la naissance, au bas des reins ; le deuxième et le troisième sur chacune des joues, le dernier, dans la profondeur de la raie… à la porte. Ces baisers donnés et reçus, elle pose une jambe sur ton épaule droite, tu mets un doigt à son bouton, vous représentez le tableau, et… vous êtes présentés.

— Quelles jolies cuisses !

— N’est-ce pas ! Les usages, dans une présentation veulent que vous soyez toujours à côté l’un de l’autre, que vous vous tripotiez en toute occasion et que vous vous familiarisiez de plus en plus ensemble. Gabrielle vient m’assister pour cette leçon, et te prouver que chefferesse de ton groupe, elle n’en est pas moins ton amie pour tous tes désirs.

Émile, depuis sa rencontre avec Lucie, ne cessait de se demander s’il vivait ou rêvait : les beautés succédaient aux beautés et l’imprévu se dressait à chaque pas. Il se sentait emporté dans un tourbillon de félicités, où les femmes se surpassaient pour découvrir des moyens nouveaux de séductions, et il n’apercevait pas bien le rôle de l’homme, des compagnons qu’il était appelé à fréquenter dans les rangs de l’Armée.

Il avait vu le comte de Bouttevelle, de Mauverlin, il en avait vu quelques-uns à la capitainerie d’Héloïse, jusqu’ici on ne le mettait pas en contact direct avec eux, et il en parla à son initiatrice Claire.

— La délicatesse de notre institution le veut ainsi, répondit-elle. La femme a compris tout ce qui pouvait y avoir d’obstacles dans le groupement de cavaliers destinés à s’unir à un groupement de dames, et elle a établi les périodes d’initiation de telle façon que l’homme, après un contact absolu avec des voluptueuses s’habitue à l’idée de leur contact avec d’autres compagnons, ses frères en amour. Je t’initie à l’intelligence de la femme ; Gabrielle t’apprendra à ne pas souffrir des plaisirs que, t’ayant prodigués, elle prodiguera à un autre. Elle est chefferesse d’un groupe composé de six femmes et de cinq hommes, dont tu vas faire le sixième. Elle relève de la capitaine Héloïse qui, sur le désir de Lucie, t’a demandé dans sa capitainerie. Là, tu accompliras ton stage, et en peu de temps rien ne te choquera plus.

— Rien ne me surprendra.

— Oh, tu n’es pas prêt.

Gabrielle était une blonde de vingt-cinq ans, un peu boulotte, mais très gracieuse et très avenante. Elle intervint :

— Mon mari est de notre groupe et, par sa bonne amitié, il te témoignera l’entente absolue que nous avons acceptée.

— Ton mari !

— Francisque, de son petit nom ; il fait courir aux courses et il aime beaucoup les femmes, ce dont je suis très fière, parce que ça ne l’empêche pas de continuer à m’aimer et de me le prouver quand je le désire. Et je l’aime, mon mari ! Viens dîner avec nous ce soir et tu jugeras s’il se froisse de quoi que ce soit entre nous. Voilà une occasion de marcher en avant, ainsi que le veut Lucie à ton sujet.

Elle avait une attitude mi-ingénue, mi-audacieuse, en formulant son invitation, qui lui allait à ravir : Émile, qui guignait des yeux Claire, pelotonnée dans son fauteuil et suivant d’un œil curieux les pensées qui pouvaient l’agiter, profita de la liberté qu’on lui assurait permise, enlaça Gabrielle, lui mit un baiser sur les lèvres et répondit :

— Il ne s’effarouchera pas, même si je t’embrasse ainsi !

— Pourvu qu’il n’y ait pas de témoin indiscret ; et chez moi, il n’y en a pas.

— Chez toi, pourquoi ?

— J’emploie comme services une fille de chambre et une cuisinière ; toutes les deux appartiennent à notre armée auxiliaire.

— Des espions, des traîtres, pour une heure donnée.

— Ne t’en inquiète pas ! Ta main pétrit ma robe, envoie-la donc où elle désire, sans hésitation : pour ta gouverne, un cavalier qui brûle de toucher… les fesses à une dame et qui hésite encore par timidité, n’a qu’à lui toucher les lèvres avec le deuxième doigt. Alors, elle le regarde ainsi et il n’hésite plus : bien, tu as compris.

— Bravo, cria Claire, il ne s’attarde pas.

— Tu sais, ma petite Claire, je suis un taureau. Tu m’as privé hier et je compte sur toi, sur vous deux.

— Sur nous deux ! Quel homme ! Et la leçon !

— Oh, la leçon, je saisis mieux en fourrageant vos jupes et en vous serrant toutes les deux dans mes bras.

Il s’était laissé tomber sur un canapé et il les tenait toutes deux enlacées.

Claire lui donna une légère claque sur la joue, puis un baiser et répliqua :

— Oui, oui, tu as raison, démontrer avec exemple est agréable, moi, je ne demande pas mieux.

— Et moi aussi, dit Gabrielle posant ses deux jambes sur les genoux d’Émile et se troussant aussi haut que possible.

— Oh, les cuisses grassouillettes, murmura Émile les patouillant.

— Tu les as déjà trouvées jolies ! On les apprécie assez.

— Et toi, Claire, tu n’exposes pas les tiennes là, à côté.

— Si fait, regarde-les : elles sont moins fortes, mais elles savent quand même gigoter.

— Oh, de cette demoiselle dépucelée, s’écria Gabrielle, comme elle connaît sa science d’amour !

— Je n’ai jamais reculé au doux plaisir, et au couvent des Bleuets, j’entretenais des amours avec toutes mes camarades.

— Les hommes, les femmes, tout t’est bon !

— Je préfère les hommes.

Gabrielle fit une petite moue et dit :

— Oh, les femmes, ça a bien son charme pour une amoureuse très passionnée !

— Je ne dis pas, mais il leur manque ce qu’Émile garde encore dans la culotte.

— Vous voulez voir, mes anges !

— Mais non, continue à peloter, puisque tu as de la patience.

De la patience, certes il en avait, mais ce qui l’arrêtait surtout, c’était l’hésitation du choix, ses yeux fouillaient les cuisses de Claire, et celles de Gabrielle ; les deux femmes s’arrangeaient pour le faciliter dans sa contemplation de leur joyau caché, et écartaient les cuisses.

Ses regards glissaient sous les poils de Claire et de Gabrielle, ne s’appesantissaient pas sur le clitoris, se fixaient sur les lèvres secrètes : elles mettaient un doigt dessus, et riant, s’écriaient à tour de rôle :

— La porte est fermée, le Monsieur ne l’enfoncera pas, s’il n’est pas tout plein gentil.

— Qu’entendez-vous par : tout plein gentil.

— Qu’il bécote celle… qu’il tirera.

— Toutes les deux.

— Chiche.

Et toutes deux, jupes troussées, cuisses en avant, de dire :

— Les portes s’ouvrent.

— Et la leçon ?

— Monsieur recule ! Tu commences à savoir, la leçon est pour développer les connaissances, tu nous sembles en posséder suffisamment pour l’instant.

Àquatre pattes, il renifla les deux paires de cuisses, broutailla les poils de Claire la plus près, et la saisissant par le cul lui dit :

— Je ne recule jamais ! Je te connais d’hier, déshabille-toi, je te prendrai la première.

La quittant pour coller les lèvres entre les cuisses de Gabrielle, il vit Claire qui laissait retomber les jupes, lui allongeait un petit coup de pied dans les fesses, tout en lui répondant :

— Cela se sollicite, la nudité d’une femme.

— Ah, répliqua-t-il la bouche ensalivée des minettes dont il dévorait le conin de Gabrielle, j’ignorais, c’est dur de retirer la main de ce joli cul.

— Tu me baiseras après Claire, appuya Gabrielle en se retirant pour échapper à ses chaudes caresses, sollicite la nudité.

Àgenoux, les mains jointes, il dit :

— Beaux anges du paradis, ayez pitié d’un pauvre assoiffé de vos beautés et livrez-les-lui dans tout leur éclat.

— Bêta, intervint Gabrielle s’agenouillant à son côté et le prenant par le cou pour l’embrasser, tu le demandes très bien, et nous te l’accorderions de suite, si actuellement nous ne remplissions pas à ton égard les fonctions de professeurs, et si nous ne devions t’enseigner comment on s’exprime dans l’Armée de Volupté pour solliciter une femme de se dévêtir.

— Ah, il y a une formalité !

— Des signes.

— Apprenez-les moi.

— Tu as sollicité d’abord Claire, je vais te remplacer et jouer auprès d’elle la pantomime : regarde bien je fais l’homme, et ma foi, je le serais volontiers pour cette petite.

— Quand il te plaira, mignonne, dit Claire.

— Bon. Bientôt, dans ce cas.

— J’attends, intervint Émile.

Très gracieusement, Gabrielle debout devant Claire, s’approcha tout près et vint lui toucher le nez avec le sien. Claire lui posa une main grande ouverte sur chaque joue et elle en baisa le creux : Elles se fixèrent dans les yeux, puis Claire appuya le front sur la poitrine de Gabrielle, et celle-ci lui pelota les seins par dessus le corsage.

Émile était resté agenouillé ; il envoya les mains sous les jupes de Gabrielle, et lui pelota les fesses.

— Eh bien, Monsieur, s’écria-t-elle, est-ce ainsi que vous suivez ma leçon ?

— Je n’en perds pas une nuance.

— Oui-da, avec votre tête sur mon tutu !

— Oh, j’aime beaucoup toutes les simagrées imaginées pour demander et accorder le plaisir, mais, je cesserais d’être moi, si, ayant deux femmes sous la main, je n’en pelotais pas une.

— Pelotais et léchais ! Lève ta langue de là, petit cochon, et examine ce qui est par terre.

— Il y a quelque chose par terre ! Ah oui, un mouchoir.

— Ce mouchoir, Monsieur, appartient à Claire, qui vient de le laisser tomber de sa poche ; il signifie qu’elle consent à vous accorder sa nudité. Maintenant, pendant qu’elle se déshabille, puisque vous vous prétendez assez solide pour jouir de deux femmes, sollicitez ma nudité, à moins que vous ne prétendiez me prendre avec ma toilette. Je te préviens alors que j’ôterai ma robe, il ne s’agit pas de la friper.

— Non, toi aussi, nue !

— Demande.

Il s’empressa d’exécuter le frottage du nez et le reste, au milieu de la folle hilarité des deux femmes, et lorsqu’il en fut au pelotage des seins, il demeura embarrassé, Gabrielle ayant dégrafé son corsage et lui présentant les seins.

— Et le mouchoir, dit-il ?

— Tu as laissé à terre celui de Claire sans t’informer de ce que tu devais faire : ce mouchoir y est encore : en te donnant mes seins à caresser, cela équivaut à un refus.

— Un refus, méchante !

— Dam, je suis obligée de supposer que tu as changé d’avis, puisque tu n’as pas ramassé le mouchoir de Claire. Examine-là. Elle a bien retiré sa robe, mais elle a suspendu son déshabillage, et, assise sur le canapé, attend que tu te décides.

— À quoi ?

— Monsieur, quand une femme à qui vous demandez sa nudité, accepte de vous la servir, en laissant tomber son mouchoir, on s’empare de ce mouchoir, on le fourre dans sa culotte, et sitôt que la femme se trouve en petit jupon, on s’approche, on lui place le mouchoir, retiré de la culotte, entre les deux seins et on colle sa bouche entre ses cuisses, jusqu’à ce que, doucement, elle l’ait fait glisser à travers sa ceinture, à son ventre, et qu’on puisse le recueillir avec les dents, puis le lui promener dans la raie des fesses, le baiser et le lui rendre.

— Je ne savais pas, chère monitrice.

— Tu n’as pas accompli cette partie de ta tâche, je lui devais et je me devais de te refuser.

— Mais, ne me remplaçais-tu pas, et ne te revenait-il pas de l’exécuter pour m’instruire ?

— Tu as rompu le contrat, en adjugeant à tes lèvres…

— Ton cul ?

— Oui, petit polisson.

— Eh bien, je vais réparer mon oubli.

— Dépêche-toi, et nous achèverons… la formalité pour moi.

Claire se leva, Émile lui glissa entre les seins le mouchoir, non sans en profiter pour la peloter, s’accroupit entre ses jambes, et il aperçut le mouchoir descendre sur le ventre ; il le happa et fit toute la manœuvre conseillée.

Claire, rentrée en possession de son mouchoir, lui jeta une jambe autour du cou et lui dit :

— Fais-moi minettes, et tu retourneras ensuite à Gabrielle.

Sur sa bouche, devant ses yeux, apparut le petit nid d’amour, encore à peine entr’ouvert, joyau précieux, et il l’humecta d’une chaude caresse, en murmurant :

— Presque une pucelle.

— Oh, je le ménage : il ne faut pas que mon futur mari soit trop volé sur la marchandise, le soir du mariage.

— Tu comptes te marier !

— N’est-ce pas mon devoir et mon droit ! Mais cela ne concerne pas la cause qui nous réunit ; tes baisers me chatouillent agréablement ; arrête, arrête-toi, vas à Gabrielle, elle est prête.

— Comment, prête ?

— Oui, regarde.

Il examina du côté où il avait laissé la jeune femme et il la vit, en petit jupon, étendue sur le tapis, les cuisses et le ventre nus, les bras allongés, tenant, dans une des mains, le mouchoir, bras, épaules et seins nus aussi.

— Claire, Claire, murmura-t-il, tu dois passer la première, si j’approche d’une telle tentation, je ne réponds pas de mon calme.

Comme si elle eût voulu l’affoler, Gabrielle écarta les jambes, et il distingua les lèvres secrètes, paraissant l’appeler par leur légère échancrure.

— La faute de ne pas avoir accompli la formalité pour mon mouchoir, dit-elle, t’a conduit à une tentation plus accentuée, mais ne te dispense pas de l’ordre que tu as indiqué toi-même. Je profiterai de ta chaleur, voilà tout, et je te supplie de ne pas trop me faire languir. Son mouchoir est dans ses mains, tu dois le lui prendre, et puis exécuter tes figures de regret.

— Des figures de regret ?

— Vas donc.

Elle le poussa et il se jeta la tête entre les cuisses de Gabrielle, pour les baiser avec transports, sans qu’elle l’en empêchât. Sa langue la fouilla dans le conin, elle lui pressa la tête avec la main qui tenait le mouchoir. Il la patouilla et elle le favorisa ; il s’échauffa et tenta de glisser sur elle ; elle se souleva sur les genoux et lui tendit le mouchoir.

— Baise-le, dit-elle.

Il le baisa.

Elle le passa sous elle, fit le geste de s’en frotter le cul, se le frotta avec l’intention de la chose, le lui représenta, et dit :

— Baise-le, en pensant à l’acte réel qu’il eût pu accomplir.

Il le baisa de nouveau.

Elle le plia en plusieurs plis, le roula comme un cigare, le glissa entre ses cuisses et doucement l’introduisit entre ses lèvres secrètes.

— Ouvre la bouche, dit-elle.

Il l’ouvrit toute large et, le mouchoir retiré de son con, elle le lui enfonça dans la bouche en disant :

— Ainsi, par mon essence dans ta bouche, c’est moi qui te prends, et je te jette le mouchoir pour t’abandonner ma personne.

Elle le pressa dans ses bras, lui enleva le mouchoir ; il n’y voyait plus, il la poussait sur le tapis pour la posséder ; elle n’était guère non plus en état de se défendre, une main se posa sur son épaule : Claire, toute nue, leur souriait.

Émile baisa sur les lèvres Gabrielle, lui donna une claque sur les fesses et, tout en se retournant vers Claire, lui dit :

— Déshabille-toi et viens vite te joindre à nos ébats.

Claire lui souriait, se prêtait à ses chaudes lippées, courant sur tout son corps, elle murmura :

— Débarrasse-toi de tes vêtements, toi aussi, tu seras mieux.

Sans décesser ses caresses, en un rien de temps, il fut nu.

Nu, il attira la jeune fille sur le tapis et la joute commença.

Chez qui régnait le plus de vertige ! Ils eussent été bien embarrassés tous les trois pour répondre.

Achevant de jouir de Claire, mourante sous la sensation, il saisit Gabrielle par les jambes et la poussa sous lui. Elle ferma les yeux, envahie, stupéfaite, conquise, murmurant :

— Tu es le diable ! Quoi, pas de répit !

— Je suis un homme qui aime ardemment la femme.

— Et tu dois les aimer toutes !

— Qui ne les aimerait, devant vos beautés si diverses et si merveilleuses ! Ah, je les ai enfin tes grasses cuisses, je les aplatis avec les miennes, je te sens dans tes frémissements de volupté et je t’ai bien devinée dans ta molle langueur de fine dodue !

— Ah, ah, ah, pelote, pelote-moi, tu m’emportes l’esprit et le cœur.

— Ah, ah, murmura Claire encore sous le charme de la possession, il me semble qu’il me prend en même temps que toi.

— Je vous prends toutes les deux, je l’ai dit et je vous tiens bien.

Il jouit de Gabrielle comme il avait joui de Claire, sur les flancs de laquelle s’étaient abattues ses mains, pour la soulever dans les soubresauts qui se précipitaient.

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