‹ L’Art de jetter les BombesChapitre 140 sur 144 · Chapitre 4.4.2

Chapitre 4.4.2

Seconde objection. Les inégalités de la
matiére empêchent dans la pratique les
effets des régles de la Théorie.

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LEs autres au contraires aſſûrent, que bien que ces régles puiſſent avoir quelque juſteſſe dans la Théorie, elles ne ſauroient néanmoins réüſſir dans la pratique, à cauſe des irrégularitez & des inégalitez qui ſe trouvent dans la matiere ſur laquelle elles doivent être appliquées, & qui ne peut jamais être ſi heureuſement maniée qu’elle ne corrompe preſque toûjours les effets des opérations les mieux conçûës & les plus ſoigneuſement exécutées.

En effet il eſt, diſent ils, mal-aiſé de comprendre que l’impreſſion, que la Bombe ou le boulet reçoit par le feu du mortier ou du Canon dans chaque coup, ſoit toûjours la même, comme il faut néanmoins qu’elle ſoit néceſſairement pour tirer quelque utilité de la doctrine du jet des Bombes ; & que cette force ne change point ſe ſervant de tant de ſortes de poudres ſi différentes en leur compoſition & en leurs effets. Qui ne fait que la même poudre, c’eſt-à-dire celle qui eſt faite de la même compoſition, fait effort à proportion de ce qu’elle eſt plus groſſe ou plus menuë grénée, qu’elle eſt plus humide ou plus ſéche, plus nouvelle ou plus vieille ? & qui peut aſſûrer que par le poids ou par la meſure, la charge ſoit toûjours la même ; & qu’il y ait même quantité de poudre en tous les coups dans la piéce ou dans la chambre du mortier ; y ayant plus de poudre dans un même poids quand elle eſt ſéche que quand elle eſt humide, & plus de poudre menuë grénée que de poudre à gros grains dans une même meſure.

Quel changement n’arrive-t-il pas à l’êtenduë des portées par la ſeule différence des maniéres de charger la piéce ou le mortier ; comme lors-que la bombe eſt poſée (comme on dit) à nud ſur la poudre, ou lors-que la chambre eſt bouchée d’un tampon pouſſé à force ; ſi la poudre eſt fort ou peu battuë, ſi elle s’allume par tout êgalement ou à repriſes ; ſi la piéce ou le mortier eſt échaufé ou s’il eſt froid ; ſi elle recule ou ſi elle ne ſort point de ſa place ? & qui peut dire que l’on a pointé la piéce ou le mortier dans la préciſion qu’il doit étre, quelque ſoin que l’on y ait pris & quelque juſtes que puiſſent être les inſtrumens dont on ſe ſert ?

Qui peut répondre que l’ame de la piéce ou du mortier ſoit parfaitement droite, égale & bien arrondie au dedans ? Que la bombe y convienne préciſément, & qu’elle ſoit parfaitement ronde ? Que la ligne qui fait l’axe de la chambre du mortier étant continuée rencontre préciſément le centre de la bombe, afin que l’action de la poudre embrazée ſe faſſe uniformement autour de ſa circonférence, & ne lui donne pas plus d’impreſſion d’un côté que d’autre ? Que la bombe êtant chargée ait un même centre de grandeur & de péſanteur ; Que le plan de la batterie ſoit égal, également fort, uni, & parfaitement de niveau ? Que le mortier ſoit ſi bien monté ſur ſon affût que l’axe de ſes tourillons traverſe celui de l’ame & ſoit toûjours parallele à l’horizon ; & mille autres particularités de cette nature, dont la moindre eſt capable d’altérer la direction de la balle & de rendre par conſéquent inutiles toutes les ingénieuſes précautions de la Théorie ; & que ſera-ce enfin ſi toutes ou la plûpart y concourent par leur irrégularité ?

Voilà, ce me ſemble, ce que l’on peut apporter contre le deſſin de ce livre au ſujet de la pratique ; à quoi il faut eſſaïer de ſatisfaire, ainſi que nous avons fait aux difficultez propoſées contre la Théorie.

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