‹ L’Art de jetter les BombesChapitre 141 sur 144 · Chapitre 4.4.3

Chapitre 4.4.3

Réponce à la premiére objection.

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AInſi je dirai à ceux qui donnent tout à la pratique, qu’il eſt vrai-qu’elle eſt tres-néceſſaire en tous les Arts, & particuliérement à la guerre ; où l’on ne devient ordinairement habile que par un long uſage & par une ſuite d’obſervations faites avec grande application & jugement ; & où ceux qui n’ont que de la Théorie ſe peuvent trouver empêchez à l’abord & juſqu’à ce qu’ils ſe ſoient reconûs, & qu’ils ayent appris à diſtinguer les tems & les lieux où les régles qu’ils ont appriſes, peuvent être employées utilement. Mais qu’il eſt auſſi tres-faux de dire que la Théorie leur ſoit inutile ; puis-qu’il n’y a rien de plus certain que cette pratique judicieuſe & appliquée, dont je viens de parler, ne contribuë jamais mieux à perfectionner un homme de guerre, que lors-qu’elle eſt fondée ſur une étude ſolide de préceptes. Et ſans m’amuſer à rechercher de grans raiſonnemens pour appuyer cette penſée, ni à faire un grand dénombrement des fautes conſidérables où tombent tous les jours ceux qui ſont dépourvûs du ſecours des régles, lors-qu’ils ſe trouvent dans des rencontres extraordinaires : il ſuffit de dire que c’eſt le ſentiment du plus grand Roi du monde & du plus habile dans le métier, qui ne voudroit pas que l’on fit perdre le tems à Monseigneur le Dauphin, en lui enſeignant ce qui ſe peut apprendre de Théorie ſur ce ſujet, & qui ne voudroit pas ſe donner la peine de le faire travailler en ſa préſence & corriger lui-même, en Pere & en bon Maître, les fautes qu’il fait ſur les deſſeins des places irréguliéres qu’il lui propoſe à fortifier, comme la choſe la plus importante & la plus difficile de la fortification ; s’il n’êtoit bien perſuadé que ces conoiſſances lui ſeront utiles à l’avenir.

C’eſt à cét exemple que la plûpart des perſonnes de qualité travaillent préſentement à cette partie des Mathématiques qui ſert principalement à la guerre. Et c’eſt ſur ce fondement que les principaux Miniſtres de ſa Majeſté ſe ſont ſoigneuſement appliqués à cette étude, pour ſe mettre en êtat de connoître par eux-mêmes, ce qu’il y a de bon dans les propoſitions qui leur ſont faites ; & de bien juger & du babil des Charlatans, qui ont êté en ſi haute réputation par le paſſé, & du ſavoir ſolide des gens de mérite.

Ce que l’on apporte de la ſuffiſance de ceux qui ſervent préſentement le Roi dans les batteries, & particuliérement dans celles des Bombes, ne détruit rien de ce que je dis : car quoi qu’il ſoit conſtant qu’ils ayent mis cét Art dans un tres haut dégré de perfection par la ſeule force de leur Génie & par leur grande application ; il eſt auſſi tres-véritable qu’ils ſeroient bien plus facilement parvenus à cette haute capacité, s’ils avoient êté aidez des connoiſſances de la Théorie. À le bien prendre, leur ſavoir ſe termine à la connoiſſance des cas particuliers, qu’ils n’ont reconus qu’à force de les avoir obſervés ; & qu’ils auroient bien plûtôt, plus univerſellement, & plus aſſurément découverts dans les régles que cette doctrine leur auroit enſeignées.

Je pourrois ajoûter, que comme les ſujets de ce mérite ſont extrémement rares, & ſe trouvent peu ſouvent à cauſe de la difficulté qu’ils ont d’aquérir cette ſuffiſance par les ſeules obſervations de pratique ; l’on en devroit ce me ſemble eſtimer les régles de la Théorie d’autant plus, qu’elles facilitent les moïens de parvenir à la perfection & qu’elles peuvent par conſéquent ſervir à former de bons Eleues dans cét Art.

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