Chapitre 4.4.6
Uſage des mortiers & de quelques autres
machines pour le jet des Bombes.
AU reſte les mortiers ne ſervent pas ſeulement à jetter des Bombes de toutes ſortes de groſſeurs, ils font auſſi les grans effets avec les pierres, dont on a vû beaucoup d’exemples au ſiége de Candie ; les Italiens les appellent Batterie de j Saſſi. L’on jette avec les mortiers des boulets rouges, des pots à feu, des barils ardans, des carcaſſes qui ſont des boites, faites de bandes de fer, de la groſſeur des Bombes, couvertes de groſſe toille goderonnée, & remplies de grénades & de compoſition à mettre le feu ; il y en a pluſieurs deſcriptions dans le
livre du grand Art de l’Artillerie de Cazimir Siemienowski dont nous avons parlé dans la premiére Partie.
Cét Auteur promet d’enſeigner, dans ſa ſeconde Partie, diverſes inventions de jetter les Bombes ſans mortier ; mais cette partie n’a point été imprimée. Il ne laiſſe pas de dire en paſſant que les frondes pourroient être fort utiles, au moins pour jetter les Grénades, ſi lon s’en rendoit l’uſage familier. À quoi je puis ajoûter que dans les deſſeins des Machines antiques, il y a des grandes frondes attachées à des Trébuchez qu’ils appelloient Fundibala ; & qui ſervoient aux anciens à jetter dans les villes aſſiégées des pierres plus péſantes que nos Bombes ; ce qui me fait dire que l’uſage n’en ſeroit peut-être pas à mépriſer. En voici quelque deſſeins.
Celle-ci eſt de l’invention de Monſieur Perrault, dont nous avons parlé ci-devant.
Les deux poids A A font tourner les roües B & la barre C D quand on lâche la corde qui la retient en C. Cette barre, après avoir fait le demi-tour D E, frappe contre la traverſe poſée en E, & donnant l’impreſſion à la Bombe D, elle la fait partir avec violence ſuivant la direction de la droite E F qui touche le demi-cercle D E en E. La branche mobile G arrêtée près ou loin du point E ſur les dents marquées en E G, donne telle élévation que l’on veut au jet de la Bombe en hauſſant ou baiſſant la machine.
Je finis par l’explication d’une maniére extraordinaire de jetter des pierres ſans mortier.
Les Polonois aſſiſtez des troupes auxiliaires de l’Empereur ſous la conduite du Comte de Souches, aſſiégeoient en l’année 1659 la ville de Torn en Pruſſe tenuë par les Suedois ; dans laquelle ils jettoient tres-ſouvent des pierres d’une groſſeur monſtrueuſe, des gros quartiers de meules de moulin & des Carreaux de plus de 800 péſant ſans ſe ſervir de mortiers,
en cette maniére. Dans le terrain raſſis près de la contr’eſcarpe ils creuſoient des trous juſtement de la grandeur & de la figure de la pierre qu’ils vouloient jetter, dont le fond plat & uni êtoit tourné vers la ville avec tel angle d’inclination qu’ils jugeoient par l’eſtime qu’il faloit donner pour la direction de leur jet ; & dans le milieu du même fond, ils creuſoient un autre trou plus profond en forme de chambre, & de telle ſorte que l’axe de ce dernier trou paſſant par le centre de gravité de la pierre ſe trouvât perpendiculaire à ſon lit & fut le même que la ligne de ſa direction. Ils empliſſoient le trou avec de la poudre ſi la terre êtoit aſſez ferme, ou bien il y faiſoient entrer un pétard d’une grandeur proportionée au poids de la pierre, qui poſant ſur le plan du madrier du pétard ou du tampon de la chambre, recevoit l’impreſſion entiére du feu de la poudre que l’on allumoit par le moïen d’un filet trempé dans l’eau de vie & de la compoſition d’artifice, & s’êlevant en l’air à une tres-grande hauteur, elle alloit retomber dans la ville aux endroits où elle êtoit deſtinée, & où elle écraſoit tout ce qui ſe rencontroit à ſa chûte.
FIN.