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Chapitre 4.4.5

Avantages à eſpérer de l’inſtitution de la
Compagnie des Bombardiers.

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L’Inſtitution de la Compagnie des Bombardiers & les expériences qu’ils font pour le jet des bombes, fera ſans doute que dans peu cét Art aura toute ſa perfection : pourvû qu’ils ne ſe laiſſent pas prévenir de penſées de bien-ſéance, & qu’ils attendent à raiſonner ſur les proportions de leurs jets, lors-qu’ils auront un bon nombre d’épreuves exactes & fidéles en toutes ſortes d’élévation du mortier ; dans leſquelles ils doivent remarquer ſoigneuſement les juſtes longeurs des portées ſuivant la différence des angles, ainſi qu’elles ſe trouvent dans leurs expériences, ſans s’amuſer à les vouloir corriger par avance ſur des faux principes, comme il ſemble qu’ils ont fait par le paſſé ſur ce qui ſe voit dans leurs Tables.

Sur tout il ſeroit bon qu’ils s’accoûtumaſſent à l’uſage juſte & précis des élévations. Que par une ſuite d’épreuves ils pûſſent ſe faire des régles pour la différence de la poudre, & déterminer ſi les longeurs des jets faits avec des poudres différentes ſur une même êlévation ſont proportionelles aux différens points qu’elles font courir ſur une même éprouvette. Qu’ils apriſſent à bien juger de la différence des mêmes portées ſuivant la differente quantité de la charge, & ſuivant la différente maniére de la charger avec tampon ou ſans tampon, avec la poudre plus ou moins battuë, & ſelon que le mortier eſt plus ou moins échauffé.

Ces expériences êtant bien faites & répétées pluſieurs fois, pourroient donner de grandes lumiéres pour la ſûreté de l’application des régles de la Théorie, & produire par ce moïen des effets merveilleux pour l’Art de jetter les Bombes ; dont les difficultés, quoi qu’en aſſez grand nombre en apparence, ne ſont pas néanmoins de grande conſéquence. Après tout l’on ne veut pas, comme je penſe, exiger d’un Bombardier que ſes tirs ſuivent toûjours cette préciſion Mathématique qui ſe voit dans les meſures du calcul des Tables, & les faire paſſer pour défectueux & déréglez lors-qu’ils s’éloignent ſeulement de quelques piés, ou même d’une toiſe ou de deux, du lieu où l’on lui auroit ordonné de faire porter ſa Bombe : & cela eſt néanmoins le plus grand détraquement que les difficultés qui naiſſent de la réſiſtance de la matiére, peuvent produire ſur l’étenduë des tirs d’un mortier, lors-que l’on y a apporté toutes les précautions néceſſaires.

Je dirai à ce propos que Moretti Ingénieur de la Republique de Veniſe dit dans ſon livre de l’Artillerie, que dans deux épreuves qu’il a faites avec beaucoup de ſoin du jet d’une Bombe de 100 livres péſant en raze campagne à l’élévation de 45 dég. ; il a remarqué qu’à la premiére avec la charge de 512 livres de poudre, & à la chambre du mortier fermée d’un tampon de bois pouſſé à force, la Bombe a porté à la longueur de 600 pas Géometriques ; mais qu’à la ſeconde avec la même charge, la chambre êtant fermée ſeulement d’un étoupillon de filaſſe, elle n’a porté qu’à la longueur de 480 pas, c’eſt-à-dire 15 moins que la portée de la premiére.

L’on pourroit tirer quelques conjectures avantageuſes des tables faites ſur les obſervations des Bombardiers du Roi dont nous avons parlé dans la premiére partie : leſquelles marquent qu’un mortier de douze pouces de diametre chargé de 2 livres de poudre chaſſe à toute volée, c’eſt-à-dire à l’élévation de 45 dég. à la longueur de 2160 piés ; à la même longueur chargée de 212 livres ſous l’angle de 36 dég., & à celle de 2700 piés ſous l’angle de 45 dégrez avec la même charge ; à celle de 2664 piés chargé de 3 livres ſous l’angle de 37 dégrez, & à celle de 3240 ſous l’angle de 45 dégrez avec la même charge.

Ainſi un mortier de 8 pouces de diametre chargé de 12 livre de poudre chaſſe à la longueur de 1870 piés ſous l’angle de 45 dégrez ; à celle de 1922 chargé de 34 livres ſous l’angle de 32 dégrez, & à celle de 2790 ſous celui de 45 dégrez avec la même charge ; à celle de 2870 chargé de 1 livre de poudre ſous l’angle de 35 dégrez, & enfin à celle de 3690 piés à toute volée avec la même charge.

Mais ces proportions ſont ſuſpectes, à cauſe de la fauſſe eſtime qu’ils ont faite par prévention, comme j’ai dit, de bien-ſéance pour les augmentations de leurs tirs à chaque dégré.

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