‹ L’Art de jetter les BombesChapitre 2 sur 144 · Au Roi.

Au Roi.

IRE,

Peut-être que je viens un peu hors de ſaiſon, offrir à Votre Majesté ce Traité de l’Art de jeter les Bombes, dans un tems où Elle vient de donner la paix à l’Europe, & où il ſemble que la ſcience de l’Artillerie ne doive plus être employée qu’à faire des feux de joye. J’eſpére néanmoins que mon ouvrage ne lui ſera pas tout-à-fait déſagréable, & qu’Elle y verra avec quelque plaiſir les régles d’un Art dont Elle s’eſt ſi utilement ſervie dans ſes Conquêtes, & qui n’a pas êté un des moindres inſtrumens de ſes Victoires. J’oſe me flater qu’Elle approuvera le deſſein que j’ai d’empêcher un Art ſi noble de périr, en le réduiſant aux Régles certaines de la Mathématique, & donnant moyen aux Eleves de s’y perfectionner. D’ailleurs, Sire, c’eſt dans le tems de la paix, à bien parler, que l’on doit êtudier le métier de la Guerre, & il ne faut pas attendre à en acquérir la connoiſſance, qu’on ſoit obligé de le mettre en pratique. C’eſt dequoi V. M. a donné Elle-même d’illuſtres preuves, lors-que dans le ſein de la Paix, au milieu du calme & du repos, Elle aguériſſoit, pour ainſi dire, ſes ſoldats par les fréquentes revûës qu’Elle leur faiſoit faire, & par les continuëls exercices où Elle les occupoit. Ainſi quand V. M. s’eſt miſe en Campagne, Elle a trouvé des troupes toutes dreſſées, & a êté d’abord en êtat d’exécuter toutes ces grandes choſes qui ſont à peine croyables à ceux qui les ont vûës, & dont tout l’avenir parlera avec êtonnement. C’eſt donc, Sire, pour ſeconder, en ce que je puis, de ſi glorieux deſſeins, que je mets ce Traité au jour. Heureux ! s’il peut être en effet utile à V. M. & ſi Elle a la bonté de le recevoir comme un témoignage de la reconoiſſance que je lui dois pour les graces dont Elle m’a comblé. Je ſuis

SIRE

Le tres-humble, tres-obéiſſant
& tres-fidéle ſujet & ſerviteur

BLONDEL.

Page 1