Chapitre 1.1.1
Origine des Bombes.
’Uſage des Bombes & des Grenades n’eſt pas fort ancien : Et quoi que l’on ait quelque exemple dans l’Hiſtoire de certains vazes de feu que l’on lançoit avec des machines les Villes des Ennemis ; il eſt conſtant que c’étoit toute autre choſe que nos Bombes que l’on charge de Poudre à Canon, dont on n’avoit alors aucune conoiſſance.
Les premieres que l’on a veuës ont êté jettées dans la Ville de Wacthendonch en Gueldres que le Comte de Mansfeld aſſiegeoit ſous le Prince de Parme en l’année 1588. où ces Bombes ayant en peu de temps ruiné tous les logemens, elles êtonnerent tellement ceux de la Place qu’ils furent contraints de ſe rendre.
L’on dit qu’un Habitant de Venlo dans la même Province les avoit inventées quelque temps auparavant, pour s’en ſervir ſeulement aux feux d’artifice de plaiſir : Et que pour divertir le Duc de Cleves, qui ſe trouvoit alors à Venlo, il en avoit jetté pluſieurs en ſa preſence, dont l’une par malheur tombant dans une des maiſons, elle y avoit allumé un embrazement ſi horrible, que la meilleure partie de cette pauvre Ville en avoit êté conſumée, ſans que l’on pût y apporter aucun remede.
Il y a des Hiſtoriens Hollandois qui rapportent, que peu de mois avant ce malheur, un Ingenieur Italien avoit fait quelques experiences ſemblables à Bergopſon, pretendant rendre l’uſage de ſes bombes facile & utile pour la Guerre ; mais qu’il s’êtoit miſerablement brûlé lui-même, mettant le feu par hazard à la compoſition qu’il faiſoit pour ce ſujet.
Quoy qu’il en ſoit, il eſt tres-veritable que l’on n’avoit rien veu de pareil en ce temps-là : Bien que l’uſage des mortiers ſoit peut-être autant ancien que celui des Canons mêmes, puiſque nous en voyons de fer & de fonte d’une fort ancienne ſtructure, & que nous ſçavons que l’on s’en eſt fort ſervi dans les Guerres d’Italie au commencement du ſiecle paſſé, à jetter des pierres & des balles de Canon ardentes pour mettre le feu dans les Villes.
Il y a même le deſſein d’un mortier qui lance un boulet enflammé parmi diverſes autres pieces d’artillerie, qui ſont figurées dans le frontiſspice du Livre de Nicolo Tartaglia Mathematicien de Breſſe en Italie, imprimé en l’année 1538.