‹ L’Art d’être une bonne mèreChapitre 10 sur 14 · 09

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Étudions sommairement ce qui concerne les sens et les organes, leur développement et leur éducation ; ainsi que quelques-unes des autres facultés organiques.

La Tête : Un enfant, né dans des conditions normales, doit tenir sa tête par lui-même, à quatre mois ; à dix-huit mois, sa fontanelle devrait être complètement fermée, elle l’est parfois à quatorze mois, mais, si elle était encore ouverte à deux ans, ce serait un indice de dégénérescence.

Les Yeux : C’est quelques heures seulement après la naissance que le nouveau-né commence à voir, car ses yeux ne distinguent d’abord que l’ombre et la lumière ; du seizième au vingt-quatrième jour, il commence à les tourner pour saisir la forme des objets ; au bout de quelques mois, il peut reconnaître ses parents.

Preyer fait à ce sujet quelques observations intéressantes : il dit que l’enfant de six mois, reconnaît dans le miroir l’image de son père et en donne la preuve, en se tournant vers l’original ; à sept mois, il regarde longtemps et avec étonnement un visage étranger ; à dix mois, il reconnaît les personnes et les choses, placées à vingt-cinq verges et même plus ; enfin à douze mois, il s’efforce de les atteindre et de se traîner jusqu’à elles.

Garbini dit que l’enfant commence à saisir les couleurs, dans l’ordre suivant : le rouge, le vert, le jaune, l’orange, le bleu, le violet. En présentant des objets, on doit nommer la couleur et la nature, de sorte que vers le dix-huitième mois, l’enfant pourra reconnaître et distinguer, par lui-même, les choses qui tomberont sous ses yeux.

Vers sa troisième année, l’enfant pourra commencer à faire à l’aide de sa petite boîte de peintures, la combinaison des couleurs, par exemple : avec du jaune et du bleu, faire du vert, etc.

L’éducation du sens de la vue et les soins que réclame l’œil, méritent l’attention des parents. Ce sens étant le plus noble, le plus subtile, celui qui a le plus d’analogie avec l’intelligence, on comprend combien la cécité est pénible à l’homme. L’affaiblissement des yeux et les maux de tête et les troubles, qui en sont la conséquence sont un obstacle sérieux au fonctionnement de la vie sensorielle.

Les spécialistes conseillent de ne pas faire passer un enfant de l’obscurité à une lumière trop vive, de ne pas le placer de façon qu’il soit obligé de fixer la lumière du soleil : cet éblouissement soudain affecterait la vue ; de même, lorsque l’enfant est en âge de lire et d’étudier, il faut mesurer le travail à la force de l’organisme visuel et disposer le pupitre de façon que la lumière arrive par le côté gauche ou par en arrière. L’usage des verres, destinés à aider une vue faible ou défectueuse, doit être subordonné au jugement d’un oculiste compétent.

On parle parfois, « d’aveugles de couleurs » (Daltonisme) ; ce défaut physiologique est ou un vice congénital héréditaire et alors permanent ou bien, c’est simplement le résultat d’un manque d’éducation du sens de la vue qui est susceptible de se développer.

L’hygiène des yeux demande qu’ils soient lavés souvent avec de l’eau bouillie boriquée. Dans le cas où des humeurs apparaî­traient autour des yeux, il faudrait répéter ces lavages, toutes les trois heures. Pour décoler les paupières, on se servira de vase­line. Dans le cas de rougeurs, d’inflammation, de gonflement ou suppuration des paupiè­res, les soins d’un médecin oculiste seraient nécessaires afin d’empêcher peut-être l’en­fant de devenir aveugle.

C’est une légende, assez accréditée dans le peuple, qu’il suffit, pour guérir les maux d’yeux, chez le nourrisson, que la mère y fasse couler matin et soir quelques gouttes de son lait… On n’éteint pas le feu en y jetant de l’huile, de même on ne guérit pas une plaie infectée en y infusant un liquide qui est un excellent milieu de culture pour les microbes.

Les Oreilles : Le sens de l’ouïe est, après celui de la vue, le plus délié, le plus utile, pour ne pas dire nécessaire, comme prépa­ration aux fonctions de l’intelligence. Fénelon disait avec raison qu’on doit commencer l’instruction des enfants, avant même qu’ils puissent parler ; les oreilles sont les premiers organes par lesquels la vérité arrive jusqu’à l’intelligence. « L’ouïe est la porte de l’intelligence. » (Boulay).

Le nouveau-né restera sourd les trois ou quatre premiers jours après la naissance : la caisse du timpan étant encore remplie de liquide. Cependant, dès la première quinzaine, le bruit qui se produirait près du petit, le fera sursauter, le chant ou la parole tendre de sa mère le calmera, il est facile d’observer ce phénomène ; mais, ce n’est que vers la cinquième semaine que l’audition est suivie d’un clignement d’yeux, de l’expression étonnée ou rassurée du regard.

Déjà, à deux mois, l’enfant suit des yeux ce qui se passe autour de lui : il distingue les personnes et les objets, par les différents sons qu’il perçoit ; même, du deuxième au troisième mois, il se retourne vers l’endroit d’où vient le bruit.

Par respect pour le système nerveux d’un jeune enfant, il ne faut pas l’éveiller d’une voix forte, ni l’élever au milieu d’un bruit assourdissant ; un juste milieu entre ces vibrations violentes et le silence complet est ce qu’il y a de mieux sous ce rapport.

Certaines mères croient opérer le redres­sement des oreilles de leurs enfants, en leur enveloppant la tête avec des bonnets, elles ne réussiront qu’à aplatir ces organes, peut-être même à rendre l’enfant sourd.

Les oreilles sont un des organes qui de­mandent le plus de soins de propreté : sa délicatesse et son fonctionnement le récla­ment. Les laver dans toutes leurs sinuosi­tés et jusqu’au fond, c’est à quoi on accou­tumera de bonne heure les enfants, qui l’ou­blient trop souvent, de plus, les assécher avec un linge qui pourra pénétrer partout.

Si un corps étranger, vivant ou inanimé, avait pénétré dans l’oreille, il faudrait de suite appeler le médecin, plutôt que d’es­sayer d’extraire cet objet qu’on pourrait en­foncer davantage, il y aurait même danger, de perforer la membrane du timpan.

Le Nez : On remarque quelquefois sur le nez du bébé de petits points blancs ; ne pas s’en inquiéter, ils disparaîtront au bout de quelques jours.

Le bébé se sert dès sa naissance du sens de l’odorat, mais ce n’est que plus tard, qu’il attribuera telle odeur à tel objet déterminé, excepté, peut-être, pour le sein de sa mère. À vingt mois, l’enfant distingue la bonne de la mauvaise odeur, sans toutefois la pouvoir nommer.

Rappelons ici cette loi importante : que l’enfant doit respirer par le nez et non par la bouche ; si donc, on s’aperçoit que le petit dort la bouche ouverte, respire péniblement par le nez, le médecin sera appelé et on évitera ainsi de laisser se former des tumeurs adénoïdes, peut-être même empêchera-t-on la surdité. Pour la même raison, on ne devrait pas coucher un enfant sur le dos, afin d’éviter que les sécrétions du nez fassent fausse route. D’ailleurs, la position dorsale n’est bonne à aucun point de vue, surtout pour la respiration. Le lit et l’oreiller plutôt durs, forceront l’enfant à se coucher sur le côté.

Enfin, il est bon de faire moucher souvent les enfants et de leur laver les narines. Par cette mesure de propreté, on empêchera de véritables végétations de s’y produire et des maladies désagréables telles que le catarrhe et l’ozène.

La Bouche : Le sens du goût fonctionne presque dès la naissance, mais, pour la saveur comme pour l’odeur, il faut du temps avant que l’enfant attribue une saveur déterminée à un objet déterminé.

Les Dents : La première dentition se fait de la première à la troisième année. Voici l’ordre dans lequel apparaîtront les différentes dents d’un enfant, développé normalement.

Du sixième mois au neuvième mois : deux incisives médianes inférieures ; deux incisives médianes supérieures.

Du neuvième au douzième mois : quatre incisives latérales.

Du douzième au dix-huitième mois : quatre premières prémolaires.

Du dix-huitième au vingt-quatrième mois : quatre canines.

Du vingt-quatrième au trentième mois : quatre dernières prémolaires.

Par conséquent, à un an, l’enfant devrait avoir huit dents ; à un an et demi, il devrait en avoir douze ; à deux ans, seize ; à deux ans et demi, vingt.

Ce qui précède n’est pas de rigueur absolue, il y a des cas de dentition précoce ou tardive. Un préjugé très enraciné veut que la maladie soit l’accompagnement naturel et nécessaire de la première dentition de l’enfant, c’est une erreur, car elle n’a pas raison d’être. Il peut, sans doute, se produire à cette époque, des vomissements de glaires causés par une plus grande quantité de salive avalée, il pourrait même arriver une légère perturbation dans le sommeil et le système nerveux de l’enfant, mais, tout cela n’est pas de la maladie. Lors donc que des souffrances physiques coïncideraient avec l’apparition des premières dents, il ne faudrait pas les attribuer à cette cause physiologique et naturelle, mais plutôt en chercher une autre.

L’enfant développé normalement, nourri au lait maternel, devrait percer ses dents sans aucun malaise. S’il arrivait que l’enfant fût malade à l’époque de ses premières dents, de grâce, ne pas recourir à ces sirops dentaires réputés fameux, pour calmer et endormir les petits, on leur gâterait l’estomac, et on leur inspirerait, peut-être, le goût pour les narcotiques dont ils seraient les malheureux esclaves et les victimes plus tard. La propreté exige que les dents des enfants soient brossées, au moins matin et soir et au besoin après chaque repas.

Il est préférable de laisser les dents de lait tomber d’elles-même : par l’extraction violente, on risquerait de laisser des cicatrices, qui, à leur tour, pourraient faire dévier la deuxième dentition. Excepté dans le cas où l’époque de la chute serait expirée.

Baisers : Les baisers donnés aux enfants sont des témoignages d’affection sensible très naturelle et très légitime, la coutume en a consacré l’usage. Cependant les parents, les frères, les sœurs, les amis devraient donner ces baisers sur le front et les joues de l’enfant, et jamais sur la bouche. L’adulte a, contre la contamination, une force de résistance qui manque au petit : il combattra efficacement les incursions des germes et des microbes, tandis que le second présentera un champ ouvert et fertile. Il faut donc prémunir de toutes façons l’enfant contre des contacts dangereux pour la santé ; c’est pourquoi la protection de sa bouche est une mesure de prudence nécessaire.

La voix : Le nouveau-né fait entendre sa voix en venant au monde, c’est le premier signe de sa vitalité. Plus tard, entre le sixième et le huitième mois, il prêtera attention par ses oreilles et ses yeux, lorsqu’on dira : « Papa » ou « Maman » et essayera de répéter ces mots qui exprimeront sa tendresse et ses premières affections.

Vers le quinzième ou seizième mois, il commencera à désigner par des termes de son invention les personnes et les choses qu’il verra ou qu’il désirera. Il est important, que dès ce moment, on lui apprenne à appeler les personnes et les choses par leur nom propre.

Les premiers mots d’une bouche enfantine, jaillissent dans l’ordre suivant : d’abord, les syllabes labiales telles que « Papa », « Maman », « Bébé », ensuite les syllabes linguales, telles que : lolo, lala, lili, enfin les syllabes gutturales, telles que : gogo, etc.,

Gustave Droz écrit ces lignes charmantes : « Je disais donc que le jour où l’enfant entend sa voix, d’instrument passif et sonore qu’il était, il devient artiste. On le voit alors, souffler de mille façons diverses, contourner son petit bec, dans l’espoir, souvent déçu, de varier ses impressions. Il essaye à l’aventure ; tout lui est bon, pourvu qu’il satisfasse le plaisir si nouveau pour lui, d’entendre et d’écouter ».

Les Cris : Le cri de l’enfant est sa manière de manifester sa douleur, ses sentiments et même ses pensées et ses volontés, il faut donc que la mère étudie ce langage, afin de le comprendre et d’y répondre suivant ses exigences, car l’enfant crie rarement pour rien.

Ainsi, le petit exprime par ce signe sensible qu’il a faim, qu’il a soif, qu’il a froid, que son estomac est chargé de gaz ou qu’il désirerait être changé de position, que son vêtement trop serré le fait souffrir, qu’il est mal couché ou assis, qu’une épingle mal fermée le blesse, qu’un sac d’eau chaude le brûle, que sa couche est mouillée, qu’il est malade… Dans tous les cas, les cris et les mouvements qui les accompagnent avertiront du besoin qu’éprouve le petit tapageur. Par exemple : la colique fait pousser des cris longs et aigus, provoque une contraction des jambes ; si la douleur provient du système respiratoire, le cri est bref et entrecoupé ; si le larynx est atteint, la voix est rauque puis s’éteint bientôt ; si bébé souffre des oreilles, il s’y porte les mains en gémissant et s’enfonce la tête dans l’oreiller ; la faim fait pleurer, agite les membres, provoque des cris d’impatience : la nourriture et le breuvage mettent fin à cela ; si l’enfant souffre d’une fracture, il poussera des cris perçants au simple contact de la partie malade. Parfois l’enfant crie par caprice, par exemple pour se faire prendre, bercer, etc. Il faut alors ne pas lui faire de concessions, n’avoir pas l’air de l’écouter, dût-il se fâcher tout rouge, il finira par se calmer et par se taire.

Les parents doivent recommander aux enfants plus vieux, de ne pas s’égosiller pendant leurs jeux, les cordes vocales très sensibles à l’époque de la croissance doivent être ménagées et protégées avec soin.

Le Toucher : Le sens du toucher est répandu par tout le corps ; l’épiderme en est le vêtement organique. Ce sens est très développé chez l’enfant et la peau est particulièrement sensible aux lèvres, aux mains et aux pieds. Ainsi, la mère n’a qu’à donner sa main à l’enfant au berceau et celui-ci se tait et s’endort, parce qu’il a senti sa maman près de lui, l’ange maternel qui veille à ses côtés. Et quelle tendre musique pour la mère d’entendre la respiration douce et calme de son bébé. « C’est à côté du berceau, qu’il faut voir une femme. » (J. Simon).

Lorsqu’une mère constate à la naissance que les seins de son bébé sont gonflés d’une goutte de lait, il ne faut pas essayer de l’extraire par pression ou succion : une petite plaie pourrait se produire et amener l’empoisonnement du sang.

La faculté et les organes du mouvement : Condensons sous ce titre quelques remarques concernant l’usage des membres destinés au mouvement local. De sept à huit mois, l’enfant doit pouvoir se tenir assis de lui-même, de neuf à dix mois il se tiendra sur ses jambes, de onze à douze mois il fera ses premiers pas, enfin de quinze à seize mois, il commencera à courir.

On utilise de nos jours, pour faciliter les premiers pas de l’enfant, des cages roulantes, qui, tout en étant légères, soutiennent cependant la faiblesse et l’inexpérience du petit marcheur. Sans les condamner absolument, il est préférable que la mère, elle-même, se donne la peine de soutenir et de guider les premiers pas de son enfant ; elle lui épargnera ainsi l’inconvénient de se traîner par terre et lui apprendra plutôt à marcher droit et seul. Mais il ne faut pas tenir l’enfant par les mains et les poignets au risque de les casser, mais, le soutenir par-dessous les épaules.

On entend parfois les gens du peuple dire que faire marcher un enfant pendant un certain nombre de jours, « sur le coup de l’Angélus » est lui assurer l’usage prématuré de ses jambes. Ce n’est pas précisément le son de la cloche ni l’heure fixe, qui sont cause de ce résultat, mais plutôt la répétition régulière de cet exercice fortifiant.

La marche, la course et les exercices physiques en général, comptent parmi les moyens les plus efficaces de développer l’organisme chez les enfants : le mouvement des bras, en particulier, favorise le fonctionnement des poumons, et, par suite, facilite la respiration.

Au témoignage du Dr Legrange, « l’enfant peut devenir fort, mais il naît adroit », on ne voit pas pourquoi, alors, l’enfant ne s’accoutumera pas, dès le bas âge, à se servir de la main gauche, comme de la main droite : il n’y a pas de raison que la première de vienne par manque d’usage, une sorte de membre inutile. Il sera donc bon de faire faire aux enfants des exercices exigeant les deux mains.

Nous croyons devoir recommander ces rampes ou courettes, produit de l’industrie moderne, que l’on peut agrandir et rapetisser à volonté : elles offrent le grand avantage de laisser l’enfant prendre ses ébats à son gré, sans exiger une surveillance de tous les instants et de lui offrir un appui lorsqu’il tente de faire ses premiers pas.

a) La Taille. — La taille moyenne d’un nouveau-né est d’environ vingt à vingt pouces et demi, c’est-à-dire qu’elle représente ordinairement, à peu près le tiers de sa taille définitive ; on dit qu’à deux ans et demie, l’enfant a atteint la moitié de sa taille.

Nous croyons intéresser nos lectrices, en mettant sous leurs yeux un tableau qui indique la croissance progressive de la taille d’un enfant mâle et femelle. À la naissance, un garçon mesure environ 20 pouces, une fille, 19 pouces.

Il est évident que la maladie ou une autre cause peut faire varier cette échelle moyenne.

Pour être complet, il faut ajouter que de quinze à trente ans, la taille croît beaucoup plus lentement.

b) Le poids. — On doit peser le nouveau-né, au moins toutes les semaines, à un jour déterminé, afin de pouvoir suivre de près la croissance ou la décroissance de son poids. Si l’enfant se développe normalement, son poids doit augmenter progressivement ; si le poids diminue, c’est l’indice du dépérissement, d’un affaiblissement de santé : il faut alors en avertir le médecin. Toutefois, il ne faudrait pas s’inquiéter, si le nourrisson perdait de quatre à huit onces, après sa naissance ; c’est un phénomène naturel, et après 10 jours il reviendra à son poids primitif et même le dépassera.

Voici encore un tableau indiquant la moyenne du poids, aux différentes périodes de la croissance :

Cette échelle progressive permet de dire que dès cinq mois, l’enfant doit doubler son poids primitif et, à un an, doit tripler son premier poids, qu’il devra gagner de quatre à huit onces, par semaine, durant les six premiers mois, et de deux à quatre onces, par semaine, le reste de l’année.

Inutile d’ajouter que ce sont là des données générales, et qu’elles peuvent varier notablement avec les tempéraments et les constitutions physiques de l’enfant.

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