‹ Le 13e Hussards, types, profils, esquisses et croquis militaires... á pied et á chevalChapitre 22 sur 57 · XXII

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Le pansage terminé, et il n’avait pas duré moins d’une heure, Gédéon croyait bien en être quitte pour toute la journée; on le détrompa en lui apprenant qu’il y avait une seconde séance dans l’après-midi.

Au 13e, on ne consacre pas moins de trois heures par jour à la toilette du poulet-dinde, une heure et demie le matin, et une heure et demie le soir.

Cinq minutes de moins, et la chère santé des coûteux animaux serait, paraît-il, sérieusement compromise, aussi un capitaine adjudant-major, qui s’avisait quelquefois d’abréger un peu le temps consacré au pansage, fut-il vertement tancé par le colonel.

Pour la première fois, ce jour-là, Gédéon, à l’appel du pansage, vint prendre sa place dans les rangs du premier escadron.

Pour la première fois, il avait la tenue de rigueur pour l’écurie: pantalon de toile, veste, calotte. Aux pieds, il avait comme les autres des sabots, sous le bras un bouchon de paille, artistement fabriqué par son camarade de lit; enfin, accrochée sur l’épaule, la musette de pansage.--Le maréchal des logis chef fit l’appel nominal.

Un capitaine, un lieutenant et un maréchal des logis passèrent alors successivement devant le front de l’escadron, s’arrêtant devant chaque homme. A portée de leur voix se tenait le brigadier de semaine, son carnet à la main, prêt à inscrire les punitions.

Ce fut d’abord le capitaine. Toute l’attention de cet officier se concentrait sur les boutons des vestes: étaient-ils brillants, son visage rayonnait de satisfaction; il fronçait au contraire le sourcil lorsqu’ils lui paraissaient ternes.

Arrivé devant Gédéon:

--Vous êtes déjà sale! lui dit-il.

Gédéon rougit.

--Il faudra m’astiquer ces boutons, continua le capitaine; une autre fois, je vous punirais.

Il revint alors au hussard qui précédait Gédéon.

--A la bonne heure! fit-il d’un ton évidemment satisfait, voilà un propre soldat: prenez exemple sur lui.

Gédéon regarda son voisin: les boutons de la veste de ce militaire modèle étincelaient en effet; par malheur, ses mains, son cou et ses oreilles révélaient une déplorable incurie.--Oui-da, se dit Gédéon, le mot propreté aurait-il au régiment une autre signification que dans la vie civile?

Le lieutenant qui suivait le capitaine négligeait complétement les boutons. Se souciant peu des détails du costume, il ne s’inquiétait que des musettes, il les ouvrait toutes, afin de s’assurer que les instruments du pansage y étaient au complet. Il examinait aussi les bouchons de paille que les hommes tenaient sous le bras, réprimandant ou punissant lorsqu’ils lui paraissaient mal faits.

Enfin venait le maréchal des logis. C’était un vieux troupier à la barbe revêche nuancée de fils d’argent.

Au 13e, il passait pour avoir «reçu un coup de marteau;» on savait qu’il ne faisait jamais rien comme les autres.

Ce jour-là, ne s’avisa-t-il pas de passer en revue les pieds de tous les hommes de l’escadron!

Bon nombre furent punis, qui le méritaient bien, pour avoir totalement oublié, et depuis bien longtemps sans doute, d’astiquer cette partie de leur personne. Le hussard aux boutons brillants, qu’avait complimenté le capitaine, se trouva de ce nombre.

Arrivé à Gédéon, le vieux marchegis s’arrêta, l’air visiblement étonné.

--Quelle diable de saloperie avez-vous dans vos sabots? lui demanda-t-il.

--Maréchal des logis, répondit respectueusement le jeune homme, ça s’appelle des chaussettes.