‹ Le 13e Hussards, types, profils, esquisses et croquis militaires... á pied et á chevalChapitre 36 sur 57 · XXXVI

XXXVI

Il tombait, ce matin-là, une jolie petite pluie, bien fine, bien serrée, bien glaciale.

--Habit bas! commanda le maître d’armes.

Alors, tandis que Gédéon et son adversaire se mettaient en tenue de combat, il appela leur attention, par quelques paroles bien senties, sur l’avantage immense des armes, qui substituent l’adresse à la force, et égalisent les chances entre le fort et le faible. En terminant il leur recommanda d’éviter autant que possible le coup de pointe.

Au 13e, en effet, dans les duels ordinaires, le coup de pointe n’est pas admis. Si, emporté par l’ardeur de la lutte, un des combattants se fend la pointe en avant, le maître d’armes, qui a une épée à la main pare le coup, et le coup est jugé nul.

Le colonel permet l’estafilade, mais il ne veut pas, autant que possible, la mort du hussard, excepté dans les cas très-graves--fort rares au régiment.

Après ça, on peut fort bien être descendu par un coup de banderole. Essayez.

Lorsque Gédéon se vit le torse nu devant le grand sabre de son adversaire, il sentit courir dans ses veines ce petit frisson taquin qu’une fois au moins en leur vie ont connu les plus braves.

--Suis-je niais! se disait-il; bien évidemment une chemise ne serait pas un bouclier, eh bien! il me semble que le plus léger tissu sur mes épaules me donnerait de l’assistance.

Les adversaires étaient placés, les fers croisés.

--Partez! dit le maître d’armes.

Gédéon avait recouvré tout son sang-froid. Tant bien que mal il para les trois ou quatre premiers coups. Il voulut alors attaquer à son tour, se fendit, et... le sabre de son adversaire lui dessina proprement sur le bras un magnifique _chevron_ de quinze centimètres.

--Assez! prononça le maître d’armes en relevant les sabres.

Et il engagea les combattants à se donner une poignée de mains «loyale et sincère,» et l’accolade fraternelle, gage d’oubli des «torts de l’un et de l’autre et réciproquement.»

--Parce que, ajouta-t-il, entre deux braves qui ont croisé le fer, et se sont mutuellement donné des preuves de courage, il doit y avoir amitié à la vie à la mort.

Donc, on s’embrassa, et une goutte à la cantine acheva l’œuvre de réconciliation si heureusement commencée par le bancal.