XLIV
En sortant de prison:
--Il faut, dit Gédéon, d’un ton décidé, à son camarade de lit, il faut que j’aille moi-même relancer Justine.
--Malheureux! s’écria La Pinte épouvanté. Ne fais pas ça, ou ton avancement est perdu.
--Je me moque de mon avancement.
Contre l’entêtement du jeune hussard, toutes les bonnes raisons du vieux troupier vinrent se briser. Désespéré, il appela à son aide les galons et l’éloquence du brigadier Goblot, lequel avait Gédéon en haute estime et en grande amitié.
Il lui exposa la question. Le brigadier hocha gravement la tête.
--Que vous avez tort, subséquemment, _june_ homme, dit il à Gédéon, de vous _cabrer_ et de _ruer à la botte_ quand votre ami il vous explique ses raisons.
--Ah! vois-tu! fit La Pinte.
--Cependant, essaya Gédéon...
--Qu’il n’y a pas de cependant. Chacun, je le sais, il est né pour une chacune, mais il n’y a qu’un civil ou un musicien d’infanterie qui soient dans le cas de regretter une particulière, vu qu’ils ont assez de peine à en conter à la beauté. Un hussard du 13e doit se contenter de toutes les chacunes de chacun sans avancement au choix, et uniquement par rang d’ancienneté.
--Je comprends très-bien, répondit Gédéon, mais néanmoins...
--Nonobstant taisez-vous, et tâchez de prendre modèle sur votre brigadier. Quand un hussard du 13e il est dans votre cas, et qu’il veut faire une connaissance, il n’a qu’à prendre son sabre et son schako, et à sortir; toutes les particulières elles viennent lui manger dans la main.
--Hélas! soupira Gédéon, qui se souvenait du peu d’effet produit dans les rues de Saint-Urbain par son uniforme, vous parlez pour vous en ce moment.
--Mais non, répondit le brigadier Goblot en se déhanchant agréablement, mais non. Votre tour viendra, _june_ homme, pour l’instant vous êtes trop nouvellement immatriculé. Nonobstant, vu mon amitié pour vous, je veux vous faciliter, pour ce qui est en dehors du service, les agréments de la vie. Donc subséquemment, je vous présenterai ce soir dans une société.
--C’est cela, exclama La Pinte.
--Donc je vous consigne au quartier pour jusqu’à ce soir, que vous aurez l’avantage d’avoir celui de nous offrir la moindre des choses à votre camarade de lit et à moi.
Le brigadier Goblot n’avait qu’une parole.
Itérativement, le pansage fini, il vint prendre le jeune hussard et son camarade de lit, et les conduisit à un affreux petit cabaret situé à l’extrémité du faubourg militaire de Saint-Urbain.
--Qu’on nous serve à dîner, dit en entrant le brigadier, qui s’était chargé de faire la carte, sinon de la payer, et pas de vin de fantassin, surtout!
On apporta des litres, et Gédéon eut cet insigne honneur d’être présenté à des particulières qui, de l’avis du brigadier Goblot, n’étaient pas _démouchetées_.