Chapitre 14 Les sources de la montagne - Les voyageurs du Nord-Ouest.
Plusieurs de nos lecteurs qui ont visité la montagne de Montréal, avant la construction du Parc Mont-Royal, sont intrigués au sujet des sources qui alimentaient le premier aqueduc de Montréal, en 1801. Ils disent qu’ils n’ont jamais vu, sur le versant de la montagne, aucune source dont les eaux étaient assez abondantes pour les besoins de la ville, quelque exiguës que fussent ses proportions, au commencement du siècle. Les sources dont nous avons parlé existent encore aujourd’hui. Elles sont situées sur le versant de la montagne, en arrière du Collège de Montréal. Elles alimentent une espèce de lac artificiel qui peut avoir cinquante pieds de large, sur cinquante pieds de long. Ce lac sert à l’amusement des écoliers qui s’y promènent en canot pendant l’été, et y patinent pendant l’hiver. Les tuyaux de bois de l’aqueduc primitif se reliaient à ces sources. Les tuyaux suivaient les rues Guy, Lamontagne et Saint-Antoine. En creusant les fondations de la Maison Mère des Sœurs Grises, (coin Dorchester et Guy), on a découvert plusieurs de ces tuyaux de bois.
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Un mot maintenant sur les voyageurs du bon vieux temps, nous voulons parler de 1810 à 1820.
Tous les ans, la compagnie de la Baie d’Hudson engageait plusieurs centaines de voyageurs canadiens pour aller dans le Nord-Ouest 1. L’engagement était pour trois ou cinq ans.
Les bureaux de la compagnie de la Baie-d’Hudson se trouvaient, à cette époque, sur la rue Saint-Gabriel, à l’endroit où s’élève, aujourd’hui, l’Hôtel du Canada et les vieux bâtiments situés en face. Quelques-unes des voûtes souterraines où la compagnie déposait ses fourrures peuvent encore être visitées par les amateurs d’archéologie.
Les voyageurs n’avaient pas de diligences à leur disposition et le trajet, qui durait trois ou quatre mois, se faisait en canot ou à pied.
Le lieu du départ était Lachine. C’était là où les voyageurs prenaient les canots et commençaient à jouer de l’aviron, en chantant les chansons populaires dont les couplets se répètent encore, aujourd’hui.
À Lachine, les parents et les amis des aventuriers venaient leur serrer la main et leur faire leurs adieux. Il y avait quelque fois des scènes navrantes, c’était une mère, une sœur, une fiancée qui fondait en larmes et se cramponnait aux épaules du voyageur au moment où il s’embarquait dans son canot.
Par contre, c’était une grande fête au retour des coureurs des bois. Le voyageur, après avoir passé cinq et souvent dix ans dans les forêts vierges du Nord-Ouest, revenait avec une bourse joliment garnie. Les voyageurs, très fréquemment, épousaient des filles métisses et ils arrivaient à Montréal avec femme et enfants.
À l’arrivée des aventuriers du Nord-Ouest, c’était des ribottes terribles dans les auberges de la rue Saint-Paul et du bord de l’eau. Le voyageur n’était à Montréal que depuis quelques minutes lorsqu’il courait chez un marchand s’acheter un chapeau à larges bords qu’il ornait d’une longue plume.
Nos gaillards après avoir bu du rhum à tire larigot se promenaient dans les rues de Montréal comme en pays conquis. La nuit, ils faisaient le diable à quatre dans les estaminets du coin flambant. Si le guet intervenait, il était sûr d’être rossé. Le voyageur après avoir nocé pendant plusieurs jours, à Montréal, se rendait dans sa famille et souvent, au lieu de prendre un nouvel engagement avec la compagnie de la Baie d’Hudson, il s’achetait une terre avec ses économies. En 1810, avec $400 on faisait l’acquisition d’une terre valant $10,000 (en 1884).
21 novembre 1884.
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