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Chapitre 22 Vieux souvenirs et vieux monuments.

Notre chronique du « Bon vieux temps » rappelle beaucoup d’anciens souvenirs, et nous voyons, par la reproduction qu’en fait la presse française, tant au Canada qu’aux États-Unis, que ces réminiscences ne sont pas sans intérêt.

Notre article de ces jours derniers sur la colonne Nelson qui décore depuis tant d’années la place Jacques-Cartier, devait nous amener naturellement à parler des monuments de Montréal, tâche qui n’est pas très ardue, et pour cause.

À propos de Nelson, on sait que plusieurs étrangers, des historiens même, ont pris son monument pour celui qu’on aurait dû ériger à Jacques Cartier à cet endroit.

La statue du héros de Trafalgar est en effet si déplacée dans ce quartier français, sur cette place française qui porte le nom même du Gouverneur du Canada, qu’on ne doit pas s’étonner de l’erreur ; combien de Canadiens ne se sont pas eux-mêmes demandé ce que l’amiral anglais avait fait pour la ville ou le pays, pour que Montréal lui donne la plus belle place qu’elle possédait alors ?

La seule explication de cette anomalie serait que la place Jacques Cartier se trouvait, en 1808, l’endroit le plus convenable pour un pareil monument.

On a aussi eu le soin de placer la statue de façon à ce qu’elle tourne le dos au fleuve, de crainte qu’on put supposer que le monument avait été érigé en face et à proximité du fleuve pour rapprocher l’amiral de son élément. C’est si naturel de voir dans cette position un homme qui a passé sa vie sur l’eau !

Les zélés souscripteurs, loyaux sujets britanniques, n’ont pas plus songé à ce détail qu’ils n’ont songé à placer leur monument plus à l’ouest. Ils se sont emparé du meilleur coin et personne n’a eu à répliquer… Il y avait encore loin de 37, en 1808.

Montréal possède peu de monuments, si peu, que pour une ville de sa richesse et de son importance, ce fait n’est pas à sa louange. Cependant, si cela peut racheter sa négligence ou son oubli, nous dirons qu’elle en a élevé deux à la royauté, mais à plus d’un siècle d’intervalle. Il ne faut pas gâter les bonnes choses évidemment 1.

Le premier était un buste de Georges III, don de sa Majesté elle-même qui savait être généreuse à l’occasion ; le second est la statue de la reine Victoria placée de la façon la plus avantageuse possible dans la rue McGill et que l’on a cependant peine à reconnaître sous la métamorphose que lui a infligée le temps.

Un jour, le premier mai 1775, des sujets ingrats et déloyaux ont peint en noir le buste de Sa Majesté Georges III et lui ont attaché une pancarte qui acheva, avec la peinture, de lui enlever toute la majesté qu’il aurait pu avoir d’abord 2.

Les auteurs de ce crime pendable ne furent jamais découverts.

Ce monument fut le premier que Montréal ait possédé. Plus tard, vers 1805, presque immédiatement après la mort de l’amiral Nelson, on ouvrit à Montréal des listes de souscriptions pour ériger le monument au vainqueur de Trafalgar.

Dans l’expédition du Nil, l’amiral Nelson avait eu le bras droit enlevé par un crocodile et l’on eu l’idée de rappeler cet accident par l’image d’un crocodile reposant sur le piédestal du monument.

Dans la première pierre, a été placée une plaque de plomb sur laquelle sont inscrits les noms et titres du héros, la date de sa mort, 21 octobre 1805, les noms des membres du comité qui a fait ériger le monument, celui de l’architecte, un M. Mitchell, de Londres, de l’entrepreneur Wm. Gilmore, et enfin la date de construction 17 août 1809.

Les gros canons de la place Jacques-Cartier qui relèvent l’apparence de la colonne et dont les affuts ont été déjà plusieurs fois renouvelés viennent d’être transportés sur le Champ-de-Mars pour y subir encore la même opération.

Un autre vieux monument moins connu et qui existe encore à Montréal est celui que les héritiers McTavish ont érigé à la mémoire de ce riche citoyen, qui avait commencé la construction d’un immense château sur le versant de la montagne. Cette construction se trouvait à l’endroit où est aujourd’hui la maison princière de MM. Allan : (Ravenscrag).

On voit encore le monument, en passant par le chemin du parc. Bien que le corps de M. McTavish ait été transporté en Angleterre, on n’a pas songé à faire disparaître la vieille colonne de pierre grise.

Beaucoup de personnes savent que toute une légende se rattache au château de McTavish dont le toit recouvert de cuivre a longtemps brillé au soleil entre les bouquets d’arbres qui l’entouraient.

Ses proportions immenses, sa construction abandonnée, la mort soudaine et mystérieuse de son propriétaire, ses histoires de revenants, etc. constituent un épisode que les romanciers pourraient exploiter avec profit 3.

1er décembre 1884

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