XII
LES CARROSSES
On descend dans la cour. On se groupe. On s’agite. Et pendant qu’on attend les grands carrosses, vite Quelqu’un vient avertir Doralise qu’elle est Du quatrième avec cette belle Paulet Qu’on surnomma Lionne (elle porte crinière!) Et qui chante, dit-on, d’une telle manière Qu’après qu’elle eut chanté près d’un puits tout un soir On trouva le matin--fut-ce de désespoir?-- Deux rossignols défunts couchés sur la margelle.
Doralise fera le voyage avec elle, Garamantide, et trois galants pour elles trois.
Carrosses d’aujourd’hui, que vous êtes étroits!
Et les carrosses verts, historiés de boues, Avancent. On dirait des canapés à joues, Brodés, passementés, galonnés et cloutés, Des canapés profonds deux à deux ajustés. Ils avancent. Chacun, à gauche comme à droite, Offre, au lieu de portière, une sorte de boîte Qui, lorsque la rabat un des deux laquais gris, Devient un marchepied d’où descend un tapis.
Et l’on dirait encor, pendus entre des roues, D’énormes batraciens soufflant dans leurs bajoues.
Alors, toutes et tous, prenant leurs airs de cour, Se défendent, chacun et chacune à son tour, De fouler le premier, d’effleurer la première, Le tapis que déroule, en s’ouvrant, la portière, Reculent par égard, s’effacent par respect, Et dans le vaste coffre aux doublures d’Utrecht Qui danse, suspendu sur de larges lanières, Montent, quand ils sont las de faire des manières. On part. Tous les chevaux sont blancs, et les badauds Admirent.