‹ Le Cantique de l'AileChapitre 59 sur 69 · XV

XV

LE RETOUR

... Et des chansons sans nombre Égayent le retour. On revient aux flambeaux. Les yeux de Doralise, épuisés d’être beaux, Se ferment. Elle songe, en la nuit bleue et fraîche, Qu’il n’est plus qu’une chose, à présent, qui l’empêche, Amour, d’aimer l’amant qu’elle aimerait aimer: C’est qu’elle craindrait trop de se mésestimer Si, sans art, sans secret, sans peur, sans stratagème, Elle aimait uniment celui qu’on croit qu’elle aime.

A ce moment, comme on chantait des _petits doigts_, Elle entendit quelqu’un fredonner à mi-voix:

_Elle fait bien sa galante Avec le rousseau Phylante; Mais ce n’est qu’un jeu hardi! Car la blonde scélérate Aime le brun Tiridate: Mon petit doigt me l’a dit..._

Lors, sans ouvrir les yeux, sans avoir l’air d’entendre, Et souriant au doux parti qu’elle va prendre: «Ah! dit la scélérate, on sait tout? c’est très bien Le stratagème usé ne nous sert plus de rien? Mais pour faire servir encor le stratagème Je n’ai qu’à simplement changer celui que j’aime. Je vais aimer Phylante, et les gens, qui sont fins, Continueront toujours à croire que je feins. Et plus je l’aimerai,--c’est le gai de l’affaire,-- Moins on croira qu’il est celui que je préfère; Si bien que le mystère, un instant aboli, Ingénieusement se trouve rétabli. Et voilà. Quant à moi, je ne suis pas à plaindre: Je feignais seulement; je vais feindre de feindre!»

Soudain, des soubresauts... Le pavé de Paris!