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Chapitre 13 Au pas ordinaire

C’était le 19 novembre, un mois juste après la sortie de Moscou.
Une colonne française, forte de quatre à cinq mille hommes à peu près, traînant avec elle une douzaine de canons, s’étendait comme une longue ligne noire, à une journée en deçà de Smolensk, entre Korytnia et Krasnoï.

Trois cents cavaliers marchaient sur les flancs de cette colonne.

Ces cavaliers, ralliés à Smolensk, appartenaient à toutes les armes ; par un effort de courage seulement, ils s’étaient réunis et s’étaient remis en route. Ce qu’étaient devenus leurs régiments, et même les corps d’armée dont ils faisaient partie, c’est ce que personne ne savait ; – ce qu’ils étaient devenus ? ce que deviendrait, au printemps prochain, cette neige sur laquelle on marchait.

En effet, à l’instant même où nous jetons les yeux sur ce malheureux débris d’un des plus beaux corps de l’armée, Napoléon, qui le précédait de trois journées de marche, venait d’entrer dans Orcha avec six mille hommes de la vieille garde, reste de trente-cinq mille ; Eugène, avec dix-huit cents soldats, reste de quarante-deux mille ; Davoust, avec quatre mille combattants, reste de soixante et dix mille ! C’était là ce que Napoléon – marchant lui-même un bâton à la main pour donner l’exemple du courage et de la patience – s’obstinait à nommer la grande armée…

Ô chutes d’Annibal ! lendemains d’Attila !

En partant de Smolensk, le 14 novembre, l’empereur avait résolu que le prince Eugène et les maréchaux Davoust et Ney n’en sortiraient après lui que successivement : Eugène le premier, Davoust le second et Ney le troisième. Il avait de plus ordonné qu’on mît un jour d’intervalle entre chaque départ. En conséquence, lui étant parti le 14, Eugène partit le 15 ; Davoust, le 16 ; Ney, le 17.

Il avait été enjoint à ce dernier de faire scier les tourillons des pièces d’artillerie qu’il abandonnerait, de détruire toutes les munitions, de pousser devant lui les traînards de l’armée et de faire sauter en quatre endroits les remparts de la ville.

Ney avait religieusement exécuté ces ordres ; puis, le dernier, il s’était avancé sur cette route déjà ruinée par les trois armées qui précédaient la sienne. Il est vrai que ce n’étaient point des armées, que ces six mille gardes de Napoléon, que ces dix-huit cents soldats d’Eugène, que ces quatre mille combattants de Davoust ; mais c’était bien pis : c’étaient des hommes affamés par trente et un jours de retraite à travers la neige et le désert, et dont chacun ne gardait de discipline que ce qu’il croyait nécessaire à sa conservation personnelle.

On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau :

Hier, la grande armée, et, maintenant, troupeau !

On ne distinguait plus les ailes ni le centre.

Il neigeait ! Les blessés s’abritaient dans le ventre

Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés,

On voyait des clairons à leur poste gelés,

Restés debout en selle, et muets, blancs de givre,

Collant leur bouche en pierre aux trompettes de /

cuivre !

Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs

Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d’être /

tremblants,

Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.

Il neigeait, il neigeait toujours ! la froide bise

Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,

On n’avait pas de pain, et l’on allait pieds nus.

Ce n’étaient plus des cœurs vivants, des gens de /

guerre :

C’était un rêve errant dans la brume, un mystère,

Une procession d’ombres sur le ciel noir.

La solitude, vaste, épouvantable à voir,

Partout apparaissait, muette, vengeresse.

Le ciel faisait, sans bruit, avec la neige épaisse,

Pour cette immense armée un immense linceul ;

Et, chacun se sentant mourir, on était seul...

Ô Victor Hugo ! grand poète et cher ami ! oserai-je esquisser un épisode de cette funeste retraite après l’admirable tableau que tu en as tracé ?

C’était donc le reste des quatre divisions commandées par Ney au commencement de la campagne qui s’avançait, comme nous l’avons dit, entre Korytnia et Krasnoï, réduites à quatre ou cinq mille baïonnettes et à deux ou trois cents cavaliers.

Tout à coup, les quelques éclaireurs qui marchent en avant s’arrêtent et regardent la terre : Ney court à eux et reconnaît ce qui fixe leur attention : ce sont les traces récentes d’un champ de bataille ; la neige est couverte de sang, parsemée d’armes brisées, de cadavres mutilés ; les morts, en longues files, marquent les rangs que, vivants, ils occupaient.

Soudain, un des cavaliers qui, sous une peau d’ours, cache les restes d’un uniforme d’officier des chasseurs de la garde, saute à terre.

— Oh ! murmure-t-il, c’est le corps d’armée du prince Eugène qui a combattu ici ! voilà, sur les plaques des schakos brisés, les numéros de ses régiments.

Et il suit avec anxiété les longues files de morts qui sont couchés comme les épis au bord d’un sillon ; – mais la recherche est inutile : les morts sont là par milliers ! La nuit vient, d’ailleurs, et il faut se remettre en route.

Sans doute le combat a eu lieu depuis la veille au matin, car aucun blessé ne répond aux cris que poussent les nouveaux venus pour faire rouvrir les yeux qui ne seraient pas tout à fait fermés. La nuit a passé sur le champ de bataille et, par les trente degrés de froid qu’il fait, la nuit sans feu est mortelle. Aussi tout est-il silencieux sur cette surface d’une ou deux lieues, toute parsemée de cadavres.

Du moins la trace funèbre indiquait-elle la route qu’il fallait suivre : on la suivit deux heures encore, puis on s’arrêta.

Il fallait passer la nuit, bivouaquer, faire les feux.

C’était, chaque soir, une chose terrible que cette halte ; alors chacun errait au hasard, cherchant quelque cabane à démolir, quelques vivres à marauder. Beaucoup partaient et l’on était toujours étonné du peu qui revenaient : le froid tuait les uns, la lance des Cosaques tuait les autres, quelques-uns étaient emmenés prisonniers.

Ce soir-là, les longues courses furent inutiles : une forêt de sapins fournissait du bois, les chevaux tués fournissaient de la viande ; on n’avait quitté Smolensk que la veille, on avait encore du pain.

L’officier que nous avons vu sauter à bas de son cheval et chercher parmi les morts fut un des premiers à retourner sur le champ de bataille ; mais, depuis qu’on y avait passé, une troupe de loups y étaient venus avec le nuit et il fallut les en chasser.

Par bonheur, les animaux carnassiers préfèrent la chair de l’homme à celle des animaux : les chevaux étaient donc à peu près intacts et fournirent un abondant repas à la troupe que nous suivions.

On alluma les feux, on posa les sentinelles et, à part les hurlements des loups, la nuit fut assez tranquille.

Le lendemain, au point du jour, le maréchal donna le signal du départ ; âme de feu dans un corps d’acier, il était toujours le dernier couché, le premier debout.

Comme d’habitude, quelques centaines d’hommes restèrent couchés autour des feux mal éteints et fumants ; ils en arrivaient, pendant leur sommeil, à un degré d’engourdissement qui les mettait si près de la mort, qu’ils regardaient, au moment du réveil, comme plus court et moins douloureux de descendre tout à fait jusqu’à elle que de remonter vers la vie.

On se mit en marche ; il avait neigé pendant la nuit, il neigeait encore ; on marchait au hasard avec une boussole, tournant le dos au nord, sur un océan de glace. En tête de la colonne étaient Ney, le général Ricard et deux ou trois autres officiers généraux précédés d’hommes, non pas formant une avant-garde, mais débandés et plus pressés d’arriver que les autres.

Alors un mouvement singulier attire les regards de Ney : ces hommes qui le précèdent se sont arrêtés subitement, se groupant effarés, les plus avancés commençant à reculer sur ceux qui les suivent. Ney met son cheval au galop, leur demande ce qui se passe et, à travers une éclaircie de la neige qui, pour un moment, tombe moins épaisse, ils montrent à leur général les montagnes qui les entourent toutes noires de Russes.

On a été donner en plein dans le flanc de l’armée de Koutousov, c’est-à-dire dans les quatre-vingt mille hommes qui poursuivent Napoléon ! On ne les a pas vus parce qu’il neige, parce qu’on marche la tête basse ; mais eux, des hauteurs où ils sont placés, depuis une heure, ils suivent des yeux la petite colonne qui vient imprudemment se livrer elle-même.

En effet, l’immense demi-cercle que forme l’armée russe n’a qu’à joindre ses deux extrémités et les cinq ou six mille hommes de Ney seront pris comme dans un vaste amphithéâtre.

Ney ordonne de préparer les armes.

En ce moment, on voit se détacher un officier enveloppé d’un manteau ; il vient droit aux Français. C’est un parlementaire.

On l’attend…

À cinquante pas des premiers rangs, il soulève et agite son chapeau : non seulement c’est un parlementaire, mais encore c’est un Français.

À l’instant où ce mot court dans les rangs : « Un Français ! un Français ! » l’officier de chasseurs qui a reconnu les cadavres du dernier champ de bataille qu’on a traversé pour appartenir à l’armée du prince Eugène, pousse en avant, saute à bas de cheval et se jette dans les bras du parlementaire.

Les deux officiers échangent quelques paroles.

— Paul !…

— Louis !…

— Mon frère !…

Puis ces hommes qui, chacun de son côté, se sont cherchés parmi les morts remercient Dieu dans une étreinte fraternelle de se retrouver vivants.

Pendant ce temps, on est accouru à eux, on les a entourés.

Le jeune officier descendu des hauteurs explique alors sa mission : il est officier d’ordonnance du prince Eugène ; il a été pris à cette même bataille qui a laissé ces morts si bien alignés à leurs rangs et dont, la veille, on a traversé le théâtre ; le vieux feld-maréchal russe a reconnu Ney et il lui fait proposer de se rendre.

— Et c’est vous, un Français, qui vous êtes chargé de cette mission ? dit Ney au jeune homme.

— Attendez, monsieur le maréchal, et laissez-moi achever, répondit celui-ci. Je vais d’abord vous répéter les paroles du feld-maréchal et j’y ajouterai les miennes. Il n’oserait, m’a-t-il dit, faire une telle proposition à un si grand général, à un guerrier si renommé, s’il restait à cet ennemi qu’il honore une seule chance de salut ; mais quatre-vingt mille Russes et cent pièces de canon sont devant et autour de lui, et il lui a envoyé un prisonnier français, pensant que la parole de celui-ci trouverait sans doute plus de créance que la parole d’un officier russe.

— C’est bien, reprit Ney, vous avez parlé pour les Russes ; parlez pour vous, maintenant.

— Si je parle pour moi, monsieur le maréchal, je dirai qu’hier au matin, même proposition a été faite au prince Eugène et que le prince Eugène a répondu en chargeant, avec six mille hommes, quatre-vingt mille hommes à la baïonnette.

— À la bonne heure ! dit Ney ; vous commencez à parler français, monsieur.

— Si nous avions affaire à Miloradovitch, je vous dirais : « Nous sommes perdus ! mourons ensemble ! » Nous avons affaire à Koutousov ; nous perdrons un quart, un tiers, la moitié de nos hommes, mais nous échapperons.

— Eh bien, retournez vers Koutousov et dites-lui ce que vous eussiez dû lui dire tout d’abord : c’est qu’un maréchal de France se fait tuer mais ne se rend pas.

— Oh ! je lui ai dit cela, répondit simplement le jeune officier.

Puis, se tournant vers son frère :

— Maintenant, Paul, dit-il, une arme quelconque ! que je puisse, au milieu de la mêlée, me débarrasser de ceux qui me garderont et vous rejoindre.

L’officier de chasseurs tira de dessous sa peau d’ours un long poignard de Toula à lame persane, à poignée damasquinée d’or et, le donnant à son frère :

— Tiens, dit-il, je t’attends !

Le jeune officier d’ordonnance salua le maréchal et remonta vers les Russes.

Alors Ney profite de ce moment de répit pour réunir tous ses hommes.

D’un côté, quatre-vingt mille Russes, des rangs pleins, profonds, nourris, des lignes redoublées, une cavalerie superbe, une artillerie formidable, enfin – ce qui double tout cela –, la supériorité de la position ; de l’autre, cinq mille soldats appartenant à toutes les armes, une colonne perdue dans le désert, des hommes mutilés, languissants, mourant de froid et de faim.

N’importe ! ce sont les cinq mille hommes qui attaqueront les quatre-vingt mille !

Ney donne le signal.

Quinze cents soldats, débris de la division Ricard, sont en tête : le général Ricard et ses quinze cents hommes feront d’abord la trouée ; Ney et le reste de l’armée s’y jetteront ensuite.

Au premier pas que fait Ricard contre les Russes, toutes ces collines, un instant auparavant froides et muettes, tonnent et s’enflamment comme autant de volcans. Ricard et ses quinze cents hommes gravissent sous ce feu la colline qui est en face d’eux ; ils trouvent un ravin où ils enfoncent dans la neige jusqu’au cou, le traversent et vont heurter la ligne russe, qui les repousse, écrasés, dans le ravin.

Mais alors Ney est déjà au milieu d’eux ; Ney les rallie, les reforme et s’avance à leur tête en ordonnant à quatre cents Illyriens, parmi lesquels se jette l’officier de chasseurs, de prendre en flanc l’armée ennemie.

Cela paraît presque insensé, n’est-ce pas ? quatre cents hommes prenant en flanc quatre-vingt mille hommes ! un homme attaquant deux cent cinquante hommes !

C’était cependant ainsi dans ce temps de guerres épiques.

Avec ses trois mille hommes, Ney monte à l’assaut de cette citadelle vivante et, avec ses quatre cents Illyriens, le capitaine Paul Richard attaque l’armée en flanc.

Ney n’a point harangué ses soldats : il n’a pas dit une parole ; il s’est mis à leur tête et il a marché ; tous l’ont suivi.

La première ligne est attaquée à la baïonnette et renversée.

La seconde est à deux cents pas plus loin.

— En avant ! crie Ney.

Mais, au moment où il va atteindre cette seconde ligne, trente pièces de canon mises en batterie tonnent sur ses deux flancs ; la colonne, tranchée en trois morceaux comme un serpent, tourbillonne et se rejette en arrière, entraînant avec elle son maréchal.

On a tenté l’impossible !

— En arrière ! au pas ordinaire ! crie le maréchal.

— Entendez-vous soldats ? crie à son tour le général Ricard. Le maréchal a dit : « Au pas ordinaire. »

Et ces hommes reculent au pas ordinaire, traversent le ravin au pas ordinaire et se retrouvent, toujours marchant au pas ordinaire, à l’endroit d’où ils sont partis.

Seulement, ils sont partis cinq mille et sont revenus deux mille.

Mais, en revanche, voici que, du flanc de la montagne, redescendent les quatre cents Illyriens, plus nombreux qu’ils ne sont partis : ils ont rencontré une colonne russe de cinq mille hommes conduisant trois cents prisonniers français, allemands, polonais ; ils se sont rués sur la colonne, l’ont attaquée avec la furie du désespoir ; et, après un instant de lutte, la colonne a fait un pas en arrière, les prisonniers ont été délivrés et les deux frères Paul et Louis Richard se sont retrouvés dans les bras l’un de l’autre.

C’est alors qu’on a vu Ney et ses deux mille hommes rétrogradant et se reformant sous le feu de l’artillerie de Koutousov. Le mouvement manqué sur le centre, le capitaine Paul Richard a donné l’ordre de rejoindre le corps du maréchal.

Que va-t-on faire ? Se former en carré et mourir !

Mais les prisonniers arrivent ; ils connaissent Koutousov : Koutousov, qui a laissé passer Napoléon, qui a laissé passer Eugène, Koutousov laissera passer Ney ; il ne s’agit que de faire un détour. Koutousov ne poursuivra point, il se fie à l’hiver de son pays : l’hiver, selon lui, est un ennemi plus rapide et plus sûr que le boulet. « L’hiver, dit-il, est mon général en chef ; je ne suis que le lieutenant de l’hiver. »

En ce moment, comme pour aider à la retraite, la neige recommence à tomber.

Ney réfléchit un instant et donne l’ordre de rétrograder vers Smolensk.

Chacun reste muet, interdit ; ainsi, on rentre dans le nord, on remonte vers le froid, on tourne le dos à Napoléon !

— Vers Smolensk, et au pas ordinaire ! répète Ney.

On comprend qu’il y a un plan arrêté là-dessous, probablement le salut de la colonne. On reprend les rangs et l’on marche sous la mitraille de cinquante pièces d’artillerie, mais sous la mitraille seulement.

En effet, la prédiction des prisonniers s’est accomplie : Koutousov, le Fabius scandinave, est resté sur ses collines. – Un seul corps russe, se laissant rouler des hauteurs dans la plaine et venant heurter les deux mille hommes, tout était fini ! Aucun d’eux n’osa bouger de sa place sans l’ordre du général en chef.

Mais l’artillerie tonnait et la mitraille pleuvait sur ce pauvre débris d’armée, presque aussi drue que la neige qui forçait les artilleurs de viser au hasard. Les tués tombaient et s’étendaient avec la raideur des cadavres ; les blessés tombaient aussi, se relevaient, marchaient, retombaient, essayaient de se relever, retombaient encore, s’agitaient ; puis, peu à peu, la neige faisait pour eux ce qu’elle avait fait pour les morts : elle les couvrait de l’immense linceul que tissait l’hiver russe pour ensevelir l’orgueil de la France.

De place en place, la route se parsemait de légères éminences qui, rouges d’abord, blanchissaient peu à peu : ces éminences, c’étaient les cadavres de l’armée.

Au milieu de cette marche, aveuglé à la fois par les biscaïens et la neige, on alla heurter une masse noire et épaisse : c’était une nouvelle colonne russe.

— Arrêtez ! Qui êtes-vous ? cria le général qui commandait cette colone.

— Feu ! dit le maréchal.

— Silence ! dit un prisonnier polonais qu’on venait de délivrer.

Puis, s’avançant :

— Ne nous reconnaissez-vous pas ? dit-il en russe. Nous sommes du corps d’Ouvarof et nous tournons les Français, qui sont pris dans le ravin.

Le général russe se contenta de cette réponse et laissa passer – tant l’obscurité faite par cette neige, tant le désordre fait par cette mitraille étaient grands –, et laissa passer la colonne française qui ne fit halte qu’à deux lieues de là, sur le champ de bataille du prince Eugène.

Elle était hors de la portée des canons russes et hors de la vue du feld-maréchal.

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