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Chapitre 15 Le Dniepr

Louis Richard ne s’était point trompé dans ses conjectures : Ney, en se dirigeant vers le nord, n’avait eu qu’une intention, celle de dépister les Russes ; étranger aux détails que nous avons indiqués, détournant la tête pour ne pas voir tomber ses morts, bouchant ses oreilles pour ne pas entendre les cris de ses blessés, il marchait droit devant lui, plus insoucieux de cette grêle de biscaïens et de boulets qu’il ne l’était de ces flocons de neige qui lui dérobaient les traces auxquelles il eût pu reconnaître son chemin.

Au bout de trois heures, le maréchal s’arrêta ; il se trouvait dans un village abandonné, comme l’étaient tous les villages ; une ou deux, peut-être même trois armées avaient déjà passé par là : il ne restait ni une porte ni une fenêtre ; tout ce qui pouvait faire du feu avait été brûlé. Aussi, ne veut-il pas prolonger sa halte : avant le jour, il repartira. Le Dniepr doit couler en face de lui ; mais, en face de lui, sont les Russes : il marchera droit à l’est puis se rabattra par un angle droit vers le midi et il trouvera le fleuve.

Vers neuf heures, le canon retentit. Est-ce un corps d’armée qui, le sachant perdu, vient à sa recherche sur un ordre de Napoléon ?

Non, les salves ont trop de régularité : ce sont les Russes qui célèbrent leur triomphe dans leur camp.

Sans bateaux, sans équipages de pont, il faut que Ney et les deux mille hommes qui lui restent continuent à suivre la route ; – et quatre-vingt mille hommes sont à cheval sur cette route ! Ney ne peut donc leur échapper.

Ce qu’annoncent les pièces d’artillerie, c’est la prise de Ney…

Le maréchal explique cela à ses soldats.

— Maintenant, dit-il, il s’agit de les faire mentir : demain, avant le jour, nous partirons ; demain, avant la nuit, nous aurons rejoint l’armée !

La nuit fut moins mauvaise qu’elle ne l’eût été en plaine : quoique fenêtres et portes fussent brisées, c’était toujours une espèce d’abri que ces chaumières.

À quatre heures du matin, les chefs réveillèrent les soldats sans l’aide du tambour ni des trompettes.

Il y eut une heure de lutte pour réveiller ces malheureux et les forcer à se remettre en route ; trois ou quatre cents restèrent là, que ni prières, ni supplications, ni menaces ne purent déterminer à se lever.

On reprit le chemin de la veille en appuyant seulement sur la gauche. Depuis deux heures, on marchait ainsi, quand tout à coup les soldats qui formaient la tête de colonne s’arrêtèrent et parurent se consulter.

Ney accourut.

— Qu’y a-t-il ? demanda le maréchal, et qui vous inquiète ?

Les soldats lui montrèrent un point rouge sur la neige et, au-dessus de ce point rouge, une colonne de fumée qui montait noire dans le ciel gris.

N’allait-on pas donner dans un avant-poste de Cosaques ?

Un homme se dévoua, fit un détour et revint en disant que ce qu’on apercevait là était une cabane isolée qui devait servir d’habitation à quelque moujik ; il n’y avait point traces de Russes ni de Cosaques aux environs.

On marcha droit à la cabane ; quand on n’en fut plus qu’à vingt pas, on en vit sortir un homme tenant un pistolet de chaque main.

— Qui vive ? demanda cet homme.

— Un Français ! un Français ! crièrent ensemble cinq cents voix.

L’homme rentra dans la cabane.

On ne comprenait rien à cette indifférence. Ce Français devait être perdu ; comment accueillait-il si froidement des frères ?

On s’avança, on entra dans la cabane et on le trouva à genoux près d’un cadavre.

— Le capitaine Louis Richard ! murmurèrent quelques voix.

— Celui qui appelait son frère, dit l’Allemand qui avait vu tomber Paul.

Ney entra à son tour.

Louis le reconnut.

— Monsieur le maréchal, dit-il, vous cherchez le Dniepr, n’est-ce pas ?

— Oui, répondit le maréchal.

— Eh bien, faites enterrer mon frère et je vous conduirai droit au fleuve.

— D’aussi braves soldats que lui, répondit le maréchal, sont restés sans sépulture ; si peu de temps que nous perdions à creuser la terre, ce sera du temps perdu.

— Monsieur le maréchal, j’ai vu, cette nuit, les loups dévorer les cadavres et je ne veux pas que mon frère soit dévoré par les loups. Le temps que nous perdrons, je vous promets de vous le faire rattraper.

— Que l’on s’informe s’il reste des pionniers avec des pioches et des bêches.

On retrouva quatre ou cinq hommes ayant conservé leurs instruments.

— Ceux qui creuseront la fosse de mon frère auront une peau d’ours et mon manteau, dit Louis Richard.

Deux hommes se mirent à la besogne et parvinrent à creuser une espèce de fosse ; on y déposa le corps du capitaine Paul Richard et on le recouvrit de terre ; puis quatre hommes déchargèrent leurs fusils sur la fosse.

Pas un général n’avait eu de pareils honneurs funèbres depuis la sortie de Moscou.

— Là ! dit Louis Richard ; marchons maintenant.

Et, conduisant le maréchal au ravin dans lequel il avait roulé pendant la nuit et qui était encore tout rouge du sang du loup et du sien :

— Tenez, monsieur le maréchal, dit Louis en montrant l’eau qui coulait vers l’est, voici incontestablement un affluent du Dniepr ; en suivant ce ruisseau, nous trouverons le fleuve.

C’était si probable que personne ne fit la moindre observation. On suivit le ravin ; il conduisit à un village abandonné comme les autres.

On traversa ce village et, en sortant, on aperçut le fleuve.

— Maintenant, dit Louis Richard, reste à savoir si le fleuve sera pris.

— Il le sera, répondit Ney.

On s’approcha silencieusement du rivage. Le fleuve serait-il ou ne serait-il pas pris ? C’était une question de vie ou de mort pour deux mille hommes…

Le fleuve était pris ! – Jusque-là, il charriait ; mais, contrariés tout à coup par un brusque contour de ses rives, les glaçons s’étaient soudés les uns aux autres, il y avait une heure peut-être. Au-dessus et au-dessous, on voyait des glaçons flottants.

— Il ne reste plus, dit le maréchal, qu’à nous assurer s’il porte. Un homme de bonne volonté, qui risque sa vie pour le salut de deux mille Français !

Il n’avait pas achevé, qu’un homme se hasardait sur la flexible surface : c’était Louis. Cette terrible douleur qu’il venait d’éprouver de la mort de son frère l’avait rendu insouciant : il eût joué sa vie sur un coup de dé ; il ne regardait donc point comme un mérite de la risquer pour un pareil résultat.

L’armée tout entière le suivait des yeux, haletante et pleine d’angoisses ; sans se donner la peine de faire un détour pour éviter le danger, il atteignit l’autre bord.

C’était tout ce que l’on pouvait attendre de l’intrépide jeune homme ; des cris de remerciement parvinrent à lui sur l’autre rive.

Alors – ce qu’on ne lui demandait pas –, on le vit de nouveau s’engager sur le fleuve et, avec la même insouciance de sa vie, revenir vers la colonne.

— Les hommes à pied passeront, monsieur le maréchal, pourvu qu’ils passent avec précaution et un à un ; peut-être aussi quelques chevaux atteindront-ils l’autre bord ; mais il faudra abandonner le reste et se presser : la glace commence à se dissoudre.

Ney regarda autour de lui : à peine avait-il mille hommes. Cette colonne, composée de soldats affaiblis, blessés, malades, suivie de femmes et d’enfants, s’était désunie afin de chercher des vivres.

— Je donne trois heures pour le ralliement, dit Ney.

— Passez toujours, monsieur le maréchal ; moi, je resterai et surveillerai le passage de la colonne, dit le général Ricard.

— Je passerai le dernier, répondit Ney ; seulement, comme j’ai veillé toute la nuit, pendant ces trois heures, je dormirai. Quand le moment du passage sera venu, qu’on me réveille.

Et, s’enveloppant de son manteau, il se coucha sur la neige et s’endormit comme eussent fait César, Annibal ou Alexandre, car il avait ce tempérament robuste des grands homme de guerre, cette santé indomptable qui complète les héros.

Au bout de trois heures, on l’éveilla. Tout ce qui devait se rallier était au bord du fleuve ; seulement, il n’y a avait plus que deux heures de jour : il fallait se hâter.

Louis Richard repassa le premier et avec le même bonheur ; mais ceux qui le suivirent annoncèrent qu’ils sentaient plier la glace sous eux ; un peu plus loin, ils crièrent que la glace s’enfonçait et qu’ils marchaient dans l’eau jusqu’aux genoux ; puis ils n’eurent plus besoin de rien dire : on entendit craquer la glace.

— Qu’on ne passe qu’un à un ! cria le maréchal.

Le sentiment de la conservation fit qu’on obéit.

On vit alors une longue file de soldats, marchant à distance, se hasarder sur le fleuve dont la surface mouvante ondulait sous leur poids.

Les premiers atteignirent l’autre bord ; mais là, un talus rapide, glissant, couvert de verglas, sembla les repousser dans le fleuve. Ils allaient quitter la terre de la vieille Russie et on eût dit que la terre de la vieille Russie voulait garder les vivants avec les morts !

Beaucoup, à moitié chemin du talus, perdirent pied, roulèrent et, brisant sous leur choc la glace trop frêle, disparurent dans le fleuve.

Puis, vers onze heures du soir – on avait mis cinq heures à accomplir ce lent et dangereux passage –, vers onze heures du soir, vint le tour des malades, des femmes et des enfants ; jusque-là transportés dans des voitures, ces malheureux ne voulaient pas en descendre car elles renfermaient tout ce qu’ils possédaient ; et, d’ailleurs, comment voyageraient-ils après les avoir quittées ?

On avait trouvé un point un peu plus solide où quelques chevaux avaient passé ; le maréchal permit que, sur ce point, les voitures essayassent de passer à leur tour.

Deux ou trois se risquèrent.

Tout alla bien jusqu’au tiers du fleuve ; là, la glace commença à plier et à craquer ; là, les cris commencèrent à se faire entendre ; mais on ne pouvait pas tourner : il n’y avait de salut qu’à la condition qu’un poids considérable ne demeurât pas longtemps à la même place.

On poussa les chevaux en avant et, – malgré leur instinct qui leur disait de ne pas s’aventurer sur la surface mobile, – les chevaux, désespérés comme les hommes, vainquirent leur terreur et s’avancèrent en soufflant avec bruit.

Ceux qui étaient déjà passés, ceux qui restaient à passer encore, suivaient des yeux avec anxiété ceux qui passaient… Tout à coup ils virent ces masses, à peine perceptibles dans les ténèbres, s’arrêter indécises ; les chevaux battirent l’eau de leurs pieds ; des cris d’angoisse retentirent, puis des gémissements entrecoupés, puis des plaintes qui allèrent s’affaiblissant et qui bientôt s’éteignirent tout à fait… Alors les regards qui s’étaient détournés avec épouvante se reportèrent sur la glace : la glace était vide ; tout avait disparu, englouti dans l’abîme ! À deux ou trois places, l’eau bouillonnait, voilà tout.

Force fut donc de quitter ces chariots précieux et d’y choisir ce que l’on voulait sauver ; le choix fut long : la terreur le prolongeait. Puis les femmes portant leurs enfants, les blessés s’appuyant les uns aux autres, les malades se traînant avec peine, commencèrent à défiler comme une suite de silencieux fantômes.

Un tiers resta dans le fleuve, deux tiers passèrent.

On eût dit une répétition en petit du terrible drame de la Bérézina.

Enfin, à minuit, tout était passé ou englouti.

Il restait à peu près quinze cents hommes en état de porter les armes et trois ou quatre mille traînards, blessés, malades, femmes, enfants.

Quant aux canons, on n’essaya pas même de les sauver : on les noya.

Ney passa le dernier, comme il l’avait dit ; puis, arrivé sur l’autre bord du fleuve, il poussa en avant tout ce troupeau lamentable.

Louis Richard marchait le premier ; la profonde douleur morale qu’il éprouvait semblait le rendre insensible au froid et au danger.

Au bout d’un quart de lieu, il se baissa et tâta le chemin : on venait d’atteindre une route frayée ; de profondes ornières indiquaient que de l’artillerie, des caissons, des chariots, avaient passé par là.

On avait donc évité une armée, combattu un jour le froid, un jour les hommes, un jour le fleuve, pour combattre encore !

On était à bout de forces ; depuis longtemps on était à bout d’espérances ! n’importe ! Ney cria : « En avant ! » et l’on marcha.

Ce chemin conduisait à un village que l’on surprit.

Alors il se fit un instant de joie dans la horde errante, comme il se fait une seconde de jour quand, pendant l’orage, l’éclair brille ; on venait de retrouver tout ce qui manquait depuis Moscou : des vivres, de chaudes demeures, des vivants ! Ces vivants étaient des ennemis, c’est vrai ; mais le silence, le désert, la mort, étaient des ennemis bien autrement redoutables !

On s’arrêta deux heures dans le village puis on se remit en route : on avait, à vingt ou trente lieues devant soi, Orcha, où l’on espérait retrouver l’armée française.

À dix heures, tandis que l’on se reposait dans un village – c’était le troisième que l’on rencontrait depuis une heure du matin –, on voit les sombres forêts de sapins qui semblent marcher avec la colonne fugitive se remplir de mouvement et de bruit : ce sont les Cosaques de Platof qui ont éventé l’armée de Ney, si l’on peut appeler une armée douze ou quinze cents combattants, cinq ou six mille traînards.

Un autre village côtoyait le Dniepr : on s’y réfugie ; la gauche, du moins, sera garantie par le fleuve.

Depuis le jour, six ou huit mille hommes et vingt-cinq pièces de canon suivent le flanc droit de la colonne. Pourquoi n’ont-ils pas chargé ? pourquoi n’ont-ils pas profité de deux ou trois passages désavantageux pour nous attaquer ?

Le chef était ivre : il ne pouvait donner des ordres et les soldats n’osaient point s’en passer !

Cette fois, la Providence ne fut pas pour les ivrognes.

Cependant le moment était venu : il fallait combattre, on le croyait du moins ; mais Ney connaissait ces misérables.

— Soldats, dit-il à ses hommes qui étaient en train de manger, achevez tranquillement votre repas ; deux cents d’entre vous, parmi les mieux armés, suffiront à maintenir l’ennemi.

Deux cents hommes réunis par Louis Richard entourèrent le maréchal.

Ney ne se trompait pas : avec ces deux cents hommes, il tint en respect les six mille Cosaques. – Sans doute leur chef n’avait pas encore repris sa raison.

En même temps, l’ordre est donné de se mettre en mouvement aussitôt le repas fini.

Au bout d’une heure, la colonne reprend sa marche.

Peut-être les Cosaques ont-ils voulu ménager le village ; car, aussitôt qu’un espace se fait entre la dernière cabane et le dernier traînard, toutes les lances s’abaissent et brillent, tous les canons grondent ; la colonne, enveloppée d’un nuage de Cosaques, est attaquée de tous côtés.

En outre, les blessés, les traînards, les maraudeurs, les femmes, les enfants, prennent l’épouvante et se ruent sur le flanc de la petite armée, où ils viennent chercher un abri et qu’ils manquent de jeter dans le fleuve.

Ney ordonne de leur présenter la baïonnette ; sur ces baïonnettes, ils sont forcés de s’arrêter.

Alors, au lieu de devenir une cause de ruine, ils deviennent une cause de salut ; au lieu d’être un obstacle, ils sont un rempart.

Les lances fouillent cette masse, les canons la sillonnent ; mais les coups s’y perdent et n’atteignent pas le cœur, ne blessent pas la vie : les faibles protègent les forts, boucliers vivants et involontaires, mais efficaces.

Pendant ce temps, le maréchal presse le pas, protégé d’un côté par le fleuve, de l’autre par cette masse où se perdent les coups.

Parfois cependant, les difficultés du terrain le repoussent des bords du fleuve et une ligne de Cosaques passe entre le fleuve et lui ; mais une décharge en fait justice. D’autres fois, pour ne pas user ses munitions, Ney, l’épée à la main, charge à la tête de cinq ou six cents baïonnettes ; alors on pousse les Cosaques devant soi, on précipite hommes et chevaux dans le fleuve : amis et ennemis, Français et Russes rouleront dans les mêmes eaux vers la mer Noire.

On marche deux jours ainsi ; on fait vingt lieues de cette façon ; on a l’air d’une population assiégée mais mouvante. Tel fuit un taureau assiégé par les taons qui le piquent.

La troisième nuit vint enfin ; on s’y enfonça comme dans une espérance de repos ; seulement, on ne pouvait s’arrêter : il fallait laisser là ceux qui tombaient ; quelques-uns, assassins sublimes, avaient la force, sur sa demande, de briser la tête à un ami !

Ney voyait tout cela et comprimait de ses deux mains son cœur prêt à se rompre, et détournait ses yeux prêts à pleurer.

La nuit était venue, disons-nous ; on s’avançait à tâtons au milieu d’un bois de sapins dont, en heurtant les tiges, on faisait pleuvoir la neige. Tout à coup la sombre forêt s’éclaire, une décharge d’artillerie éclate, la mitraille passe en sifflant, brisant les hommes et les sapins, qui jettent chacun leur cri de douleur.

La colonne recule, se mêle, tourbillonne.

— Ah ! nous les tenons enfin ! s’écrie Ney. En avant, amis ! en avant !

Et, avec cinquante soldats, cet homme-titan, ce héros d’Homère, cet Ajax qui veut échapper malgré les dieux, se jette en avant et, au lieu de fuir, met en fuite ceux qui l’attaquaient.

M. de Ségur a fait de tout cela un grand poème. Pourquoi n’a-t-il donc fait que ce poème et pas autre chose ? Est-ce l’Académie qui lui défend d’écrire ?

Non, c’est qu’il avait vu le spectacle terrible et que, les sensations éprouvées, il voulait les rendre ; c’est que, comme Énée, il pouvait dire : Et quorum pars magna fui !

Le matin venu, on retrouva les lances et les boulets des Cosaques de Platof. Il est vrai qu’on avait la forêt pour s’abriter : – faible rempart dont, avec les fusils, on ne pouvait éloigner les assaillants ; eux nous côtoyaient à demi-portée de canon, nous escortant et nous détruisant, allumant une ligne de feu égale en longueur à celle que nous parcourions. Il fallait attendre et recevoir la mort sans la donner : on attendait et l’on mourait.

On marchait sous le feu, on s’arrêtait sous le feu, on mangeait sous le feu ; on était tué en marchant, en s’arrêtant, en mangeant ; on eût dit que la Mort seule ne se lassait pont.

La nuit vint, – la quatrième nuit ; – on résolut de ne pas s’arrêter, de marcher toujours. Les Français devaient être proches.

Il restait une vingtaine de chevaux, une vingtaine de cavaliers ; Louis Richard, qui avait passé au milieu de mille morts sans recevoir une égratignure, se mit à la tête de ces cavaliers et s’avança dans la direction où l’on supposait que devait être Orcha, c’est-à-dire l’armée française.

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