‹ Le Catéchisme du révolutionnaireChapitre 3 sur 4 · ATTITUDE DU RÉVOLUTIONNAIRE ENVERS LA SOCIÉTÉ

ATTITUDE DU RÉVOLUTIONNAIRE ENVERS LA SOCIÉTÉ

12. L’admission d’un nouveau membre, dont le zèle ne se serait manifesté qu’en paroles et non en action, ne peut être votée qu’à l’unanimité.

13. Le révolutionnaire ne pénètre dans les sphères de l’État, des castes et de la société dite civilisée, et n’y vit, que dans le but de leur destruction aussi totale que rapide. Il n’est pas un vrai révolutionnaire s’il regrette quelque chose dans ce monde, si la situation et les relations d’un homme appartenant à ce monde (où tout doit lui être également haïssable) le font hésiter. Tant pis pour lui s’il a gardé dans ces sphères des relations de parenté, d’amitié ou d’amour ; il n’est pas un vrai révolutionnaire si elles peuvent faire hésiter sa main.

14. Dans le but d’une destruction implacable, le révolutionnaire peut et doit vivre au sein de la société et chercher à paraître tout différent de ce qu’il est en réalité. Le révolutionnaire devra pénétrer partout, dans toutes les classes moyennes ou supérieures — dans la boutique du commerçant, dans l’église, dans l’hôtel du noble, dans le monde bureaucratique, militaire, ainsi que dans celui des lettres, dans le III Bureau et même au Palais d’Hiver.

15. Toute cette société abjecte doit, être divisée en plusieurs catégories : première catégorie : elle est condamnée à mort sans délai. Qu’on établisse une liste de ces personnes selon le degré auquel elles peuvent être nuisibles au succès de la cause révolutionnaire, afin que ceux qui portent les premiers numéros périssent avant les autres.

16. En établissant l’ordre de cette liste, il ne faudra pas s’inspirer des méfaits personnels de tel ou tel individu, ni même de la haine que ces méfaits ont provoquée chez le peuple. Provisoirement, ces méfaits et cette haine peuvent même être utiles, car ils aident à éveiller la révolte populaire. Il faudra donc s’inspirer du degré d’utilité qui pourra résulter de la mort de cet individu, pour la cause révolutionnaire. Aussi, faudra-t-il supprimer en premier lieu les hommes tout particulièrement nuisibles à l’organisation révolutionnaire, ainsi que ceux dont la mort violente et subite pourra inspirer le plus de terreur au gouvernement. En privant celui-ci d’hommes fermes et intelligents on arrivera à ébranler son pouvoir.

17. La seconde catégorie devra précisément comprendre les hommes auxquels on confère la vie provisoirement, afin qu’ils provoquent la révolte inéluctable du peuple par une série d’actes féroces.

18. La troisième catégorie comprend un nombre considérable de brutes haut placées et de personnalités qui, grâce à leur situation, bénéficient de la richesse, des relations puissantes, de l’influence et du pouvoir. Il faut les exploiter de toutes les manières, leur faire perdre pied, les rendre bredouilles, et en faire ses esclaves en mettant la main sur leurs vils secrets. Leur influence, leurs relations, leur pouvoir, leurs richesses et leur force deviendront ainsi un trésor inépuisable et un puissant secours pour les organisations révolutionnaires.

19. La quatrième catégorie comprend les hommes d’État ambitieux et les libéraux de toute nuance. Il est permis de conspirer en leur compagnie et selon leur programme, en faisant semblant de leur obéir aveuglément, tandis qu’en réalité on les asservit, on s’empare de leurs secrets, on les compromet définitivement, afin de leur couper la retraite et jeter le trouble dans l’État par leur entremise.

20. La cinquième catégorie comprend les doctrinaires, les conspirateurs et les révolutionnaires, se livrant à des vaines palabres dans les cercles politiques et dans leurs écrits. Il faut sans cesse les pousser, les entraîner, les obligeant à faire des déclarations concrètes et dangereuses, dont le résultat sera la faillite définitive de la majorité et l’éducation révolutionnaire de quelques-uns.

21. La sixième catégorie, fort importante, comprend les femmes, qu’il faut diviser en trois sous-catégories : les unes légères, stupides et sans âme, dont on pourra user de même que de la troisième et de la quatrième catégorie des hommes ; les autres — passionnées, dévouées, mais n’étant pas des nôtres, parce qu’elles n’ont pas encore élaboré une conception réelle, pratique et sans phrases de la cause révolutionnaire. Il faudra en tirer parti de même que des hommes de la cinquième catégorie. Enfin, les femmes qui sont entièrement des nôtres, c’est à dire pleinement initiées et ayant accepté l’ensemble de notre programme. Celles-ci sont nos camarades, et nous devons les envisager comme notre plus précieux trésor, car nous ne saurions nous en passer.

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