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Chapitre 30 La résolution de Florence

Max Lamar avait quitté l’appartement de Florence Travis pour se mettre à la recherche de Gordon, auquel il voulait demander conseil sur la marche à suivre dans le procès du Cercle rouge.
Il se dirigeait donc vers le club, où il croyait trouver l’avocat, lorsque à mi-chemin il le rencontra.

— Voilà un hasard heureux, dit l’avocat au docteur, je vous cherchais précisément. Je désirerais connaître l’adresse de Mlle Travis. J’ai une bonne nouvelle me concernant à lui annoncer.

— Vous avez réussi à arracher à Silas Farwell l’aveu de son infâme calomnie ?

— Précisément, et vous devinez les conséquences de cet aveu : je suis du même coup réhabilité. Je pourrai de nouveau exercer ma profession d’avocat, et ma première pensée a été d’aller offrir mes services à Mlle Travis…

— Nul mieux que vous ne pourra la défendre. C’est un bonheur inespéré qu’il vous soit possible de le faire.

— Mais je compte bien, reprit Gordon, que vous m’aiderez et me dirigerez complètement. Il faudra me dire tout ce que vous savez…

— Ce que je sais, hélas, n’est pas fait pour nous rendre la besogne bien aisée ! Florence Travis tombe incontestablement sous le coup de la loi. Il faut que vous sachiez que sur miss Florence Travis pèse une hérédité terrible. De temps à autre, sur sa main, apparaît un stigmate qui est le signe extérieur de la crise : ce fameux Cercle rouge dont on a tant parlé…

— Les journaux ont, en effet, signalé cela, mais ce n’est qu’un détail.

— C’est capital, reprit Lamar d’un air soucieux. Si Florence Travis est mise en observation, il lui sera impossible de se soustraire à cette manifestation physique dont je parle. On la considérera comme une malade ou comme une coupable.

— Évidemment, c’est très grave.

— J’avais donc pensé à ceci. Il faut persuader Mlle Florence Travis de se soustraire par la fuite au sort qui la menace.

— Mais le procès…

— Il aura lieu quand même. Vous emploierez tout votre talent pour que le tribunal rende un verdict atténué, mais par défaut. Pendant ce temps, je mettrai au service de notre amie ma science médicale, de façon à amener peu à peu sa guérison.

— Et, quand elle sera guérie, elle reviendra et demandera à être jugée de nouveau.

— En résumé, il faut persuader Mlle Travis qu’elle doit s’enfuir.

— Oui, dit Lamar. Accompagnez-moi chez elle.

Bientôt ils frappèrent à la porte de Florence. Mary leur ouvrit et les fit entrer dans la pièce où se tenait la jeune fille.

— Ma chère Florence, lui dit Max Lamar, je vous amène notre ami Gordon qui a repris, grâce à vous, sa place au barreau et qui demande à être votre défenseur.

Florence tendit la main à Gordon.

— Je vous remercie de votre démarche, lui dit-elle avec gratitude, je suis sûre que, grâce à vous, la justice me sera clémente.

— Ce n’est pas seulement de la clémence qu’il vous faut obtenir, ma chère amie, dit Max Lamar.

Et tout au long, il expliqua à Florence le projet qu’ils avaient arrêté. Mlle Travis écouta en silence. Quand il eut fini, elle prit la parole.

— Ainsi, docteur Lamar, c’est vous qui me proposez de prendre la fuite, comme une vulgaire criminelle ? Jamais je ne pourrai me résoudre à vous obéir. Ce serait une lâcheté…

— Mais, nullement, reprit Max. Tout notre système de défense est étayé sur votre guérison. Cette guérison, soyez-en sûre, nous l’obtiendrons…

— J’en doute. Il me semble difficile d’empêcher le retour de cet abominable stigmate.

— Écoutez-moi, Florence, dit Max Lamar. Il faut d’abord que je vous avoue loyalement ceci : tout à l’heure j’ai profité de votre sommeil pour vous suggérer l’idée d’une lutte plus opiniâtre et plus acharnée contre votre mal. Mais c’est un remède précaire. L’unique remède, et il est infaillible, c’est votre volonté à vous. Chez tous les êtres, il existe de ces tares douloureuses, qu’elles soient visibles ou non. Que ce soient des marques extérieures, ou des manies, ou des tics, ou de ces impulsions irraisonnées qu’on appelle, en psychologie médicale, des automatismes, elles échappent au contrôle de notre conscience jusqu’au jour où notre volonté, enfin libérée, se révolte et entreprend une lutte sans merci. De ce jour, c’est fini. Le stigmate peut apparaître. N’importe. La victoire est acquise. L’instinct est vaincu. Florence vous en êtes là. Quoi qu’il arrive et dussiez-vous voir encore sur votre main l’anneau rouge, virtuellement il n’existe plus.

Florence avait écouté profondément. Elle affirma :

— Je vous crois, Max.

— Vous me croyez, Florence… et vous voulez ?

Elle répéta, avec une exaltation croissante :

— Je veux ! je veux ! je veux !

— Alors, laissez-vous convaincre, poursuivit Lamar ardemment, laissez-moi vous aider, vous soigner. En moins de six mois, je me fais fort d’avoir aboli l’influence héréditaire. Mais, pour cela, il faut que vous soyez libre. Il faut fuir.

Mais Florence, redressée, toute vibrante, s’écria :

— Eh bien ! non, je ne partirai pas ! Je sens que je n’ai pas le droit de me soustraire à la justice.

Max Lamar garda le silence un long moment. Puis s’approchant de Florence :

— Vous ne redoutez rien ?

— Rien. Tout m’est indifférent. Je veux guérir. Celle qui paraîtra devant les juges sera une femme nouvelle.

— Alors, vous refusez de fuir ?

— Je refuse.

Il la regarda tendrement. Il avait les yeux mouillés de larmes.

— Vous êtes admirable, Florence, prononça-t-il.

Elle hocha la tête et sourit encore :

— Ce que je fais est très facile, Max, je vous aime !

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