‹ Le Chapeau d’un horlogerChapitre 15 sur 23 · Scène XVII.

Scène XVII.

AMÉDÉE, GONZALÈS ; puis RODRIGUES.

Amédée venant du salon.

Monsieur me désire ?

Gonzalès.

Qui est-ce qui est venu pendant mon absence ?

Amédée.

Personne.

Gonzalès.

Mais il y avait là quelqu’un tout à l’heure ?… J’ai vu un chapeau à cette place.

Amédée descendant près de la table.

Le voilà, monsieur.

Gonzalès.

C’est le mien.

Amédée.

Oui, c’est le chapeau de monsieur.

Gonzalès.

Et l’autre ?

Amédée.

Il n’y est plus, monsieur.

Gonzalès.

Où est-il donc passé ?…

Amédée.

J’avouerai franchement la vérité à monsieur… ce chapeau, je ne l’ai vu apporter par personne ; mais, je dois le lui avouer aussi, je n’ai vu personne l’emporter.

Gonzalès à part.

Laissons-le dire, il est si bête qu’il se trahira.

Amédée.

Je ne cacherai pas à monsieur mon effroi… Il y a maintenant, dit-on, des chapeaux qui tournent tout seuls… Je ne voulais pas y croire, mais…

Gonzalès.

Mon cousin Rodrigues est ici peut-être ?

(On sonne au fond.)

Amédée.

Non, monsieur, mais je l’entends.

(Il va ouvrir la porte du fond, en dehors.)

Gonzalès à part.

Ce garçon a l’air bouleversé… je n’ai pas encore pu rencontrer ses yeux. Mais soyons calme… Rodrigues triompherait s’il savait…

Rodrigues entrant avec Amédée.

Bonjour, cousin. Eh bien, toujours heureux et toujours amoureux !… Le modèle des tourtereaux et des époux !… Tircis marié, le troubadour en ménage !…

Gonzalès.

Toujours.

Rodrigues.

Comme tu dis cela !… tu as l’air de te moquer de toi…

Gonzalès.

Non, c’est de toi que je me moque… de toi qui ne crois pas au bonheur.

Rodrigues.

Je viens déjeuner avec toi.

Gonzalès.

Ah ! je ne comptais pas déjeuner.

Rodrigues.

Tu es malade ?… tu n’as pas faim ?…

Gonzalès.

Si… je m’aperçois…

Rodrigues à part.

Qu’est-ce qu’il a ?

Gonzalès.

Amédée !

Amédée.

Monsieur ?

Gonzalès.

Servez-nous à déjeuner. (Amédée sort par le fond.) Je suis sorti de bonne heure pour cet ennuyeux procès, et j’avais oublié de déjeuner.

Rodrigues.

Et tu l’as perdu, ton procès ?…

Gonzalès.

On l’a remis à huitaine… Qu’est-ce qui te fait supposer ?…

Rodrigues.

Ah ! c’est que tu as la mine d’un homme qui a perdu quelque chose.

(Amédée rentre, apportant le déjeuner sur un plateau.)

Gonzalès.

J’ai… j’ai la migraine tout bonnement, parce que je meurs de faim ; en me faisant déjeuner, tu me sauves la vie.

Rodrigues.

Et la belle des belles sera-t-elle des nôtres ?

Gonzalès.

Non, elle est sortie.

Rodrigues.

Pour toute la journée ?… et elle rentrera ce soir à cinq heures, avec un petit fichu de soie dans un papier ou un petit ruban qu’elle aura mis cinq heures à choisir… Je connais ça ; ma femme aussi était sortie quand je suis rentré à la maison. (À part.) Il est jaloux, nous allons rire.

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