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Chapitre 1

J. JOSEPH-RENAUD

LE CLAVECIN HANTÉ

ÉDITIONS PIERRE LAFITTE 90, AVENUE DES CHAMPS-ÉLYSÉES PARIS

Copyright par LIBRAIRIE HACHETTE, Paris, 1920.

Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous pays.

à A. R. H.

LE CLAVECIN HANTÉ

Depuis toujours, le père Laquinte, dit «Guignagauche», guidait les visiteurs dans le vieux château de Senin-les-Ruines dont les tours ébréchées s’imposaient altièrement sur les ondulations de la plaine picarde.

Petit vieillard glabre, ridé, grimaçant, il commentait les pierres historiques d’une voix nasale de marionnette qui sonnait bizarrement dans le silence des ruines. Il avait de l’érudition et la déployait selon l’importance des visiteurs; ses propos devenaient même fort intéressants quand l’auditoire était de marque.

Les articles sur le château de Senin qui paraissaient quelquefois en des revues anglaises ou allemandes, n’oubliaient pas de mentionner le vieil original.

A part ces fonctions que l’isolement du village rendait intermittentes, le père Laquinte exerçait celle de rebouteux; ses drogues guérissaient, incontestablement, des maladies réputées incurables. Cela lui avait valu plusieurs condamnations pour exercice illégal de la médecine et une renommée inquiétante de «j’teux d’sorts». Les paysans le craignaient et haïssaient. Même ceux qu’il avait sauvés s’écartaient de son chemin.

Et puis il recevait des journaux d’Allemagne! Les gamins de l’école, au crépuscule, gibecières ballantes, lui criaient de loin: «A pouille l’Alboche!...»

Des années et des années auparavant, il était arrivé à Senin avec une charretée de vieux meubles baroques. Voilà tout ce qu’on savait de lui. Et son regard, insaisissable grâce au strabisme, prenait vite une bizarre expression de menace qui décourageait les questionneurs.

Il vivait au pied de l’énorme côte menant aux ruines, dans une chaumière encombrée de bouquins, de paperasses, de verreries chimiques.

La nuit, ce repaire luisait souvent d’haletantes clartés rouges. Alors, dans le village endormi, quelque cultivateur, se relevant pour soigner des bêtes à l’étable, grommelait entre deux pelletées de fumier:

«V’là cor Guignagauche qui bout d’la poison!»

· · ·

A la mi-août 1914, les petites feuilles des sous-préfectures voisines annoncèrent des triomphes français en Alsace-Lorraine. On plaignait les gars du village que, d’après leurs hâtives cartes-postales, on savait en Belgique: ils ne seraient pas, les pauvres! à la reprise de Strasbourg et Metz!... Puis ce furent les rumeurs affreuses, patriotiquement démenties d’abord... Nos troupes, désordonnées, mélangées, repassèrent au carrefour où, trois semaines auparavant, on avait été les acclamer... Les populations du Nord, en fuite, disaient sans faire halte le désastre immense et que, là-bas, leurs chaumières n’étaient plus que des poutres brûlées joignant des murs en ruines...

Senin voulut rester d’abord... Mais, un matin, la brise apporta les aboiements précipités du canon. Du sommet abrupt que le vieux château terminait dans l’air, on aperçut sourdre, au loin, sur l’horizon, d’immenses fumées à reflets écarlates...

Alors les courages fondirent. Les femmes criaient. Les tocsins se répondaient sur l’immense campagne. Les mobiliers paysans s’entassèrent frénétiquement sur charrettes, carrioles, brouettes, au hasard de la fête. On tâcha d’emmener le bétail. On eût voulu emporter les champs, les vergers... C’était un désordre pathétique...

Seul, le père Laquinte resta, dans sa demeure mal famée, parmi ses livres et ses drogues, tranquille, louchant, dédaigneux, malgré le fracas ébranlant l’horizon, de la bataille sans bornes...

«V’là Guignagauche qui veut faire camarade avec les Boches!» criaient des vieilles. Et elles jetèrent des cailloux dans la fenêtre du «j’teux d’sorts». Mais, comme il y parut, elles s’enfuirent, troussant leurs cottes.

... Au crépuscule, les routes brumeuses furent submergées d’uniformes gris. Cette invasion, bruyamment, bonassement, avec une confiance hilare, s’étendit jusqu’au village, reflua autour, l’étreignit, moussa entre les chaumières...

· · ·

Le père Laquinte fut interrogé par l’«oberst» commandant le régiment bavarois qui allait passer la nuit à Senin. Cet officier supérieur, gras, la taille amincie par un corset, le visage rond et rasé, les cheveux teints, les pommettes rougies à peine et les lèvres un peu plus, avait un roulement de hanches féminin et des manières précieuses.

Un joli lieutenant robuste et silencieux, aux mains énormes et baguées bizarrement, ne le quittait guère et sentait le musc.

Dans le régiment on surnommait l’oberst «la Poupée»; et le lieutenant «la Gazelle» à cause de son musc.

Dans les bagages de l’oberst se trouvaient une grande quantité de livres et de brochures ayant trait aux curiosités artistiques et archéologiques du Nord de la France.

Et il dit au vieux guide, d’une voix à la fois rauque et mignarde:

«Regardez toute cette librairie qui me suit:... Et pourtant vos sales journaux écrivaillent que nous sommes des barbares!... Monsieur l’expert des ruines, un Bavarois sait faire la guerre, sa puissante épée dans une main et, dans l’autre, un livre! Notre puissance combative s’associe à une extrême civilisation et en est un des aspects, une des clartés... Mais cette photo reproduite par cette revue... là... n’est-elle pas votre effigie? Oh! nous avons de la chance! Il paraît que vous êtes une curiosité locale! Nous allons donc visiter ces ruines d’une façon intéressante... Veuillez nous guider.»

Et un feldwebel, ajouta, en bousculant violemment le vieillard:

«Marche devant!...»

Le père Laquinte ne s’étonna point. A peine son petit visage sec se plissa-t-il davantage autour de ses yeux louchant, à peine les fanons de son cou s’empourprèrent-ils.

Il commença à gravir la rude côte devant l’oberst, le lieutenant et une dizaine d’officiers.

Derrière eux, le paysage s’abaissait, s’élargissait, devenait une immense étendue de campagne où les moissons ondoyaient jusqu’aux forêts indistinctes de l’horizon. Senin ne fut plus qu’un jouet minuscule avec son clocher, ses rouges toits, ses peupliers. L’air fraîchit...

Enfin, le sommet!... Une passerelle menait aux ruines par-dessus un grand fossé marécageux où coassaient des grenouilles centenaires.

Une énorme tour, presque intacte, offrit les marches creusées de son escalier tournant...

Et, dès lors, Guignagauche récita ses explications avec son nasillement monotone, automatique, où subsistait l’accent du pays. Les Germains écoutaient, comparaient avec les dires des brochures, interrogeaient, remerciaient...

En les grandes salles sonores, sombres, parfois d’étroites meurtrières leur montraient l’étendue indistincte de la plaine où rougeoyait le soir.

Au loin, les heurts sourds du canon se contrariaient irrégulièrement...

La plus haute salle était si vaste que même un midi ensoleillé y laissait de l’ombre, si haute qu’au-dessus de soi on sentait, on entendait, sans les voir, le vol en cercle d’oiseaux nocturnes qui y nichaient... Là, spécialement, le silence, l’obscurité, l’atmosphère, étaient étranges...

En entrant, les officiers se turent, soulevèrent leurs fourreaux de sabre...

La voix de Polichinelle du vieux guide crépita:

«Vous êtes ici en ce qui constituait le salon de la dernière comtesse de Senin, guillotinée, en 1793, à cause de son amitié pour Marie-Antoinette, reine de France. Elle était très belle. Elle avait beaucoup d’instruction aussi, puisqu’elle réunissait en ce château les grands esprits de l’époque, surtout les philosophes, les musiciens, les peintres... Cette pièce, que vous voyez si délabrée, a contenu les gens les plus fameux de la Régence et du règne de Louis XVI. Ah! si ces pierres pouvaient parler!

--Qu’est-ce que c’est, là?... Ce vieux clavecin... lamentable avec son clavier édenté et ses cordes tordues?...» demanda «La Gazelle», le suave lieutenant de l’oberst.

Le père Laquinte regarda le clavecin, craintivement.

«Ce clavecin?... oh, c’est la légende du château... ou plutôt pas une légende, Vos Excellences, non... une suite de faits mystérieux, oui, mystérieux..., quoique nettement constatés par les gens les plus capables... Voilà: vers 1780, un de vos compatriotes, le chevalier Gluck, vint en France où il fit fureur... La reine Marie-Antoinette le protégea contre les partisans de son rival Piccini... Mais de nobles officiers bavarois connaissent aussi bien que les lettrés français les querelles des Gluckistes et des Piccinistes! Cela appartient à l’histoire de la musique et Munich est la cité de tous les arts!... Or, la comtesse de Senin fit plus encore que la reine pour le chevalier Gluck... Le comte, qui courait les gueuses de Paris et passait ses nuits dans les maisons de jeu du Palais-Royal, laissait sa femme fort libre. Et Gluck rejoignait souvent la comtesse en ce château, dont il devint un familier... Il passait quelquefois deux jours et une nuit en chaise de poste pour être ici quelques heures... Il était épris corps et âme de la comtesse... Il préférait un regard d’elle à ses plus grands succès de compositeur... Des livres marquent même qu’elle fut la seule passion de sa vie et son suprême regret au seuil de la mort... Et ils ne se trompent pas, ces livres, allez!... Nous en sommes sûrs, ici à Senin!... Car, la nuit qui suit chaque anniversaire de la mort de la comtesse, le chevalier Gluck revient ici, en habit de la cour... Oui, Excellences, il revient!... et pas d’erreur, ni d’hallucinations!... C’est bien lui!...»

Le vieillard parlait à voix basse, mais d’une façon intense. L’obscurité, presque totale, était menaçante. De l’angoisse, comme laissée là par autrefois, frissonnait entre les pierres humides...

--Oui, il revient dans cette salle et il joue les motifs préférés de son amie sur ce clavecin qui, alors, se trouve bon comme jadis et qu’à cause de cela personne n’a jamais voulu enlever d’ici... Oh, c’est bien Gluck, allez!... Gluck tel que sur les gravures... Bien des gens, qui ne croyaient pas, l’ont guetté et l’ont vu!... Il est transparent comme de la fumée, mais il n’y a pas à se tromper... Et on entend le clavecin nettement..., de si beaux airs!... Aussi vrai que nous sommes là?... Et tenez, Excellences, c’est justement ce soir l’anniversaire en question!»

Le père Laquinte murmura seulement ces derniers mots.

Dans les ténèbres, maintenant profondes, de la vieille tour, le vent nocturne grondait...

«De la lumière...» ordonna nerveusement l’oberst.

Aux mains de plusieurs officiers, des cônes électriques parurent, projetèrent des ronds pâles sur les pierres.

Et «La Poupée» ajouta:

«Les légendes ont parfois une intéressante part de vérité! Rappelez-vous celle de l’Atlantide, qui semblait une diablerie de nourrice, et qui est devenue une réalité historique!... La ville d’Ys, à la pointe ouest de l’Europe, a parfaitement existé!... Or, nous avons ce soir une occasion superbe d’examiner une curieuse légende... et de faire une politesse à l’auteur génial d’Iphigénie!... Soupons dans cette salle! Notre régiment qui, avant l’entrée à Paris, sert de pivot à une conversion du corps d’armée vers l’est, est ici, jusqu’à demain au moins, bien tranquille... Nous allons attendre Gluck en buvant du champagne... L’ami, trouvez le nécessaire dans le village!...»

Et, se tournant vers «La Gazelle», le commandant bavarois ajouta:

«Cela te plaît ainsi, j’espère, cher Frantz?»

· · ·

Le père Laquinte fit généreusement enfoncer par la soldatesque teutonne les portes des maisons. Il indiqua les meilleures caves, les étables riches. Il divulgua, sans vergogne, les cachettes où les habitants avaient enfoui des objets précieux.

Il fut populaire et obéi...

Tout en organisant le pillage, il faisait apprêter et transporter au sommet du château, un énorme repas pour ces dilettantes bavarois qui voulaient voir Gluck surgir dans les ténèbres de minuit...

... Peu avant cette heure ordinaire aux sorcelleries, en un coin de la grande salle hantée où des lueurs oscillantes de bougies déplaçaient des lambeaux d’ombre, les officiers, gonflés de mangeaille, s’alcoolisaient, tuniques ouvertes, accoudés lourdement.

La brume nocturne entrait, malgré les planches appliquées contre les meurtrières. On avait chassé les oiseaux de nuit. Les pierres suintaient. L’air sentait la cave, le rhum, le cigare et, soudain, le musc, quand, d’un délicat foulard, «La Gazelle» s’essuyait les tempes...

Dehors, l’ombre opaque, humide, s’imposait sur le roulement lointain de la canonnade. D’un clocher, l’heure, à chaque quart, lointaine, illusoire peut-être, montait en vibrant à travers les murailles...

Au village, le régiment était ivre. Depuis les plaines belges il n’avait pas encore trouvé de vins aussi gaillards, d’eaux-de-vie aussi âpres. Ces hommes habitués aux beuveries de bière absorbaient ces alcools français comme du léger liquide munichois. Aussi gisaient-ils pêle-mêle, ronflant, vomissant...

... Le commandant bavarois discourait, les yeux vagues:

«Minuit bientôt, Messieurs... La matérialisation de choix que nous attendons, se produira-t-elle?... Nous sommes persuadés que non, à cause de notre grand sens scientifique... Mais, qui sait?... peut-être!... Ah! on en arrive vite à ces limites de la pensée: peut-être... qui sait!... Rappelez-vous l’adage de ce baroque Hamlet en qui leur Shakespeare incarna l’âme germanique: «Il y a plus de choses au ciel et sur la terre que les philosophes n’en rêvèrent jamais!...» Grâce à ce bonhomme qui louche et à cette attente puérile de Gluck, notre imagination contemple le Versailles de Marie-Antoinette et toute cette époque française qu’il fallait connaître, paraît-il, pour savoir la douceur de vivre... Versailles!... La cour admirable... le Trianon, les bergeries, les menuets au clair de lune, les philosophes, les querelles entre Gluckistes et Piccinistes... Antoinette! «... O toi qui, dans tes mains, portes aussi ta tête, rose et lis transformés en un bouquet de fête, et que sur l’échafaud un ange vient cueillir!...» chanta leur poète, dont l’art et le sang savent cette époque à laquelle nous voici par notre violent rêve... Ah! l’heure est exquise pour nous Bavarois raffinés... Mais à qui devons-nous cette joie intellectuelle?... à la Force!... à nos canons!... Buvons au Kaiser!... Hoch!... Hoch!...»

Mais commandant et officiers esquissèrent seulement, et péniblement, le geste du toast. Ils se sentaient lourds d’une singulière langueur... le corps engourdi et l’esprit anormalement lucide, capables de dialoguer mieux qu’à l’ordinaire, impuissants à tout effort physique... État agréable, après tout...

Dehors, dans les ténèbres, la brume s’épaississait encore. C’était, prématurément, l’horreur des nuits de novembre. Les heurts de la canonnade se percevaient mieux.

L’oberst, la main renversée, petit doigt en l’air, regardait sa montre-bracelet.

«Minuit moins deux...»

Tous les regards se portèrent obliquement vers la silhouette du clavecin hanté, indistincte dans la pénombre...

Il y eut un silence. Les respirations inclinaient les flammes des dernières bougies...

A travers les pierres de la tour, le premier coup de minuit vibra... le second... le neuvième..., le douzième...

Nulle évidence spectrale ne parut en la vieille salle... Rien... rien...

Mais les officiers contemplaient, hébétés, un rêve intérieur...

L’oberst, sans bouger, les paupières lourdes, murmura:

«Décidément, pas de Gluck... pas de Gluck... pas de Gluck... Il n’est qu’une illusion... Mais les illusions ne sont-elles pas des réalités que nous constatons mal!... Où est la vérité?... Qu’est la substance?... L’atome possède-t-il plus qu’une existence hypothétique?... Le percevons-nous?... Problème et encore problème!... Et sans fin... Allons, il faut tout de même nous diriger vers nos cantonnements, en bas... Non qu’une attaque de nuit soit à prévoir, loin de là... Mais nos bougies défaillent, et puisque ce vieux Gluck oublie son amie la comtesse... levons-nous!... et descendons...»

En les officiers l’esprit de discipline luttait contre l’engourdissement. Ils allaient se lever...

Quelques bougies encore moururent en grésillant. Les ténèbres étaient presque complètes...

Soudain, la voix du père Laquinte susurra:

«Écoutez!...»

Une grêle mélodie métallique émanait de l’indécise silhouette du clavecin!... On n’en avait pas perçu les premières notes, mais, maintenant, elle se détachait, faible, claire, répétée par de menus échos...

Hallucination?... Non... il n’y a guère d’hallucinations collectives... Alors?... un mort jouait-il du clavecin, là?... Glacés de peur, les Bavarois sentaient croître encore, et leur bizarre prostration physique, et leur faculté de penser vite, clairement, tumultueusement...

Soudain, une flamme de bougie, s’exaltant clair avant de s’éteindre, projeta quelques vives clartés vers le clavecin: on y vit une silhouette en culotte courte et grand manteau de jadis... Les mains jouaient!...

Elles s’arrêtèrent... La mélodie cessa net, puis reprit, scandaleusement moderne sembla-t-il aux officiers qui voulurent en vain se dresser, protester... mais distinguent-ils le réel du rêve?... Non, puisqu’ils entendent les cordes du clavecin éclater avec un vacarme terrible... Oh oui, les cordes... Ce sont elles qui explosent, elles qui tonnent, qui tonnent...

Ils ne surent même pas qu’ils finissaient de s’endormir!...

· · ·

... Le père Laquinte termina ainsi ses explications au colonel du régiment français qui, si facilement, venait de reprendre Senin-les-Ruines en une attaque de nuit:

«Oui, mon colonel, le jus de pavots dont j’avais arrosé leur mangeaille les a grisés, puis endormis, comme s’ils avaient fumé de l’opium... Un instant, j’ai cru la dose trop faible... mais ma vieille boîte à musique, et moi au clavecin, en culotte cycliste et cape de berger, ont fait l’affaire... Juste à temps, car, après avoir joué le grand air d’Orphée, la serinette se mettait à moudre la valse de Faust! et votre attaque commençait son tapage... Quant aux soldats ils étaient tous fin saouls dans le village, et je savais bien que sans leurs officiers... Comment, mon colonel?... j’aurai la croix d’honneur... moi?... moi?... oh! mon colonel...»

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