‹ Le Cousin de RoseChapitre 4 sur 6 · Scène IV

Scène IV

JACQUES, ROSE rentre.

Rose

Qu’est-ce qu’elle a ?

Jacques

Elle s’ennuyait avec moi. Elle est partie.

Rose

Vous vous êtes disputés.

Jacques

On n’a pas eu le temps.

Rose, jette son oseille dans un seau d’eau, regarde Jacques et hoche la tête, les yeux pleins de larmes.

Tu n’as pas de cœur !

Jacques

Moi ! J’en ai trop. C’est le cœur qui me perdra.

Rose

Tu ricanes toujours.

Jacques

Je ne peux pas pleurer, c’est plus fort que moi.

Rose, se penchant sur sa marmite.

Tu as de la chance !

Jacques

Ah ! Si vous pleurez, vous, au revoir !

Rose

Non, non, c’est la fumée. Tu n’étais donc pas bien chez nous ?

Jacques

Oh ! si.

Rose

Manquais-tu de quelque chose ?

Jacques

Oh ! non.

Rose

Je ne te les prenais pas tout entiers, tes quarante francs.

Jacques, digne.

Il ne faut pas parler de ça !

Rose

Oh ! Je le faisais de mon gré. Je ne réclame rien. Mais pourquoi m’as-tu quittée ?

Jacques

Je ne me rappelle plus.

Rose

Sans une parole ?

Jacques

Àquoi bon se dire des sottises, quand on se quitte ?

Rose

Tu la trouves donc bien, ta Morin ?

Jacques, toujours digne.

Il ne faut plus parler de ça non plus.

Rose

Mieux que moi ?

Jacques

Vous êtes aussi belles l’une que l’autre.

Rose

Tu n’es pas dégoûté ! Une blanchisseuse qui lave le linge de tout le monde.

Jacques

Ne parlons pas de ça, je vous dis !

Rose

Et qui boit !

Jacques

Il fait chaud dans son métier.

Rose

De l’eau de vie comme un homme ! D’ailleurs ce n’est pas une femme !

Jacques

Ce n’est pas un homme non plus.

Rose

Ce n’est rien, voilà ce que c’est !

Jacques

C’est une honnête femme comme vous.

Rose

Comme moi ! Je te conseille… Elle se laissait faire tout de même.

Jacques

C’était pour rire. Ça n’allait pas plus loin.

Rose

Vous n’avez peut-être pas eu le temps, à cause de Morin. Il t’a corrigé, hein ?

Jacques

Ça ne compte pas, et si j’avais voulu rendre.

Rose

Tais-toi. Il t’aurait tué. Maladroit !

Jacques

Parce que j’ai voulu défendre sa femme contre lui.

Rose

Voyez-vous ça ? Monsieur le protecteur !

Jacques

Il voulait la battre. Demandez au père Castel ! Qu’est-ce qu’on pouvait faire de mal devant le père Castel, assis là, sur une chaise. Il venait chercher son linge. Il causait avec Mme Morin et moi. Demandez-lui.

Rose

Bargette ne m’a pas dit ça.

Jacques

Naturellement. Elle rapporte à sa façon.

Rose

Oh ! Je sais bien que c’est une vieille jalouse. Mais quand je te croirais, tôt ou tard Morin vous aurait surpris.

Jacques

Oh ! Si vous raisonnez comme ça !

Rose

Tandis qu’ici, tu n’avais rien à craindre.

Jacques

Ah ! non, Polyte n’est pas dangereux.

Rose

Moi je te pardonne, mais lui, je suis curieuse de savoir ce qu’il dira, en te revoyant.

Jacques

Rien.

Rose

Voudra-t-il seulement qu’on te reçoive ?

Jacques

Vous ne lui demanderez pas la permission.

Rose

On va voir ! C’est délicat !

Jacques

Oh ! je suis tranquille, vous allez bien vous en tirer ! Alors, vous me l’offrez tout de suite, ma soupe ?

Rose

On ne peut pas te laisser mourir de faim dehors. Mais rien que la soupe ; fini le reste.

Jacques

La soupe seulement. C’est ce qui presse le plus ce soir. Fini le reste ! Je le jure.

Rose

Oui ! Tu le jures ! Embrasse-moi d’abord.

Page 1