‹ Le Cousin de RoseChapitre 6 sur 6 · Scène VI

Scène VI

Les mêmes, MORIN

Morin entre ; il a chaud ; effroi de tous.

Morins

Ah ! le voilà ! Écoute ! Jacques ! Je te cherche depuis une heure.

Jacques se jette sous la table.

Polyte, s’interpose.

Voyons, Morin ! Chez moi ! Attends-le au moins dans la rue.

Morin, riant.

Il se trompe. Vous vous trompez ! Je ne viens pas pour lui faire du mal ! Au contraire ! J’ai tort, Jacques ! Tout le monde me le dit, ma femme, monsieur le maire, l’adjoint, le père Castel, les amis, vous Polyte, je les crois ; je vous crois. Relève-toi, poltron ! C’est Bargette qui m’avait monté le coup.

Jacques, encore sous la table, menaçant.

Oh ! Celle-là !

Morin

Je te l’abandonne ! Assomme-la, si tu veux ! Ma femme, vexée sous le rapport des gifles, voulait me lâcher et se sauver dans sa famille. Je ne veux pas ! J’y tiens, à ma femme. Je n’ai que celle-là ! Puisque je reconnais que j’avais tort ; elle m’a dit : “ Va d’abord faire tes excuses à Jacques. ” Je viens. Me voici. Je m’emballe, mais je ne suis pas têtu. Sors donc de ta niche, grand lâche ! Une poignée de main, Jacques.

Jacques

Sérieusement ?

Morin

Je te jure.

Polyte

Allons ! Jacques ! pas de rancune.

jacques, se redressant.

C’est que… (Il se frotte.)

Morin

Je t’ai donné des coups, tu m’en as rendu. Nous sommes quittes. Tapant, tapant.

Jacques

Vous tapez trop dur.

Morin

Oh ! ça ne compte pas. Si c’était sérieux ! Si je te pinçais pour de vrai, je ne dis pas non. Oh ! je te surveillerai ; prends garde ! Mais hier soir, je faisais fausse route. La main, Jacques !

Jacques

Voilà.

Morin, le redresse tout à fait.

Et rentrons !

Jacques

Comment ?

Morin

Oui, chez nous, chez moi.

Jacques

Ah ! non.

Morin

Ah ! si. Je viens te chercher et je t’emmène. Ma femme nous attend. Puisque c’est passé et que nous n’en reparlerons plus ! Si je rentrais seul, elle me fermerait la porte au nez. Arrive ! Arrive ! (Il entraîne Jacques par le bras.)

Polyte

Toi qui voulais le tuer !

Morin

On change d’idée ! — Hep ! Jacques.

Rose

Rien ne vous presse, demain, s’il veut…

Morin

Son assiette est mise, la soupe refroidit sur la table.

Rose

Il l’a déjà mangée avec nous.

Morin.

Il la remangera. Dépêche-toi, Jacques.

Jacques.

Dépêche ! Dépêche ! Je suis bien libre !

Rose.

C’est à lui de décider.

Polyte.

Oui, décide toi-même.

Jacques.

Ça vaut bien que je réfléchisse.

Rose.

J’espère, Jacques !… Ça serait un affront.

Morin.

C’est tout réfléchi ou je me fâche. Faut-il que je te ramène par l’oreille, que je cogne ? (Il lui flatte la joue.) Sois raisonnable et file devant, mon camarade ! (Il le pousse dehors.)

Rose.

Ce n’est pas gentil du tout !

Morin.

Excusez-moi, Rose. Excuse-moi, Polyte. Ma femme ficherait le camp, dans son pays, à quarante kilomètres ! Et il faudrait courir après !

Polyte.

Ça n’en finirait plus !

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