‹ Le crime de LachineChapitre 22 sur 31 · Chapitre 14 Un affreux mystère

Chapitre 14 Un affreux mystère

...entoure la mort d’un individu trouvé horriblement mutilé sur la voie du Grand-Tronc près de Brockville. – Est-ce un suicide ou un accident ? – On ne peut établir l’identité du malheureux.

On croit avoir retrouvé le cadavre de Maurice Gauthier, le meurtrier de Lachine.

« Brockville. – L’émoi le plus intense a été créé aujourd’hui à Brockville par la nouvelle qu’un cadavre humain avait été trouvé sur la voie du Grand Tronc, non loin de la gare.

« Vers 3 heures 30 ou 4 heures du matin, l’agent du Grand Tronc, M. Johnson, faisait son inspection habituelle, lorsque, rendu à quelques arpents de la gare, ses yeux tombèrent sur des lambeaux de chair humaine éparpillés au long de la voie, à quelques pieds en dehors des rails. À un quart de mille plus loin, il trouva un cadavre mutilé, d’aspect indescriptible. Ce qui restait du tronc n’était plus qu’un amas informe et sanguinolent de chairs aplaties, hachées, broyées, écrabouillées… Les traits de la figure se perdaient dans l’horrible bouillie des muscles écrasés, moulus. Du sang caillé salissait le sol, de chaque côté de la voie, et des morceaux de chair pantelante, étirés en minces lambeaux étaient dispersés par-ci par-là. On ne distinguait plus les habits, confondus au corps, masse hideuse, où la cervelle avait coulé du crâne défoncé, que recouvrait une épaisse couche de sang figé et où se voyaient de grandes taches violâtres.

« Saisi d’horreur à ce spectacle, M. Johnson revint à la gare et fit prévenir par téléphone le coroner Me Diammond.

« Celui-ci télégraphia à Montréal, pour faire examiner les roues de tous les trains arrivés à la gare Bonaventure pendant la nuit. Ces recherches n’ont abouti à rien. Aucune trace n’indiqua si l’inconnu dont on avait trouvé le corps à Brockville avait été tué par l’un de ces convois. Tous les mécaniciens et chefs de trains, interrogés à ce sujet, n’ont pu rien révéler.

« La police, d’après certains détails connus d’elle seule jusqu’ici, a acquis la quasi-certitude que le cadavre trouvé à Brockville est celui du meurtrier de Lachine, Maurice Gauthier, que les agents recherchaient vainement depuis le soir du crime. On suppose que le malheureux, pris soudainement de désespoir, bourrelé de remords et certain de tomber d’un moment à l’autre entre les mains de la police, se serait suicidé en se faisant écraser par un convoi afin d’échapper au châtiment qui l’attendait.

« À l’hôpital, la victime du drame de Lachine est toujours entre la vie et la mort. »

Deux mois après, toute cette affaire était chose du passé pour le public.

Les morts s’oublient si vite ! et tout le monde savait maintenant que Maurice Gauthier était mort à Brockville, écrasé par les chars.

La grande presse parlait d’autre chose, car le dénouement était aujourd’hui connu de cette lamentable tragédie qui, hélas ! ne finissait pas – comme les ordinaires mélos – par le meilleur des événements dans le meilleur des mondes.

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