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Pardonnez-moi, vous tous que je vais accuser, ces peines que je dévoilerai sont aussi les miennes.
Il importe que je touche les cœurs et que j’atteigne les consciences.
Je ne suis qu’une ignorante, je ne connais que l’évidence. Mais c’est aux simples de parler quand les plus savants négligent de le faire.
Un être, rendu au silence par la maladie, s’est avisé que ce qu’il avait écouté jusqu’alors n’était que du vent, n’était que le vide. Ces voix, que l’on entend dans la solitude, la souffrance et le malheur, je les ai entendues. Car je suis venue sur la terre pour comprendre et non pour juger. Mais je jugerai ceux qui jugent…
Celle qui est sortie de la danse, pion tombé hors du jeu, celle qui a retrouvé, dans la servitude du corps, la liberté de son cœur, parce qu’elle ne possède plus rien des joyaux de la vie (ce qui est douceur, chaleur, exaltation et fierté pour le corps lui a été retiré), celle-là ose parler. Mais sa faible voix portera-t-elle ?
Ma faiblesse même me fait échapper à toute vindicte. On ne saurait tuer à nouveau ce qui est déjà tué. Que peuvent les sarcasmes contre celle qui ne les comprend plus, qui est morte au ridicule ?
En me retournant vers cette salle des fêtes de la vie et de l’intelligence, je l’ai vue toute en flammes. Ceux que je quittais, ceux qui pensent comme ceux qui dorment, j’ai compris qu’ils avaient une folie commune avec la mienne.
Cette folie nous dévore. Dans nos corps incendiés, notre raison se trouble. Ceux qui brûlent peuvent-ils entendre ma conjuration ?…