‹ Le CrimeChapitre 3 sur 28 · 03

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Nés de l’homme et de la femme, et non d’une oie et d’un jars, nous avons derrière nous des colonnes d’aïeux, leur témoignage et leur mystère, Comment échapper aux hérédités de notre Espèce ? Nous sommes des hérédos.

Mais par lâcheté nous camouflons le mal de notre race. Il y a toutes sortes d’hôpitaux pour toutes sortes de maux, sauf pour la syphilis.

Chez l’homme blanc, le mal se porte sur les points les plus menacés, les centres nerveux surmenés et affaiblis. Il fait des fous, des demi-fous, des quarts de fous, les détraqués, les obsédés, et jusqu’à ces malheureux qui ne supportent même plus d’être contredits !

Cependant, on parlait de ce mal dans la Bible et chez Rabelais et chez Montaigne. Et le simple « Candide » était mieux renseigné que nous. Si chargé de plaies que soit un corps, la nudité de l’âme le dépassera toujours en horreur !

Stupides que nous sommes, nous confondons la maladie et l’infamie que nous tâchons de dissimuler toutes les deux. Nous n’admettons que « la longue et douloureuse maladie » à laquelle succombent tous ceux d’entre nous qui ne meurent pas subitement ou d’accident.

Le grand malade, ce pesteux, est jeté à la mer. La nature de son mal, on la cachera. Nous ne saurons pas qu’il fut héroïque pour la dernière et peut-être pour la première fois ! Avant de fermer les yeux, il est déjà mort au monde. Il pourrait dire, comme au jardin des Oliviers, si sa bouche n’était séchée : « Aucun de vous n’a veillé avec moi ».

De ses derniers combats avec les puissances des ténèbres, on ne saura rien.

C’est derrière le corbillard que tout le monde se retrouve…

S’il est demandé peu de contrainte à l’homme valide, toute vaillance est exigée du malade qui doit cacher ses plaies, rire avec ceux qui rient, et ne pas se plaindre de peur de nous importuner. On exige de lui une patience à toute épreuve ! Mais si l’état de rébellion tue à petit feu, l’exercice de la patience use son homme à la longue : on ne se passe pas impunément d’allégresse. Il faut des forces même pour souffrir !

Ce n’est pas sans motif que le malade s’appelle aussi un patient !

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