‹ Le CrimeChapitre 20 sur 28 · 20

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L’hypocrisie a élevé cette forteresse contre laquelle nous ensanglantons nos fronts et cassons nos ongles. Nous recouvrons nos ordures comme les chats…

Que s’il n’y avait pas de consultations d’indigents, il n’y aurait pas de syphilitiques et d’hérédos car, à partir d’une certaine fortune, personne n’accepte plus de l’être et ne supporterait que ses parents l’aient été. Notre bêtise est en fonction de notre orgueil. « Qui veut se dire hérédo ? » (et nous le sommes tous), personne ne se lève.

Cependant, nés de l’homme et de la femme, et non d’un jars et d’une oie, toutes nos colonnes d’aïeux s’élevant derrière nous, comment nous flatter d’échapper aux maux de l’espèce humaine ? de n’être point des hérédos ! Nous aimons mieux choisir d’être des imbéciles. L’hérédo, cela est bon pour le prochain, comme la misère et la mort… cependant la mort est en « venant »…

Il n’y a que les pauvres que l’on puisse convaincre. Encore, se cachent-ils plutôt que de fréquenter les formations cliniques de leur quartier ; ils vont plus loin, comme pour un mauvais coup, se faire soigner…

Nos ancêtres qui s’éclairaient à la chandelle y voyaient plus clair et ils étaient plus spirituels que nous. Ils ne cherchaient pas à renier le mal de la race quand ils le trouvaient dans leur part d’héritage. S’ils le gagnaient eux-mêmes, ils en parlaient avec alacrité, sachant bien que telle chose ne se vole pas et ne peut passer pour un larcin. Nous autres, qui saurions soigner notre vieux mal, nous n’osons plus dire son nom. Et nous feignons de ne pas savoir la genèse des sadiques, des dégénérés, des alcooliques, des neurasthéniques qui ne peuvent se rassasier qu’avec des nourritures malsaines, que le poison seul désaltère, dont les sens et les organes surexcités exigent le feu qui les dévorera. Il leur faut donc cogner, assassiner, violer…

Notre hypocrisie a retourné la proposition. Cependant, ne nous y trompons pas. Les hérédos deviennent des alcooliques qui engendrent d’autres hérédos, des assassins, des sadiques. Puisque le mal déforme, oblitère, détourne, atrophie et empoisonne nos sentiments comme nos sensations.

Un « petit verre » éjouit l’homme sain et lui donne à la fois un heureux oubli et une pointe de confiance. Le misérable hérédo veut aussi jouir et oublier (et ce serait son droit) mais avant le dixième petit verre (son gosier et son palais atrophiés n’ont senti passer que de l’eau), avant le dixième petit verre qui le laisse pis que saoul, empoisonné, prêt à massacrer.

Le sourire de la femme fait luire pour l’homme sain un soleil d’amour et son cœur se fond d’heureuse tendresse devant un petit enfant. De tels trésors ne sont pas pour le misérable fou. Il lui faut de la cruauté pour rassasier la bête qui le possède, l’étouffe et l’aveugle et qui lui retire le sommeil. Alors, il tue, il viole… pour respirer enfin et dormir ! C’est ce qu’on appelle des sadiques que nous devrions recouvrir avec pitié de notre propre manteau. Nous en rions, ou bien nous les emprisonnons et nous les tuons, mais notre charité ne va pas jusqu’à les soigner. Les mêmes causes qui s’attaquent à la procréation engendrent la folie comme la prostitution et l’alcoolisme.

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