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On peut jouer et plaisanter (et c’est assez inexplicable) avec sa propre mort, mais non pas sans être criminel, avec la mort des autres.
Ne voulant pas convenir de notre folie, nous méprisons les leçons de l’Expérience. Nous préférons nous en remettre au hasard. Un jour chasse l’autre devant nos mémoires de lièvres.
Pour n’avoir pas tenu compte du passé qui répond si souvent du présent, ni de la menace physique pas
plus dans le domaine médical que dans l’exercice de la justice, nous devenons criminels envers les autres… et envers nous-mêmes.
En quoi que ce soit, nous ne nous tenons plus pour responsables… Hélas !
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… Sérieux et travailleur, le cultivateur était cependant un nerveux et à la suite de nombreuses crises, il avait été décidé qu’il serait interné quelque temps. Hélas ! la décision avait été ajournée…
… Donc sitôt levé, Muraillon se saisit d’un rondin et revint au lit où dormaient sa femme et son fils Maurice. Levant la bûche, il frappa plusieurs fois sur la tête de sa femme qui, tuée sur le coup, ne fit pas un mouvement.
« S’approchant alors de son fils, le cultivateur l’assomma à son tour. Puis revenant vers le milieu de la pièce, il s’empara d’un couteau de cuisine, et toujours armée de sa bûche, il se dirigea vers les deux autres lits où les enfants dormaient. Tour à tour, il assomma Anne-Marie, Jeanne et Madeleine, leur trancha littéralement la gorge et mutila leur corps à coups de couteau…
… Maîtrisé, un peu plus tard, la voiture de l’hospice prévenue l’emmenait vers l’asile départemental… »
(Les journaux).
L’œuvre du fou est achevée, une mère réunie à ses petits dans un même massacre et un pauvre misérable recouvrant un seul instant de raison pour crier : « Achevez-moi. » Notre maudite et imprévoyante société n’a pas protégé la faiblesse de ses membres innocents, elle n’a pas gardé le fou contre lui-même. Pour les maisons prédémentielles, aussi urgentes que les autres hôpitaux on ne trouve pas de crédits…
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La fin de Paul Ughetto carbonisé dans la grange qu’il occupait : « … Après avoir assassiné sept personnes, le monstrueux dément avait échappé aux recherches des gendarmes et des villageois terrorisés…
« Enfin, cerné dans une grange où il s’est endormi, ses fusils à côté de lui, on y met le feu. Quelques instants après le mas brûlait.
« On entendit bientôt trois détonations, puis plus rien. Et quand, plus tard, les gendarmes s’aventurèrent dans les décombres fumants, ils trouvèrent carbonisé le cadavre de Paul Ughetto…
… Fils d’un fou… ce jeune homme ne semblait nullement marqué de cette hérédité, si ce n’est qu’il avait l’habitude de boire outre mesure. Son père mettait un jour sa femme en joue avec son fusil. Celle-ci obtura de sa main le canon du fusil pour empêcher son mari de la tuer. Mais Yoro pressa sur la détente et le coup en partant coupa trois doigts de la main de la malheureuse. Nullement ému, Yoro exhibait le soir dans les estaminets du village les doigts ainsi mutilés en se vantant de son acte cruel.
« On comprend qu’un garçon sur lequel pèse une si lourde hérédité, dont le père fut un si tragique individu, que la mort vint chercher dans un cabanon d’aliénés, commette les actes pour lesquels aujourd’hui le recherche toute une population.
(Les journaux).
Cependant contre le jeune monstre-né, on ne garda pas le pauvre monde, et on ne le garda pas non plus contre lui-même.
La société de 1936 est responsable de sept morts d’innocents et elle finit par brûler vif son misérable fou !
Cependant l’Idiot et le Sadique, comme le fou du village, restent de fondation. Et l’enfant-vacher comme la petite bergère tremblent à voir apparaître dans la solitude des pacages ces loups ravisseurs, qui n’en veulent pas au troupeau, mais à l’innocent berger…
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« Près de M..., après une fugue, une neurasthénique rentre au foyer tenant dans ses bras le cadavre de son petit-fils. »
… Madame C… manifestait depuis quelque temps une mélancolie tenace, la neurasthénie la minait lentement et remèdes pas plus que distractions ne pouvaient venir à bout de cette longue maladie.
(Les journaux).
Mais la neurasthénie, qui est au moins une maladie, nous achemine vers la démence et doit être portée au compte de nos charges héréditaires.
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Dans un taudis qui n’est autre qu’une vieille voiture de déménagement, un ivrogne terrorise ses six enfants. Si leurs cris alertent trop les voisins, la tête des enfants est plongée dans un baquet d’eau jusqu’à ce que la respiration leur manque. En plein hiver, le père a pu envoyer coucher dehors, derrière le mur du jardin, les deux enfants meurtris flanqués d’une mère ivre-morte. Les voisins qui, finalement les recueillent, ne sont jamais sans craindre les représailles…
Et, maigres, souffrant de la saleté et de la faim, couverts de vermine, les pauvres gosses doivent se débrouiller s’ils veulent manger.
(Les journaux).
On attend… des cadavres d’enfants avant que de soigner ces monstres de folie : l’homme et la femme…
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Tandis qu’à V…, une mégère assouvit sa folie sur ses quatre enfants… On la vit certain après-midi saisir son aînée, la jeter à terre et la frapper sur la tête avec un pique-feu. Une autre fois, on la vit traîner par les cheveux une de ses petites filles sur un parcours de plus de 50 mètres. Elle s’arrêtait de temps en temps pour lui marteler la tête à coups de poings tout en l’invectivant de mots orduriers…
(Les journaux).
Et ces enfants ne sont pas protégés et cette femme n’est pas protégée contre elle-même et ligottée…
Notre crime envers l’enfant commence avant sa naissance. Sa conception est laissée au hasard des accouplements ! Nous manquons à notre premier devoir… la prénatalité n’est pas surveillée, on l’abandonne à des ignorants, à des fous…
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Les journaux : « L’adjudant B. est gracié. »
L’adjudant du génie B. qui, le 20 juin 1935, au cours d’une crise de fureur alcoolique massacra pendant leur sommeil sa femme, son fils et sa belle-mère à coups de marteau et de hache, avait été, pour ce triple crime, condamné à mort le 10 juillet 1936. Tout le monde s’attendait à son exécution prochaine.
… Son avocat s’est rendu à la prison où il a annoncé à B. qui a accueilli sans joie et avec une parfaite indifférence la nouvelle qui fit sensation ici…
(Les journaux).
Si le misérable B. n’était pas responsable en 1935, ainsi que le fait présumer la grâce qu’il obtient en 1936, pourquoi l’avoir condamné ? malgré les efforts de la défense qui fit état (et le Président Richard l’a rappelé) que sa grand’mère comparut en 1885 en Cour d’Assises pour avoir empoisonné son propre père et tenté de faire subir le même sort à son mari et à ses enfants avec la complicité d’un amant ! Cette même grand’mère l’éleva, ses parents étant morts très jeunes… on ne dit pas de quelle mort.
C’est que le médecin-légiste a été entendu seul, hostile qu’il était à l’expertise contradictoire de médecine légale…
Mais il n’y a pas de médecine légale… il y a la médecine et la justice et il y a un malheureux dont il faut chercher les mobiles… qu’il ne connaît pas lui-même… Celui qu’un tel sang avait nourri et sur qui plane l’ombre d’un tel passé, était comme désigné pour faire des victimes, à moins que la Société ne le veille et ne le soigne comme un des siens les plus malades…
Lardées de 90 coups de couteau précédés d’un nombre presque égal de coup de hachette et de fer à repasser, trois innocentes victimes : deux femmes, un enfant, crient vengeance… et ce n’est pas contre leur meurtrier !