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Qu’allons-nous faire de nos vieux, de ces vieux couples blanchis et fragiles, friables comme du biscuit, qui vont, s’appuyant si étroitement qu’on ne sait lequel des deux soutient l’autre ? Ces deux faiblesses ne font pas une force. Rien n’est prévu pour ceux qui furent des petites-payes dans notre siècle de progrès, s’ils ne deviennent des mendiants.
Parmi d’autres injustices, ils doivent aller mendier eux-mêmes leurs allocations. Mais la mairie est toujours au diable. Ils s’y rendent de leurs pieds, faiblards ankylosés, ils y mettront le temps… et le savent. Ainsi que pour un long voyage, ils partent de bon matin, à la fraîche. Obscurément, ils se sentent cassables et ne prennent pas les transports en commun, de crainte, dans la presse et les bousculades, qu’on ne les retire de sous le véhicule comme des peaux de lapin.
Quand ils arrivent enfin, recrus, affamés, foireux…, l’heure est passée, ils trouvent le guichet fermé… Ils devront revenir… et on ne leur donnera pas en même temps l’allocation de pain… de charbon… de logement. Cependant ils ont élevé de la marmaille et chacun, pris à part, n’était pas plus mauvais qu’un autre !
Si on les servait à domicile, ça ferait tout de suite une affaire de cinq cents francs… pour des budgets communaux qui se ruinent en embellissements.
Nous avons si bien rogné les petites rentes de nos vieux que nous leur laissons tout juste de quoi acheter un boisseau de charbonnette pour allumer leur réchaud… une dernière fois.