‹ Le Démon du malChapitre 9 sur 9 · 08

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Roland erra pendant un bon moment sans savoir où aller, poursuivi par ses pensées furieuses.

Sa déchéance lui était intolérable. Il était de ceux qui sont intransigeants sur le chapitre de l’honneur et ne peuvent supporter l’idée d’un avilissement. Loin de chercher des excuses — et n’en n’avait-il pas ? — à sa conduite, il s’en exagérait l’infamie.

— Ah ! cette boue, cette boue !… se répétait-il. Moi, Roland de Grandcourt, m’être abaissé à cette ignominie, être devenu le rival de mon père, l’amant de cette femme odieuse et vite ! Je ne puis survivre à cette honte. La mort seule peut me laver de cette souillure !…

La pensée du suicide s’imposa à lui comme la seule évasion possible. Il ne pouvait continuer à vivre avec ce dégoût de lui-même, avec ce souvenir.

Il fallait exécuter ce dessein immédiatement, sans retourner chez lui de peur que la vue de sa mère ne lui ôtât tout courage. Sa mère ! Cette pensée le fit faiblir. N’avait-elle pas déjà assez souffert ? Allait-il lui causer cette peine atroce, la plonger à jamais dans le désespoir ? Comme elle allait être déchirée ! Mais ne le serait-elle pas autant de le savoir déchu, elle qui était si fière de lui ?

Et Geneviève ? Elle aussi souffrirait cruellement. Mais aurait-il pu vivre auprès d’elle sans lui dire la vérité, sans lui avouer qu’il l’avait trahie, lui apprendre à quel point il avait démérité d’elle ? Non, sa loyauté s’y opposait. D’ailleurs elle-même se serait aperçue de sa souffrance et de sa honte.

Allons ! Il ne fallait plus s’abandonner à ces lâches hésitations. Il fallait avoir le courage du geste qui délivre, qui purifie.

Il lui restait à choisir le genre de son suicide. Il regretta Son revolver. Il en eût bien acheté un mais il fallait se rendre dans la ville, et il ne pouvait supporter la pensée du bruit de la foule. D’ailleurs il avait hâte d’en finir. Où serait-il mieux que là, dans ce coin tranquille ?

La pensée de se jeter sous une voiture lui vint, mais outre que les véhicules ne passaient pas souvent, à mains d’aller assez loin, il était possible qu’il se manquât, qu’il ne mourût pas complètement, qu’il restât à jamais infirme. Non ! Il fallait trouver quelque chose de sûr et d’expéditif.

Il connaissait un genre de suicide qui lui semblait acceptable : une petite section au poignet, d’une artère. Il se souvenait d’avoir entendu dire, par un médecin, que c’était un genre de mort qui ne manquait pas d’agrément ! Il n’avait pas de couteau, mais ne trouverait-il pas un quelconque morceau de verre ?

Il se mit à chercher, et trouva bientôt ce qu’il lui fallait : un tesson de bouteille assez épais.

Alors il chercha dans son portefeuille. Il voulait adresser quelques mots à sa mère. Sur une feuille blanche il écrivit :

« Ma petite maman, pardonne-moi, il m’était impossible de continuer à vivre.

« Je ne suis qu’un misérable, un lâche, je me fais horreur. Si tu savais… Mère chérie ne pleure pas ! Sois heureuse avec père, aime-le bien, je t’embrasse une dernière fois.

« Roland. »

« P.-S. — Dis à Geneviève de me pardonner elle aussi. Je l’aimais, mais je n’étais plus digne d’elle. Qu’elle ne me regrette pas et qu’elle se console. »

Voilà ! Il n’avait plus qu’à mourir. Il se mit à l’abri de tous les regards, derrière un arbre énorme. Il chercha l’artère radiale et, d’un geste ferme, appuya le verre tranchant. Il ne souffrit même pas et regarda en souriant son sang qui coulait. Comme ça avait été simple, mais il ne pouvait s’imaginer que la mort viendrait, lorsque tout son sang se serait écoulé. Tout s’était apaisé dans son âme, il se sentait déjà purifié. Comme c’est peu de chose de mourir ! Bientôt ses forces s’épuisèrent, il dut s’asseoir, une large flaque de sang tachaient le sol. Et il se sentait heureux, heureux comme il ne l’avait jamais été. Tout à coup, il éprouva un étourdissement, tout tourna autour de lui :

— Adieu, la vie !… murmura-t-il.

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