2 · LA COMTESSE
Voilà, certes, un joli petit Monsieur !
LA MARQUISE, lisant.
« Le troisieme personnage allait pendant ce tems-là chercher main forte. Bref, M. l’Abbé a été saisi, lié et jetté dans un fiacre, pour être conduit en prison. Je me trouvais par hasard dans le quartier, tandis que tout cela se passait ; je m’étais donc mêlé parmi la foule, et j’avais tout appris. Comme j’entendais dire que le prisonnier était tombé dans une espece de délire, et vomissait, avec mille imprécations, des atrocités qui pouvaient compromettre nombre d’honnêtes gens, j’ai profité des relations que je me trouve avoir avec quelques-uns de ceux qui le conduisaient, et j’ai suivi…»
LA COMTESSE, interrompant.
M. Bricon est bien faufilé, ce me semble !
LA MARQUISE, lisant.
« M. Boujaron s’est enfin évanoui dans le fiacre : cet état ayant rendu nécessaire qu’on lui fît boire quelque chose, je me suis mêlé, avec beaucoup d’autres, de ce service ; et pour en rendre un bien plus important à tous les intéressés, aussi bien qu’au criminel, lui-même, j’ai mis subtilement quelque drogue dans la boisson… Il vient d’expirer. — Comme ce breuvage a passé par plusieurs mains, je ne pense pas qu’on me soupçonne plutôt qu’un autre, ni même qu’on recherche l’auteur de ce salutaire attentat ; mais comme tout peut se découvrir, je crois nécessaire, Madame, de m’éloigner pour quelque tems ; et pour cela, je vous prie de m’aider de votre secours, auquel j’ai d’autant plus de droit que le nom de M. le Marquis et le vôtre ont été le signal du juste ressentiment qui m’a fait violer les droits sacrés de la Nature et de l’amitié. Vous allez, me sauver ou me perdre… Craignez de mal choisir… J’ai, etc. » Craignez de mal choisir ! cela est souligné ! une menace ! Que pensez-vous de tout cela ?
LA COMTESSE.
En premier lieu, qu’il est très-heureux pour tout le monde que le monstrueux Napolitain ne vive plus… Ensuite…
LA MARQUISE.
Que M. Bricon ne lui cede guere en scélératesse ?
LA COMTESSE.
Je ne sais s’il ne le surpasse pas encore. L’Abbé n’était qu’un effréné, perdu de luxure ; sans politique ; méritant mieux, avant son dernier excès, Bicêtre que l’échafaud. Mais Bricon ! c’est un grand faiseur, au moins…
LA MARQUISE.
Tout cela est horrible ! je suis glacée d’effroi.
LA COMTESSE.
C’est l’affaire du moment. Au fond, nous gagnons toutes deux beaucoup à cette catastrophe. Où nous aurait pu mener par la suite la fréquentation de ces deux scélérats !
LA MARQUISE.
Dorénavant je vais bien éplucher mes connaissances.
LA COMTESSE.
Par bonheur pour la société, les Bricon et les Boujaron sont rares. Mais qui pourrait se flatter de ne point voir de roués ?
LA MARQUISE.
Il est vrai qu’on est, aujourd’hui, diabolique !
LA COMTESSE.
Il faut entendre Sourcillac, parfait honnête homme, (je lui dois cette justice) mais plein d’humeur ; il faut l’entendre faire le procès de la génération actuelle. Il prétend que, sous les plus charmans vernis du monde, nos contemporains cachent un degré de scélératesse et d’infamie, dont les siecles les plus corrompus n’ont point fourni d’exemples. Aussi ses diatribes éternelles me causent-elles un ennui !…
LA MARQUISE.
Vous êtes trop bonne. Veuve, jeune et jolie, que faites-vous de ce radoteur ?
LA COMTESSE.
Ce que j’en fais, vraiment ? Un excellent contrat de vingt mille livres de rente, au moins, que je coûte par an au sire au petit pied. Feu le Comte, fort bon diable, précieux tapeur, Dieu lui fasse paix, ne m’a presque rien laissé. Sourcillac, son parent, ou qui veut avoir l’honneur de l’être, s’est offert à sa mort pour gouverner mes affaires. Il est fort riche ; il administre supérieurement bien quelques milliers de francs de revenu dont je fus héritiere, et mange avec moi tout le sien…
LA MARQUISE.
Voilà des motifs. Mais cet homme hétéroclite a-t-il du moins de beaux côtés ?
LA COMTESSE.
Il a d’abord l’attention de ne m’importuner de ses flammes amoureuses qu’une ou deux fois par semaine, car il s’est usé tout comme un autre, en ayant pourtant la manie de raisonner de tout philosophiquement, et d’éviter les excès. Il a de plus beaucoup d’usage du monde, un bon cœur, des manieres nobles, infiniment de connaissances et d’esprit, mais d’un esprit par malheur bizarre, et par fois un peu faux, qui lui fait un grand tort, et le rend quelquefois incommode. Sourcillac fera de profonds calculs sur des points mal vus du premier coup d’œil. Comment le trouvez-vous, par exemple, quand il se désole de ce que je n’ai point de tempérament ?
LA MARQUISE.
Est-il bien possible qu’il se méprenne assez…
LA COMTESSE.
C’est une de ses bévues. Bien persuadé que je l’adore, il ne me juge capable que de sentimens. Toutes mes connaissances ont de la peine à ne pas lui rire au nez, quand il se plaint de mon insensibilité physique, et les excite à me monter un peu la tête.
LA MARQUISE.
La drôle de folie !
LA COMTESSE.
Autre sottise bien favorable à mes lubriques inclinations. Mon fier tuteur ne conçoit pas qu’un homme de rien, un être en servitude, (c’est ainsi qu’il définit nos gens) puisse jamais intéresser une femme d’un état noble. Il croit que la disproportion du rang suffit pour empêcher tout personnage vulgaire d’élever ses vues jusqu’à moi. Je me fais donc habiller, déshabiller, mettre au bain, essuyer, frotter, nue comme la main, devant lui, ou sans lui, n’importe ; il est incapable, à cet égard, du moindre soupçon jaloux. L’autre jour, tandis qu’il lisait la gazette près de ma croisée, Zamor, sous prétexte de me passer ma chemise, m’enfilait, nue, dans mon alcôve…
LA MARQUISE.
Zamor ! ce superbe negre qu’il a payé si cher pour vous l’offrir ?… il vous a ?
LA COMTESSE, froidement.
Ou je l’ai ; comme il vous plaira : fort à votre service, si vous pouvez en être tentée… Parlez ?
LA MARQUISE.
Un negre, ma chere ! y pensez-vous ? Et s’il arrivait qu’on devînt grosse ?
LA COMTESSE.
On ferait un petit mulâtre, cela est clair. — Sourcillac donc était assistant ; il me prit une idée bien folle ! Tu sais que souvent il m’appelle Minette ?
LA MARQUISE.
Eh Bien ?
LA COMTESSE.
Au fort du travail du vigoureux Zamor, je prends la liberté d’interrompre la lecture du Courrier, et dis : « À propos, mon ami ? » Zamor effrayé, de vouloir s’ôter et de battre en retraite : mais je l’enlace, le presse, et lui fais sentir que j’entends qu’il reste là.
LA MARQUISE.
Vous aviez donc perdu l’esprit ?
LA COMTESSE.
Un moment. — « Que veut ma Minette ? » (me répond-on bien gracieusement.) — Justement, mon bon ami, je voulais te prier de ne plus m’appeller Minette, parce que cette nuit j’ai rêvé que j’avais couru les toits, et qu’un gros matou, couleur d’ébene, m’avait violée : je me suis éveillée mourant de peur, et me disant qu’infailliblement j’allais mettre au monde une demi-douzaine de chats d’Espagne. — Rien de plus original ! s’est écrié le bon Sourcillac (riant comme un fou, et laissant aller par la fenêtre sa gazette qui lui échappait des mains,) je veux conter ce drôle de rêve à tous nos amis. — Et lui de rire… rire !… — Cette duperie, mon cœur, avait quelque chose de si piquant pour moi, que jamais passade de cette espece ne me fit autant de plaisir : il semblait que Zamor lui-même y entendait finesse ; il se surpassa… Croyez-vous qu’on soit fort malheureuse de vivre avec un homme qui n’a que de semblables travers, et un peu sa rude écorce contre lui ?
LA MARQUISE.
Je vous en fais compliment : mon cher époux ne ressemble guere à votre tuteur. Le Marquis n’est point généreux ; pas trop bien élevé ; sans culture ainsi que sans esprit naturel ; il n’a qu’une bonne qualité, c’est d’être faible, et de ne pouvoir m’arracher l’empire que souvent il me conteste. Très-soigneux à s’emparer de tout, quoique tout m’appartienne, il me laisse en revanche le voler autant qu’il me plaît. Si quelquefois sa vilainie me réduit aux expédiens, il ne s’agit que d’ajouter un brin à l’aigrette conjugale…
LA COMTESSE.
Oui : mais il ne faut pas se frotter à des parieurs gascons.
LA MARQUISE, souriant.
Il y a des gens de meilleure composition : Paris ne manque pas de Dupeville. — Comme M. le Marquis a la plus mauvaise opinion des femmes, et qu’il ne croit pas qu’aucune résiste à ces deux forces, l’occasion et l’argent, je justifie pleinement ce systême et leur cede toujours. — Mais d’où savez-vous déja mon aventure d’hier ? Qui vous a fourni la matiere de l’épigramme dont vous venez de me couper la parole ?
LA COMTESSE.
Tout simplement la grosse Conbannal, témoin hier de la gageure, et chez qui le brave Chevalier a déjeûné, m’a conté la chose dans sa voiture en m’amenant au Palais-Royal. J’étais au fait de tout, quand nous nous sommes rencontrées. — J’ai manqué le gascon de quatre minutes chez ma voisine, qui m’a assurée que, malgré sa nuit et deux politesses encore dont il venait de payer sa tasse de chocolat, elle m’aurait fait bon d’autant, si j’avais eu l’esprit de venir avant qu’il ne l’eût quittée.
LA MARQUISE.
En vérité, je crois cet homme-là capable… de l’impossible…
LA COMTESSE.
C’est pour l’ordre une acquisition sans prix… Il s’y nomme ?
LA MARQUISE.
L’Oreille-d’ours. Sa réception est toute nouvelle. Une dignitaire, qui se trouvait dans sa garnison, l’a envoyé comme un phénomène à Paris… Je suis la premiere qu’il y a sommée.
LA COMTESSE.
Et moi je le somme à la premiere occasion, et si je puis je l’assomme : autant vaut que ce soit moi qu’une autre ; car s’il allait avoir la vogue… Tu sais que nous avons des égrillardes qui n’y vont pas de main-morte ; et qui, lorsqu’elles ont jetté le grapin sur le plus fier tapeur, l’ont bientôt mis à sec ? — Au bout du compte, ce gascon ne peut pas valoir mieux que le beau mousquetaire, connu chez nous sous le nom de Tournesol ? Tu le connais ?
LA MARQUISE.
De vue seulement. — À propos, nous ne le voyons plus aux assemblées ?
LA COMTESSE, riant.
On est sous la remise, ma chere. — Le pauvre diable, n’osant plus faire claquer son fouet à Paris, est allé se mettre au régime dans sa gentilhommiere. Tournesol est un homme submergé : je le lui ai prédit, quoiqu’il se fiât de reparaître incessamment sur l’eau. — Tu n’es pas sans savoir ce qui m’est arrivé avec lui, peu de tems avant son départ ?
LA MARQUISE.
Je sais en gros qu’il te nommait son petit vampire, et rien de plus.
LA COMTESSE.
Ainsi, tu sais que j’ai eu pour lui la plus belle fureur. — Voici notre séance d’adieu. Tournesol, avant mon bail, était un véritable Hercule, ayant d’ailleurs toutes les graces et la galanterie du beau monde de Paris. Après l’avoir eu pendant quelques mois, seule peut-être, ce qui n’était pas un médiocre triomphe pour ma vanité, j’eus la sottise (c’en était une insigne) de trouver mauvais qu’il n’eut plus pour moi la même ardeur. J’aurais dû me dire qu’un homme qu’on a mis sur les dents ne peut plus se ressembler ; mais j’avais l’injustice de le trouver coupable… Je lui reprochais de ne plus m’aimer ; mon goût était toujours dans toute sa force : il eut beau me jurer qu’il était le même pour moi, je lui dis net que lorsqu’on aimait, et que la Nature devenait avare de moyens de donner du plaisir, on n’hésitait pas d’y suppléer par les ressources de l’art…
LA MARQUISE.
L’exiger était cruauté de ta part ; t’obéir eût été faiblesse de la sienne.
LA COMTESSE.
Aussi parut-il s’y refuser : je pressais vainement ; l’amour-propre se mettant de la partie, nous nous dîmes réciproquement des choses assez désobligeantes, et je crus que nous allions être brouillés.
LA MARQUISE.
Tu le méritais, du moins.
LA COMTESSE.
Soit : voici pourtant comment les choses semblerent prendre une tournure plus favorable à mes desirs. Tournesol vint un jour, avec un air assez serein, me dire que, voulant absolument m’ôter tout soupçon qu’il pût me desirer moins, il s’était occupé des moyens de se procurer une vigueur factice, et qu’enfin il avait eu le bonheur de trouver un juif italien, possesseur d’une drogue précieuse, nommée l’immortalita del Cazzo, mais dont il voulait pourtant ne me faire connaître l’excellence que lorsque nous la mettrions ensemble à l’épreuve. Je voulus en savoir davantage. La complaisance de Tournesol, et l’espoir d’une nouvelle moisson de plaisirs, lui valurent, de ma part, mille caresses passionnées. J’étais furieuse de ce qu’il n’avait pas apporté sur-le-champ cette immortalita del Cazzo, dont la moindre propriété (car il fallut bien me les déduire) était de mettre l’homme le plus invalide en état de faire la douce chose deux ou trois fois d’une haleine.
LA MARQUISE, interrompant,
en tirant ses tablettes.
Pardon si j’interromps, ma chere ; mais il faut que j’écrive… l’immortalita del Cazzo.
(Elle a écrit.)
Et le nom du juif, le sais-tu ?
LA COMTESSE, souriant.
Un moment. — Tournesol ajoutait : « Les effets de cet élixir sont si prodigieux que je doute encore de sa vertu. Il y a d’ailleurs des formalités ridicules qui semblent décéler quelque charlatanerie ; et je ne sais si je dois m’exposer à être peut-être pris pour dupe ».
LA MARQUISE.
Tu voulus, bien entendu, savoir quelles étaient ces formalités ?
LA COMTESSE.
Il fallait prendre quelques gouttes de l’élixir en question sur un morceau de sucre, mais au grand air, à cause de sa violence ; après quoi garder dans sa bouche un peu d’eau commune. Bientôt l’effet confortatif se faisait sentir…
LA MARQUISE.
C’est-à-dire, qu’on bandait bien fort ?
LA COMTESSE.
Vous y voilà. Pour lors, on profitait de ces brillantes dispositions, et l’on ne s’arrêtait que quand l’eau qu’on avait dans la bouche devenait brûlante : c’était le moment de reprendre l’air ; nouvelle dose d’élixir ; nouvelle bouchée d’eau ; nouveaux feux ; ainsi de suite, autant qu’on pouvait le vouloir, sans danger d’aucune inflammation, ni d’aucun épuisement.
LA MARQUISE.
La divine drogue ! Eh bien ?
LA COMTESSE.
Il fut résolu que la nuit de ce même jour nous ferions l’essai du merveilleux topique. En conséquence, je suis au lit beaucoup plutôt qu’à l’ordinaire. Tournesol, à qui notre petit mal-entendu ne m’avait point fait retirer ses clefs, pénetre, comme de coutume, jusqu’à mon alcôve, en habit de combat ; c’est-à-dire, nud, à la réserve d’une chemise et d’une robe-de-chambre de Perse, très-légere, que mes chalands trouvent toujours dans la garde-robe où ils déposent leurs habits.
LA MARQUISE, souriant.
Il y a, chez toi, beaucoup d’ordre !
LA COMTESSE.
Mon bien-aimé Tournesol, exhalant, en effet, je ne sais quelle odeur aromatique, mais fort agréable, m’exploite deux fois comme il faut et sans reprendre haleine. Il me quitte, bouche close, à cause de son eau… — Environ cinq minutes après, on revient.
LA MARQUISE.
Bon : cela s’annonce à merveille.
LA COMTESSE.
Je suis encore supérieurement tapée deux fois.
LA MARQUISE.
Charmant !
LA COMTESSE.
Nouvelle absence ; nouveau retour : on me baise encore, un peu moins vigoureusement, mais plus voluptueusement, une et deux fois.
LA MARQUISE.
En voilà déja six de bon compte ?
LA COMTESSE.
En moins d’une heure ; mais ne t’impatientes pas ! — Me voilà seule encore, mais pour quelques instans. — C’est du caprice, cette fois. On me fait comprendre, par un attouchement indicatif, car tu te souviens bien qu’on a la bouche pleine et qu’on ne parle point ?
LA MARQUISE.
Je ne perds pas de vue cette circonstance : elle me plaît même beaucoup. À quoi bon parler, quand on a de si beaux moyens de prouver son amour !
LA COMTESSE.
Un doigt polisson, qui s’attache à provoquer certain orifice auquel on n’avait pas pensé jusqu’alors, me fait donc comprendre que, cette fois, il s’agit de faux-conner. Moi qui n’aime pas la monotonie, je trouve l’idée heureuse, et je me retourne de la meilleure grace du monde…
LA MARQUISE.
Elle avoue ces folies-là, avec l’effronterie d’un page !
LA COMTESSE.
Pourquoi pas ! — Me voilà bien vîte la croupe en l’air : on se glisse dans l’étroit réduit avec ménagement ; on y prélude, et bientôt on en sort pour se plonger vigoureusement un doigt au-dessous, je me sens alors inondée d’un torrent enflammé, et je m’écrie dans le délire du plus vrai plaisir : — Ah ! foutre ! vive le juif et la sublime immortalila del Cazzo ! Je n’ai pas achevé de proférer ce vœu, que il Cazzo immortale est déja rentré dans son premier gîte ; j’y suis agréablement limée pendant plusieurs minutes ; un doigt habile entretient en même-tems l’aise de l’autre poste, où l’on vient enfin réaliser comme la premiere fois, avec une étonnante profusion…
LA MARQUISE.
Tout cela est très-orthodoxe. — Et huit !
LA COMTESSE.
On m’abandonne encore. Je fais une ample toilette, croyant bien avoir reçu, pour le coup, le bouquet au feu d’artifice. Point du tout : un moment après on reparaît ; le jeu recommence de plus belle. Cette fois c’est un boutejoie qui me paraît énorme, et j’admire comment la magique immortalita, non-seulement entretient une si rare vigueur, mais semble ajouter encore aux dimensions de l’instrument de ma félicité…
LA MARQUISE.
Pour le coup, je ne t’écoute plus ; tu me bernes et me fais des contes de la Mere-l’Oye.
LA COMTESSE, sérieusement.
Parole d’honneur, ma chere, je n’altere point la vérité. Ne juge pas trop vîte. Cependant, pour ne pas te fatiguer par des redites éternelles, crois, sur ma parole toujours, que cette visite n’est encore que l’anti-pénultieme, et que les deux dernieres, également partagées entre les deux trotoirs, sont tout aussi vives, de la part de l’agent, que la premiere de toutes.
LA MARQUISE.
Quoi ! dix, douze et quatorze !