SCÈNE IV.
MARTIN, GUILLAUME, THÉRÈSE.
Guillaume, voyant Thérèse.
Dieux !
Martin.
Qu’as-tu donc ?
Guillaume.
Thérèse !
Martin.
Eh ! d’où vient cet effroi ?
Ce n’est plus ta femme.
Guillaume, à Thérèse.
Je crois
Deviner le sujet qui chez moi vous amène.
Thérèse.
Votre cœur doit le deviner sans peine.
Guillaume.
Je devine en effet : vous m’allez proposer
De vous rendre vos biens. Allons…
Thérèse
Je n’en réclame
Qu’un seul qu’on ne pourra jamais me refuser ;
C’est mon fils.
Guillaume.
Votre fils, Madame ;
Restera près de moi.
Thérèse.
De quel droit !…
Guillaume.
Calmez-vous.
Vous gouverniez ici votre fils, votre époux ;
Il falloit y rester : une épouse fidelle
Est tout dans sa maison, et rien hors de chez elle.
Thérèse.
Eh ! fussai-je exilée au bout de l’univers,
Un fils échappe-t-il au pouvoir de sa mère !
Et vos décrets, vos droits, vos préjugés divers
Peuvent-ils effacer le sacré caractère
Que la nature, que le ciel
Ont imprimé sur le front maternel !
Mon fils, soumis hier à mon pouvoir suprême,
Le méconnoît-il aujourd’hui ?
Guillaume, froidement.
Mais avant de régner sur lui,
Il faudroit régner sur vous-même.
Thérèse.
Régner sur moi, grands dieux ! quand on veut m’arracher
Ce que mon cœur a de plus cher !…
Non ! vous n’en obtiendrez jamais le sacrifice ;
Et je vais dénoncer aux pieds de la justice
La plus noire des trahisons.
Notre Juge verra mes larmes. (elle s’éloigne.)
Guillaume.
Des pleurs ne sont pas des raisons.
Thérèse, revenant sur ses pas.
Hélas ! ce sont nos seules armes !…
(vivement à Martin.)
Mais parlez donc pour moi !
Martin, embarrassé.
Mais vous parlez au mieux.
Vous avez raison, tous les deux…
Et ne me laissez rien à dire.
Dans ces occasions je me tais et j’admire…
Cependant voici mon avis :
Le juge va donner, suivant sa conscience,
Raison à l’un de vous. Attendez sa sentence.
Chez moi, jusqu’à ce jour, j’emmène votre fils.
Guillaume.
Volontiers.
Thérèse, avec inquiétude.
Chez vous ?
Martin, bas à Thérèse.
Paix ! c’est le coup de partie :
C’est pour vous le garder.
Thérèse.
(bas.)(haut.)
Ah !… j’y consens aussi.
Ne puis-je l’embrasser ?
Guillaume, hésitant.
Mais…
Martin, la congédiant.
Il n’est pas ici.
Thérèse, avec énergie.
Adieu donc, ou mon fils, ou la mort !
(elle s’éloigne.)
Guillaume, la rappellant.
Mon amie !…
(elle s’eloigne sans vouloir l’entendre.)
Martin, bas à Thérèse, qui sort.
Chez moi vous viendrez le chercher.