SCÈNE V.
Les précédens ; MARTIN, observant.
Martin, à part, avec joie.
Thérèse, à Guillaume.
Vous, me faire céder !
Guillaume.
Thérèse.
L’aventure seroit nouvelle.
Une femme !
Guillaume, d’un ton menaçant.
Avant peu tout ceci va finir.
Thérèse, avec emportement.
Guillaume, de même.
Thérèse.
Voilà comme vous êtes :
À vous entendre tous, les femmes ne sont faites
Que pour vous adorer et pour vous obéir.
(Ici l’Enfant se met entre eux, et cherche à les appaiser.)
Guillaume.
Je ne dis pas cela, mais…
Thérèse.
Mais, au fond de l’ame
Vous le pensez. Et moi, je soutiens qu’une femme
N’est pas faite pour supporter
Votre orgueilleux pouvoir, vos absurdes caprices ;
Que vos droits prétendus sont autant d’injustices,
Et que, quand l’homme a tort, c’est à l’homme à céder.
Martin, à part.
Ceci va bien !
Guillaume, avec aigreur.
Eh mais ! qui vous dit le contraire ?
L’ENFANT.
Papa, ne gronde pas maman !
Thérèse, serrant son fils dans ses bras.
Embrasse-moi. Tu seras, mon enfant,
Plus raisonnable que ton père.
Guillaume, avec sévérité, faisant sortir l’enfant.
Ma femme, l’amour conjugal
De vos vivacités peut supporter l’offense ;
Mais dans le cœur de l’Innocence,
Respectez l’amour filial.
Le mépris des enfans va plus loin qu’on ne pense.
Si notre fils pouvoit cesser de m’estimer,
Vous-même il cesseroit bientôt de vous aimer.
Eh ! grands dieux ! aux vertus qui formeroit son ame,
S’il ne nous aimoit plus !… Si j’ai des torts, ma femme,
Taisez-les, non pour moi, ni pour vous, mais pour lui.
Martin, avec empressement.
Eh ! bonjour. Comment va le ménage aujourd’hui ?
Thérèse.
Assez mal.
Guillaume.
Oh ! très-mal.
Thérèse.
Oui, monsieur se déclare :
Impérieusement il s’empare
De ses droits de mari.
MARTIN, bas à Thérèse.
Ne souffrez pas cela.
Guillaume.
En censeur madame s’érige.
Plus on veut lui céder et plus madame exige.
C’est un despote.
Martin, bas à Guillaume.
Àson coin mettez-la
D’un seul mot.
Guillaume.
Thérèse.
Il faut sans cesse vivre en guerre.
Guillaume, vivement :
Oh ! d’une telle vie à la fin je suis las.
Thérèse.
J’en suis bien lasse aussi !
Martin.
(haut.) Ferme !… Ne cédez pas.
Tenez, mes bon voisins, je ne vois qu’avec peine
Le triste enchaînement des éternels débats
Qui sur vous de l’hymen appesantit la chaîne.
Ma foi, depuis long-tems, pour plus d’une raison,
Je ne vous crois pas faits l’un pour l’autre.
Thérèse, sèchement.
Guillaume, très-vivement.
Eh bien ! madame, eh bien ! le remède est facile.
Thérèse, avec dépit.
Et vous ne demandez pas mieux
Que de l’employer ?
Guillaume.
Moi ?… vous le savez, grands dieux !
Thérèse, à part.
J’en mourrai de douleur.
Martin, les prenant tous deux par la main.
La plainte est inutile
Dès que l’on peut agir ; voisins, examinons
Votre cœur, votre état, vos droits, et raisonnons :
Vous vous êtes unis pour vivre heureux ensemble ;
Vous aviez trouvé le bonheur.
Vous ne le trouvez plus ? dénouez sans humeur.
Et de concert, le nœud qui vous rassemble.
Nous nous aimons ? formons le lien le plus doux.
La nature, l’amour, la loi nous y convie ;
Passons ensemble notre vie…
Nous ne nous aimons plus ? adieu, séparons-nous.
(à Guillaume.) (à Thérèse.)
Voilà les droits de l’homme, ainsi que de la femme.
Guillaume, vivement.
Vous pouvez en user, madame.
Thérèse.
C’est mon projet, monsieur.
Guillaume.
C’est mon projet aussi ;
Je veux l’exécuter demain… dès aujourd’hui.
Thérèse, très-vivement.
(à Martin.)
Et moi, dès ce moment ! Rendez-moi le service
D’aller chercher le juge.
(Martin feint d’hésiter.)
Guillaume, le pressant.
Allez !
Martin, d’un ton hypocrite.
Hélas ! j’y vais.
C’est un rôle pénible ; mais
Je crois sincèrement vous rendre un bon office.