DÉPART DU DOCTEUR PAINCHAUD POUR LES MISSIONS
Ce n’était pas assez pour le docteur Painchaud d’avoir allumé le feu de la charité dans sa ville natale en fondant les Conférences de Saint-Vincent de Paul. Sa soif d’apostolat n’était pas satisfaite ; il se donna tout entier aux missions de Vancouver qui venaient d’être confiées à M Demers. « M. Painchaud avait fait vœu, en 1845, pendant qu’il était à Paris, de se dévouer pour les missions, s’il parvenait à marcher sans trop de difficulté. En 1849, il éprouva assez de mieux et faisant connaissance de M Demers, sacré premier évêque de Vancouver, le 30 novembre 1847, il s’offrit à lui pour aller aider les missionnaires comme médecin et catéchiste. »
En quittant la maison paternelle, le docteur Painchaud déclara formellement qu’il laissait tout son héritage à l’évêque de Vancouver. « Un fait saillant, suivant moi, dit M. l’abbé Edmond Langevin, dans une lettre à M Têtu, dans la courte existence de Joseph Painchaud, c’est le don qu’il fit de tout son patrimoine aux missions desservies par M Demers. »
Voici en quels termes touchants M. Painchaud fit ses adieux aux confrères des Conférences de Québec :
Québec, 9 juin 1849
« Je viens vous faire mes adieux, à vous et à tous mes chers confrères auxquels je souhaite de la persévérance et un redoublement de zèle pour le maintien de l’œuvre éminemment chrétienne qu’ils ont entreprise.
« En m’éloignant du Canada, j’aime à croire que si je cesse d’être au milieu de mes confrères, ils voudront bien de temps en temps prier le ciel de répandre ses bénédictions sur la mission à laquelle « je me dévoue ».
« Si la divine Providence a bien voulu se servir de mon indigne personne pour faire connaître aux citoyens catholiques de Québec les précieux avantages de la Société de Saint-Vincent de Paul, j’ai commis des fautes que je dois avouer en toute sincérité. J’ai engagé mes confrères à présenter le plus grand nombre de membres possibles, et j’ai suggéré beaucoup trop de Présidents et de Vice-présidents honoraires : chaque conférence ne devrait avoir qu’un président et un vice-président. De cette manière les affaires seraient dirigées avec plus d’ordre sans inconvénients ni malentendus…
« Comme j’espère avoir l’honneur d’être introduit à M. le Président général de la Société, je me chargerai volontiers, tout indigne que j’en suis, de lui présenter tous documents et correspondances que vous désirerez transmettre au Conseil général.
« Agréez, Monsieur le Président, et veuillez faire agréer à tous mes chers Confrères, l’hommage de mon profond respect.
J. Painchaud, Jr. »
Le docteur Painchaud passa deux ans à Paris, de 1849 à 1851, en compagnie de M Demers qui préparait son expédition évangélique de Vancouver. Pendant ces vingt-quatre mois, le jeune Painchaud, en dépit d’une santé délicate, se multiplia pour aider l’évêque missionnaire dans la sainte et noble tâche qu’il avait entreprise.
Dans une lettre au docteur Painchaud, père, voici en quels termes M Demers parle de son jeune compagnon :
Paris, 13 décembre 1849
« Monsieur votre fils vous a déjà écrit depuis son arrivée à Paris pour vous donner de ses nouvelles ; mais il me semble que vous en attendez de moi et c’est à bon droit. Je n’ai rien que de consolant à vous en dire, plus je le connais, plus je l’étudie, plus je me confirme dans l’opinion que j’ai eue de lui dès le commencement ; et plus j’ai de preuves que c’est un don que la bonne Providence m’a fait dans les circonstances critiques où je me trouve.
« Il avait eu la bonne pensée — il n’en a pas d’autres — d’aller dans toutes les maisons religieuses, séminaires, etc., dans plusieurs familles dans lesquelles il est en connaissance pour me recommander aux prières, moi et ainsi que mes missions. Il m’a conduit ensuite dans ces communautés et ces familles chrétiennes où j’ai rencontré la plus grande sympathie. Hier, j’étais à dîner chez le Marquis de Pastoret, qu’un ami de Joseph m’a fait connaître et qui va faire quelque chose pour moi ; bien entendu mon petit Docteur me suit partout, même chez les Comtes et les Marquis. Les détails que je donne sur les missions de l’Orégon intéressent beaucoup. Depuis que je suis ici (30 juin) vous ne sauriez croire les courses que nous avons faites dans Paris — je crois que quelquefois nous avons bien marché dix milles dans la journée et même jusque bien tard dans la soirée ; eh bien, n’y a-t-il pas une espèce de miracle là-dedans ; vous savez ce qu’il pouvait faire en fait de marche chez vous ; ici il résiste, il se porte bien et mange bien, malgré les dîners assommants de Paris. Vous comprenez que déjà il m’est d’un grand secours… Consolez-vous, que M Painchaud se console à la vue d’un si beau, d’un si heureux commencement qui n’est qu’un présage du bien immense que Dieu veut visiblement faire par votre fils aussi longtemps qu’il correspondra comme il l’a fait jusqu’à présent aux desseins qu’il a sur lui. Et quoi de plus propre à l’y engager que cette protection invisible qui lui est accordée, malgré des fatigues auxquelles il n’est pas accoutumé : et c’est toujours malgré lui que je prends une voiture ou un omnibus pour faire les plus longues routes, et cela pour épargner notre bourse.
« Soyez donc mille fois bénis pour le sacrifice si chrétien, si généreux, que vous avez fait non pas à moi, mais au Seigneur, dont je ne suis que le misérable instrument et comptez sur mon éternelle reconnaissance et sur les soins que j’aurai sans cesse de votre cher Joseph.
« Je suis, avec respect et affection, votre bien humble serviteur.
M. I. Év. de l’île Vancouver »
Le docteur Painchaud partit du Hâvre vers la fin de l’année 1851. M Demers s’était embarqué avant lui. Les deux vaisseaux devaient se rendre à San Francisco. M Demers arriva en cet endroit le 7 avril 1852 et à Vancouver le 20 du même mois, mais le jeune Painchaud et deux prêtres missionnaires furent obligés de relâcher à Rio-Janeiro. De là, accompagné du R. P. Laroche, il se rendit à la Nouvelle-Orléans, avec l’intention de se rendre à San Francisco en traversant l’Isthme de Panama par la route de Nicaragua. Ils supprimaient ainsi un long voyage sur mer pour éviter le Cap Horn, mais ils couraient mille dangers et des fatigues incroyables. Il ne faut pas oublier qu’il y a soixante ans les moyens de communication dans l’Amérique n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui.
Le voyage fut des plus pénibles. On tenta de traverser la moitié du continent à dos d’âne ; mais le missionnaire ne put supporter les fatigues du voyage : il mourut en route.
Laissons parler ici la Notice :
« Épuisé, à bout de forces, il (le missionnaire) fit de nouveau à Dieu le sacrifice de sa vie et expira entre les bras de l’infortuné D Painchaud. Impossible de peindre la douleur de ce dernier, malade lui-même, infirme, éloigné de son pays, de sa famille, de ses amis, mais son courage ne l’abandonna pas. Il donne à son compagnon la sépulture, et seul, désormais, il continue son chemin jusqu’au Pacifique. Là, il s’embarque sur un vaisseau et se dirige vers San Francisco et l’Île Vancouver, pour rejoindre ses compagnons et se mettre au service de M Demers. Mais il fut trompé dans son attente et Dieu lui demanda un nouveau sacrifice. Au milieu d’une effroyable tempête, le vaisseau qui le portait fit naufrage, et le jeune Painchaud fut obligé d’interrompre son voyage, heureux de sauver sa vie et de pouvoir débarquer à Manzanillo. De là, il gagna Colima capitale de la province du même nom, dans le Mexique. Il avait apporté avec lui les ornements d’église de son infortuné compagnon. Pendant quelque temps, il fut l’hôte de Don Libérato Maldonato, et il commença à pratiquer la médecine.
« Bientôt se trouvant, il faut le croire, dans la presque impossibilité de gagner Vancouver, à cause de la difficulté des communications, il prit le parti de faire le bien à Colima, ne pouvant le faire à Vancouver. Il écrivit en ce sens à M Demers, le 19 juillet 1852. Il érigea un hôpital à Colima et y soigna les malades avec le plus grand dévouement.
« M. Painchaud était encore à Colima, le 3 octobre 1852, car nous avons un papier signé par lui et daté de cette ville.
« Après avoir séjourné quelque temps à Tamagula, il revint à Colima où il tomba malade. Ici, les détails sont malheureusement bien courts sur la vie du jeune Painchaud. L’on sait seulement qu’il partit malade et qu’il mourut à une petite distance de Tonila où il fut enterré. À quelle date ? Nous croyons que c’est le 7 avril 1855. »